test


› Salut Didier, tu es batteur professionnel et professeur de batterie chez Music Arts Academy et chez Emagina-son, peux-tu nous parler de ton actualité ?

En tant que batteur, je joue au sein de plusieurs groupes et artistes : Gaëtan (chansons et spectacles pour enfants) Rollover (Tony Manias), Chess’co (Francesco Saraceno) et aussi quelques remplacements. Gaëtan est l’artiste avec lequel je travaille le plus ces temps, avec une quarantaine de dates par an. Et puis je donne aussi des cours privés et dans deux écoles, Music Arts Academy et Emagina-son.


› Pourrais-tu également nous présenter ton parcours ?

J’ai commencé à jouer à 14 ans, et j’ai appris de manière autodidacte. Un jour, on m’a dit d’aller voir un prof, qui n’était autre que Thierry Hochstätter, bien connu à Genève, et que j’ai beaucoup apprécié. Après un an et demi d’études avec lui, au début 86, il m’a recommandé d’aller suivre une formation au MIT à Los Angeles. Je suis donc parti dans l’année, sans hésiter. J’ai donc connu cette école très réputée, où il avait suivi les cours lui aussi. J’ai connu les anciens locaux, et la transformation de cette école qui est devenue une grosse industrie. Je suis parti avec deux amis Serge Michaud (batteur) et Christian Kleiner bassiste. On a vécu une année ensemble. On partageait un appart’, on jouait et on allait voir des concerts à Los Angeles, sans oublier les plages (rires)… C’était génial. Notre formation terminée, on a pris quelques semaines pour faire le voyage du retour par le Nouveau Mexique, le Texas, la Nouvelle-Orléans, jusqu’à Miami, avant de remonter sur New York et rentrer en Europe.

J’ai eu des profs sympas là-bas, comme Joe Porcaro (le père de Jeff – le batteur de Toto) pour le jazz, Steve Houghton, pour la batterie big band, qui avait une discipline redoutable. Il y avait Casey Scheuerell aussi, un autre très bon batteur rock. Dans cette école, il y avait beaucoup de cours facultatifs, et nous étions encouragés à jouer de la musique les uns avec les autres dans les ateliers. On apprenait un morceau par semaine, et on devait le jouer devant les profs ensuite. On formait aussi des groupes entre élèves. On avait également souvent l’opportunité de jouer avec les profs et c’est là qu’on apprenait le plus.

Je n’ai pas cherché à travailler là-bas aux USA ensuite, c’était une période à laquelle il fallait savoir très bien lire pour décrocher des gigs et je n’étais pas encore au point là-dessus. J’avais plus besoin de prendre du recul et de bosser, donc je suis rentré en Suisse. Par la suite, j’ai fait beaucoup de séances au Prism studio à Lausanne et j’ai joué pour Claude Delabays et rencontré François Kieser au début des années 90. Avec lui, j’ai joué pendant quatre ans dans The Lift.

Après, je suis parti à Lausanne et j’ai joué avec B.Connected, un groupe de jazz fusion pendant une dizaine d’années. Ce n’était pas un style qui m’attirait plus que ça, mais j’aimais le mélange jazz/rock/funk. On a tourné en Chine, en Thaïlande, et en Corée du Sud entre 2000 et 2005. En 1999 on a participé à un festival tous arts confondus. Les gens faisaient de la poterie, de la danse, de la musique… Nous étions engagé au départ pour six dates, et nous avions eu beaucoup de succès, un tourneur nous a réinvités à venir l’année d’après. Cela a permis à Eugène Montenero guitariste l’un des leaders avec Moreno Helmy saxophoniste du groupe, de dénicher des opportunités de concerts en Europe, en Afrique et en Asie par la suite, et nous avons même joué aux Festival de Tabarka en Tunisie et à Constantine en Algérie, c’était génial.

En 2005, j’ai rencontré Ian Loseth, anciennement guitariste et membres fondateurs de Titanic, qui tournait sous son propre nom avec Phil Whilton et Mick Walker. Ils jouaient à Genève et leur batteur s’était cassé le bras, donc je l’ai remplacé, et la sauce a bien pris. Par la suite, Ian a décidé de remonter Titanic. Il a téléphoné à Roy Robinson (autre membres fondateurs), qui a accepté de nous rejoindre. On a fait des tournées en Norvège, en Allemagne, en France, en Angleterre, et en Suisse (en 2005 et 2013).

Suite à notre album Ashes and Diamonds en 2009 Roy a fait un AVC juste après la sortie de celui-ci et ça nous a mis un sacré coup d’arrêt. Depuis Roy est décédé en 2015, Mick en 2017, et Ian nous a quittés en 2019. Il ne reste plus que Phil et moi… Titanic a été un rêve devenu une réalité… grandiose !


› Comment t’es-tu mis à la batterie ?

Mes parents écoutaient beaucoup de musique, ce qui fait que j’ai baigné dedans depuis très petit. Mon père était fan de jazz, et il passait des disques le samedi après-midi. Ma mère, elle, écoutait la radio tout le temps. Moi, ce qui m’intéressait, c’était le foot. Je ne pensais qu’à ça… Mais un jour, ma sœur, qui jouait de la guitare, m’a emmené avec elle à une répète, et le batteur m’a assis derrière son instrument et montré quelques trucs. J’ai apparemment été assez talentueux, puisqu’on m’a poussé à poursuivre. J’ai donc continué, et j’ai choppé le virus. J’ai joué sur les morceaux de ma frangine, et développé mes propres goûts. A cette époque, tout le monde écoutait Led Zeppelin, Pink Floyd etc.., mais moi, j’ai viré vers les productions de la "Motown". J’aimais les rythmes afro-américains, et ça m’a ouvert à d’autres genres musicaux par la suite. Ma première batterie à ce moment là était une Trixton, et je sais que j’ai encore la grosse caisse quelque part… Mais où…


› Est-ce que tu joues d’autres instruments ?

Je joue un peu de basse, que j’ai appris à manier en autodidacte. Je m’en sers pour accompagner mes élèves durant les cours, afin qu’ils aient tout de suite un contact avec un autre instrument lorsqu’ils apprennent à jouer. Mais à part ça, non, je ne joue que de la batterie et ça me suffit (rires) !


› Quelles sont tes influences musicales ? Comment ont-elles évolué avec le temps ?

J’aime beaucoup ce qui est soul, funk, la musique qui sort du gospel. Et puis le blues, bien évidemment. Ce qui s’est passé à la New-Orleans, c’est pour moi le berceau de toute la musique populaire américaine. On peut même facilement argumenter que le jazz est né là-bas. L’histoire américaine n’est pas faite que de bonnes choses, évidemment, mais la musique, en revanche, ressort grandie de tout ça : les influences des caraïbes, de l’Afrique, d’Amérique latine (Mexique) et de l’Europe (Royaume Uni et France) se sont mêlées pour donner quelque chose de génial.

J’ai aussi appris à jouer des rythmes d’Amérique du sud, mais je joue comme un européen, c’est-à-dire en faisant de la copie en autodidacte. C’est pareil pour la musique orientale. J’en ai joué avec Sima Dakkus à un moment dans ma carrière, et c’était génial. Mais j’aborde ça avec une compréhension qui m’est propre. Mon jeu dans ces styles n’est pas issu d’une imprégnation de la culture, mais juste de ma capacité à reproduire des gestes techniques ou des ambiances.

En général, je suis plutôt demandé pour jouer blues, du rock, ou de la pop. Un peu de swing, et j’aime bien quand c’est chanté. Je suis moins fan du bop, par contre, que j’ai bien sûr écouté, mais c’est un trip de musicien qui ne m’a jamais vraiment emporté. J’ai fait un peu de jazz fusion bien sûr, mais je suis très vite “revenu aux sources”.


› Quels sont tes batteries préférées ?

Les Gretsch. En vérité, ce qui m’importe le plus est le bois, et je préfère l’érable qui donne un son très chaud. Les batteries Gretsch de fabrication américaine sont top, mais tant que je retrouve cette chaleur de l’érable, je joue sur ce qui est disponible, surtout quand je joue dans des festivals avec du back-line, par exemple je prends ce qu’il y a, ça m’évite la logistique.

L’évolution du traitement audio sur les grandes scènes est telle qu’aujourd’hui, tu peux avoir un son de grosse caisse énorme à partir d’un truc de base vraiment pas terrible… Mais actuellement, mon plaisir est de jouer sur une batterie acoustique, sans micros, pour le son pur.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une batterie ?

Le plus important dans une batterie, c’est la caisse claire, la grosse caisse, et le charleston, Le reste, c’est du bonus. Si on arrive à jouer avec ces trois instruments, à maîtriser les rythmes, on peut s’attaquer à tous les styles.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Servette-Music a toujours existé pour moi, et maintenant que Stephan Montinaro vous a rejoint il y a cinq ans, vous avez un espace batterie conséquent. Je connais le magasin depuis mon adolescence, il était connu et spécialisé dans les instruments à vents. Je passais devant quand j’allais au cinéma Nord-Sud, où je me souviens avoir vu Le bon, la brute et le truand et Tinita.

Mais par la suite, pour trouver mon bonheur en musique, j’allais un peu plus bas, chez Stephan Montinaro à Music Arts, notamment.


› Quels sont les meilleurs souvenirs de ta carrière ?

Titanic a été génial. On était tous dans le même trip musicalement, le groupe aimait ce qu’il faisait. Il y a aussi les voyages, la possibilité de découvrir le monde que m’a offert ma carrière. Je ne serais jamais allé en Chine si la musique ne m’y avait pas conduit, par exemple. Maintenant je voyage moins, indépendamment des événements ces dernières années. Je joue essentiellement en France, en Suisse.

Le dernier grand voyage était à Haïti en 2013 avec Gaëtan, et ça c’est un souvenir magnifique, malgré la pauvreté du pays, surtout accentuée par le séisme en 2010.


› Quels sont les projets qui t’animent pour l’avenir ?

J’ai des projets avec des copains, et si un gros projet pointe son nez, je suis toujours prêt. J’ai déjà été bien rassasié dans ma carrière. Je continue avec Gaëtan, qui travaille beaucoup pour s’imposer en France. Je suis engagé sur la prochaine tournée et après on verra bien…

Et puis sinon j’enseigne en privé à Music Arts et Emagina-son. La pandémie a amené un grand nombre de personnes à débuter ou à reprendre la musique, ce qui est un bien pour nous.


› Quels sont tes conseils pour une personne qui débute la batterie ?

La première chose, c’est de prendre du plaisir à jouer, être patient et persévérant. Si c’est une passion et que tu veux en faire un métier, il faudra faire des sacrifices et subirent les difficultés pour gagner sa vie. Il faut aussi pouvoir garder confiance en soi et rester résolu, et le travail permettra d’y arriver.

C’est bien aussi d’avoir du soutien de la part de ses parents ou de ses amis, quand on se sent un peu découragé. Personnellement, j’ai la chance d’avoir eu du soutien de la part de mes parents, même si ma mère était parfois inquiète. Mais à la base, il faut aimer ce qu’on fait et j’aime beaucoup ce que je fais.



› Salut Christophe, tu es professeur de guitare à l’ETM et à la HEM, mais aussi un guitariste virtuose qui fait une belle carrière depuis plus de trente ans, peux-tu nous parler de ton actualité ?

Alors dernièrement, j’ai tout simplifié. Il y a un an et demi, je me suis lancé dans un projet, qui s’appelle The Prize, avec Maggy Luyten au chant, Ivan Rougny à la basse, et Aurel Ouzoulias à la batterie, et dont je me suis rendu compte qu’il me permettrait de rassembler toutes les envies que j’avais. Du coup j’ai mis Mörglbl, le trio dans lequel je joue depuis 25 ans, en stand-by, ce qui a été d’autant plus facile que c’est Ivan et Aurel qui assurent le duo basse/batterie dans The Prize, donc ça n’a pas trop impacté nos emplois du temps respectifs.

Ce qui me motive particulièrement c’est que pour la première fois, j’ai la possibilité d’écrire des chansons pour quelqu’un qui chante comme j’aurais rêvé être capable de chanter mes morceaux. Ecrire pour une personne dont je sais qu’elle va mettre vraiment en valeur le truc que j’ai écrit a été suffisant pour que je décide de me jeter corps et âme dans ce projet. J’ai donc mis tout le reste de côté, même si j’ai quand même un duo acoustique avec Maggy, Akoustik Thrill, qui est plus une sorte de récréation, dans lequel on reprend du hard-rock et du heavy metal des années 80 en acoustique. Nous avons beaucoup de concerts prévus cette année avec The Prize, et nous avons déjà commencé le deuxième album. Pour la première fois, nous allons aussi avoir un tourneur européen, ce qui va énormément nous mobiliser, parce que nous allons faire un maximum de festivals, de petites tournées…

Enfin, avec l’ETM d’un côté et la HEM de l’autre, je remplis allègrement mon emploi du temps, parce que ce sont deux écoles super dynamiques. Je participe notamment beaucoup à la vie active de l’ETM avec les soirées Metal on Stage, les masterclasses, tous ces événements… Et puis comme tu le sais, je suis dans une tranche d’âge où on commence à savoir que le luxe c’est d’avoir du temps libre, donc je m’organise pour en dégager afin d’être en forme et dispo pour cela.


› Quel a été ton parcours musical ?

Je dirais que ça a été une vraie formation d’autodidacte, où j’ai rebondi d’opportunité en opportunité. J’ai aussi eu la grande chance de toujours jouer avec des gens d’un certain niveau, ce qui m’a tiré vers le haut.

Quand j’étais petit, j’ai fait du violon de quatre à dix ans. Il y avait en Haute-Savoie un programme de détection des enfants, en fonction de leurs aptitudes, et je me suis retrouvé dans un cursus particulier, lié à la musique. Ma maman étant mandoliniste, comme le violon s’accorde de la même façon, ça m’a paru naturel d’aller vers ça. Avec le temps, je me suis rendu compte que ce n’était vraiment pas pour moi d’être dans un truc aussi rigide que la formation de musicien classique. A l’âge de dix ans, j’ai eu le courage « d’affronter » ma mère, violon en main, et je lui ait dit “je veux plus jamais faire de musique”, et c’était ça.

Et puis ensuite, à treize ans, perché sur les épaules de mon frangin, j’ai découvert Ted Nugent sur scène, au cours d’un concert à Genève. J’ai aussi découvert le premier album de Van Halen, Back in Black d’AC/DC, et d’autres perles du style. Je suis donc allé voir ma mère, pensant que j’allais affronter la musicienne classique, et je lui ai dit “je veux devenir guitariste de heavy metal”. Elle m’a répondu : “pas de souci, je t’achète une guitare si tu as envie de faire de la guitare électrique, et tu travailles ta guitare comme tu le sens. Mais je veux que tu aies une sécurité, alors fais quand même des études.” J’ai donc fait des vraies études, une prépa HEC et un DUT de publicité/marketing, et donc je n’ai pas de formation musicale proprement dite. Par contre, pendant tout cette période, j’ai fait énormément de concerts. J’ai monté mon premier groupe avec six mois de guitare sous la ceinture, et je devais connaître deux accords à ce moment là, mais c’était suffisant pour faire du bruit.

J’ai ensuite un peu eu le parcours typique des gens de ma génération : j’ai commencé à faire des concerts locaux, puis j’ai rayonné sur la région entière, jusqu’à ce qu’un groupe qui s’appelait Temple m’invite à les rejoindre. Pour te la faire courte, j’ai ensuite été remarqué par le guitariste de Nulle Part Ailleurs, et je me suis retrouvé sur le plateau de cette émission à sa grande époque. J’allais à Canal+ environ une fois par mois, et 3 millions de personnes me voyaient à la télé, donc les magazines, les marques ont commencé à s’intéresser à moi. A partir de ce moment là, les choses se sont mises en marche, et j’ai considéré que j’étais musicien professionnel. En parallèle de ça, j’avais construit ma carrière d’enseignant, parce que je suis entré à l’ETM il y plus de trente ans maintenant. C’est une belle opportunité qu’on m’a donnée, parce que ça m’a permis d’assurer un minimum financier pour pouvoir justement libérer du temps et m’investir dans mes projets à côté.


› Qu’est-ce qui t’a donné envie de jouer de la guitare électrique ?

Ma frangine m’a fait découvrir Van Halen, Angus Young, et Allan Holdsworth, qui était le guitariste de Jean-Luc Ponty à cette époque, et ce son là était un truc qui résonnait en moi. Je ne savais même pas que c’était de la guitare électrique, et d’ailleurs je ne savais même pas ce que c’était la guitare électrique, en fait. En France, on n’avait pas une vraie culture rock dans les années 70. Quand j’ai entendu ce son, j’ai su que j’avais envie de ça, de cette énergie, de ce côté brutal et virtuose en même temps. Je venais du violon et je pense que j’avais développé un sens de la virtuosité et de l’esprit de la vitesse sur l’instrument. Donc ces trois mecs là ont été mes modèles. Je dirais que j’ai piqué l’énergie brute d’Angus Young, le côté pyrotechnique de Van Halen, et puis le côté un peu subtil, avec des harmonies plus sophistiquées d’Allan Holdsworth.


› Tu te souviens de ta première guitare ?

Ma première guitare était une Aria Pro II PE 460, qui était une copie de Les Paul, et qui était d’ailleurs aussi lourde qu’une Les Paul. J'étais plutôt un grand tout maigre, et je me souviens que ça me ruinait l’épaule. Mais j’ai gardé cette gratte super longtemps, parce qu’Aria faisait des super copies. Je me souviens qu’est une guitare pour laquelle ma mère avait payé 400 francs à l’époque (NdR : environ 100 CHF), et que j’avais bariolée pour qu’elle ressemble un peu à une guitare de Van Halen. J’avais aussi un petit ampli Gorilla, et pour la disto je me suis bidouillé une pédale à partir d’un transistor, parce que j’avais lu dans un magazine qu’on pouvait faire ça en utilisant la sortie casque comme input. Ça faisait un son abominable (rires). Et puis ma maman m’a offert la DS-1, la fameuse, quand elle a vu que je passais des heures tous les jours sur l’instrument, et c’était un game-changer.


› Il paraît que tu joues pas mal d’autres instruments, lesquels ?

Alors je jouais du violon, mais maintenant beaucoup moins. C’est très contraignant physiquement par rapport à la guitare, parce que ce n’est pas du tout la même posture. Je joue aussi plutôt pas mal de la mandoline, car c’est l’instrument de ma maman. Je joue plutôt correctement de la basse, je fais un peu de batterie, et puis je pianote. Je connais aussi les accords au piano, donc je peux composer au piano… Mais les instruments que je maîtrise vraiment, ce sont la guitare et la basse.


› Quelles sont tes influences musicales, et comment ont-elle évolué avec le temps ?

J’ai toujours un peu marché sur trois pattes. Il y a le côté metal, même presque punk, dont j’aime l’énergie. Il y a le côté jazz rock des années 70-80, qui a un truc un peu sophistiqué qui me plaît aussi. Et puis il y a un truc que j’adore, c’est la pop anglaise, genre Joe Jackson, Elvis Costello… Et finalement j’ai toujours essayé d’utiliser ces deux éléments, du metal d’un côté, et du jazz-rock de l’autre, pour faire de la pop avec. Donc de la pop énervée, et un peu sophistiquée. Et c’est rigolo parce qu’avec The Prize, j’ai vraiment la sensation d’avoir réussi à trouver un mix qui réunit ces trois idées : écrire des chansons, les rendre énergiques, et avec des petits twists harmoniques qui les rendent un peu futées, tu vois ?

Je me rend compte aussi, avec le temps, qu’il n’y a plus vraiment de styles que je ne supporte pas. Quand j’étais gamin, je détestais le reggae et la disco. Mais Ivan, bassiste avec qui je joue depuis plus de trente ans, m’a fait écouter plein de choses, et m’a sensibilisé à des cultures musicales que je ne connaissais pas ; et finalement, c’est souvent par méconnaissance qu’on n’aime pas. Même le rap, qui à un moment a un peu été un truc contre lequel je luttais… Quand j’ai découvert les Beastie Boys dans les années 80, j’ai trouvé que cette énergie du verbe, prononcé presque comme un instrument saturé, très rythmique, était vachement cool.


› Concernant les guitares, tu joues sur Vigier. Est-ce que tu utilises parfois autre chose ?

Ça fait effectivement plus de 25 ans que je travaille avec Vigier, et je dois dire que je trouve mon bonheur avec. D’abord, la gamme est suffisamment grande et comprend tout ce que je peux vouloir. J’ai aussi surtout la chance d’avoir une relation privilégiée avec Patrice Vigier, qui m’a souvent fait des guitares sur mesure, selon mes besoins et mes envies. Depuis environ cinq ans, je travaille avec des GV, et j’en ai quatre qui ont été faites spécialement pour moi, avec des configurations un peu particulières sur la taille du manche, la hauteur des frettes, le choix des micros, etc. Donc je n’ai pas grand chose à chercher ailleurs, mais j’avoue avoir quand même une appétence particulière pour les Telecaster, et j’en ai toujours eu une ou deux à la maison. Je m’en sers comme instruments de loisir, mais aussi parfois sur les albums, notamment sur le dernier, pour faire quelques petites choses avec ce son bien spécifique, ce *twingggg* un peu claquant, agressif et nasillard qu’on ne trouve pas sur les autres guitares.

En acoustique, je joue depuis quelques années avec Cole Clark, et ça a été une révélation. Je ne connaissais pas la marque. Le distributeur français m’a proposé d’essayer, et j’ai été conquis. Je ne suis pas un vrai guitariste acoustique, mais avec ça j’ai trouvé une guitare sur laquelle je me sens aussi à l’aise que sur une électrique.


› Qu’est-ce qui est le plus important pour toi dans une guitare électrique ?

Pour moi, la pièce vraiment “vie” d’une guitare, c’est le manche. Je ne suis pas un guitariste de main droite, mais un guitariste de main gauche. Du fait que j’ai joué du violon, j’ai pris le pli de beaucoup jouer en legato, et ce jeu est le plus traumatique pour la main gauche. J’ai donc toujours d’abord recherché le confort pour ma main gauche avant tout. J’ai toujours principalement joué sur des guitares de type Strat ou Les Paul, des formes assez standard finalement, dont on trouve des déclinaisons chez toutes les marques.

Pour le manche, chaque détail peut faire une différence, et c’est donc plus délicat de trouver exactement ce qui convient. C’est une des choses qui m’a conquis chez Vigier, d’ailleurs : quand j’ai pris en main la première guitare que Patrice a faite pour moi, j’ai eu l’impression que je connaissais déjà le manche, et j’étais immédiatement à l’aise dessus. Après, j’aime bien écouter comment la gratte résonne à vide, sans la brancher. Je ne suis pas un connaisseur de bois, mais je fais confiance à mon oreille quand je teste une guitare. Si elle ne sonne pas à vide, je sais d’expérience qu’elle ne va pas sonner super pour moi une fois branchée, quels que soient les micros qui l’équipent. Donc pour répondre à ta question, ce qui est le plus important pour moi c’est le manche, et ensuite la résonance acoustique.


› Comment décrirais-tu ton expérience avec Servette-Music ?

Je ne connais pas du tout ce magasin. Au revoir ! (rires) En fait, j’ai une relation, là aussi, privilégiée, qui dépasse le cadre purement “professionnel”. On se connait relativement bien avec Sergio, Servette-Music est partenaire de l’ETM, ce qui contribue aussi à resserrer les liens, et nous avons fait pas mal de choses ensemble : des vidéos, travaillé ensemble sur l’exploitation de certaines marques avec lesquelles je bosse… Ce que je trouve génial, je te le disais hors interview, c’est que c’est un magasin qui a su complètement se réinventer, et qui propose quelque chose de beaucoup plus large que ce qui faisait sa réputation autrefois. J’ai l’impression que c’est un magasin qui évolue vraiment avec son temps, comme le montrent les vidéos, justement, et le renouvellement dans les marques représentées. C’est aussi cool de parler avec des gens qui sont des vrais spécialistes de l’instrument. Ça va, je vous ai assez passé de pommade ? (rires) Non mais sérieusement, je trouve super de réunir les deux qualités de proposer quelque chose de très large et professionnel, et en même temps, de rester à taille humaine, et donc de savoir jouer ce rôle de proximité et d’accessibilité.


› Quels sont les meilleurs souvenirs de ta carrière ?

J’ai un paquet de souvenirs, c’est le privilège d’être vieux. Mais l’avantage d’être vieux, c’est aussi de ne pas se rappeler de tout ! Je pense que le plus beau, c’est un souvenir qui date de notre troisième tournée aux Etats-Unis avec Mörglbl. C’était lors d’un festival, le NearFest, qui est un peu la Mecque en termes de festivals de prog aux Etats-Unis. Mörglbl était programmé le dimanche à 11h du matin, parce nous étions un peu “la révélation” du festival. On se disait : “à 11h du matin, un dimanche en plus, on va jouer devant trois personnes”. La veille il y avait une énorme soirée, en plus avec Liquid Tension Experiment, un super-groupe composé de John Petrucci et Mike Portnoy de Dream Theater à la guitare et à la batterie, Tony Levin à la basse, et Jordan Rudess – qui a ensuite rejoint Dream Theater – au clavier. Donc un gros truc, tu vois ? Du coup on n’a pas trop fantasmé, et de toute façon c’était déjà génial d’être là.

Quand on est arrivés sur scène à 11h, dans une belle salle de 1500 places, il y avait 1800 personnes qui nous ont soutenu. On devait jouer 60 minutes, et on a fini par en jouer 75. C’était la première fois dans l’histoire du festival que le groupe “découverte” avait trois rappels. Pour nous ça a été une expérience incroyable. En plus ce jour là on a vendu 400 albums en une fois, et le mec de notre label américain faisait des allers-retours entre le stand et sa camionnette pour reprendre des cartons CDs. Il répétait sans cesse “j’ai jamais vu ça, j’ai jamais vu ça”, et à un moment ils ont demandé au gens d’arrêter de faire la queue et de retourner dans la salle, où jouait le groupe suivant. Il m’arrive de revoir des bouts de ce concert, car il est sur Youtube, et à chaque fois ça me fout des frissons. J’ai d’autres bons souvenirs, mais celui-ci est vraiment particulier, car ça a aussi été le point de départ d’une relation super belle entre le public prog américain et Mörglbl, qui a quand même fait huit tournées là-bas ensuite.


› Comment se passe la compo chez Christophe Godin ?

Chez Mörglbl, on amenait chacun des idées, et comme c’était une musique un peu “foutrac”, on pouvait se permettre de faire cohabiter des trucs qui n’avaient rien à voir ensemble. On pouvait accrocher un riff de reggae à un riff de metal en toute liberté, par exemple. Chez The Prize, c’est un peu différent, parce que cette fois-ci la musique doit porter un texte, ou un texte doit porter la musique. Sur l’album The Prize, ce sont donc Maggy et moi qui avons travaillé à deux. Chacun a apporté des morceaux ou des textes presque terminés, et puis on a mis tout ça dans la marmite, où là, il se passe d’autres choses : Ivan et Aurel réarrangent pour la basse et la batterie, Maggy transforme mes mélodies sur son piano, je transforme les mélodies de Maggy sur ma guitare…

Il y a donc une façon de travailler très différente, où on arrive avec des chansons déjà prêtes, mais avec l’acceptation qu’elles vont être transformées par le reste du groupe. Avec Maggy, on est un peu une sorte de Lennon/McCartney du pauvre, tu vois ? On a trouvé une relation dans laquelle on fait un ping-pong d’idées, qu’on s’envoie à la gueule et dans lequel on se répond. Et au bout du compte, c’est vachement intéressant : je n’ai pas écouté l’album pendant longtemps, pour avoir un peu de distance, et quand je l’écoute maintenant, je trouve qu’il y a une cohésion, et en même temps de la diversité. C’est même à un point où je ne sais plus qui a amené quoi, ou écrit quel texte. Pour moi c’est une réussite, parce que je n’arrive pas à mettre un tampon “Christophe Godin” sur cette musique, et c’est vraiment le groupe, et plus spécifiquement ce duo entre Maggy et moi, qui mène la barque.

Pour répondre de façon encore plus pointue à ta question, j’ai toujours mon téléphone avec moi, et j’enregistre tout. Dès que j’ai une idée qui me passe par la tête, je l’enregistre. Je regardais ça encore la semaine dernière, et j’ai cinq cents idées sur lesquelles je peux travailler pour les albums à venir. Donc j’ai de la marge, tu vois (rires). Et c’est quelque chose qui est mouvant et qui évolue : lors de certaines réécoutes, une idée que je trouvais plutôt moyenne peut devenir intéressante, ou à l’inverse, une idée que je trouvais géniale à un moment a finalement très mal passé l’épreuve du temps, alors j’élague.


› Qu’espère-tu réaliser pour l’avenir ?

Alors ma priorité numéro un, c’est le bien-être de mes enfants. J’espère qu’ils sont heureux, et je mets en tout cas toute mon énergie dans ce projet là, qui est mon plus beau projet en fait. J’ai la chance d’avoir un certain âge et une sécurité professionnelle, d’un côté avec l’enseignement, et de l’autre une renommée qui me permet de trouver assez facilement des endroits où jouer, pour pouvoir, justement comme je te disais au début, dégager du temps et le passer avec eux.

Mon deuxième projet, c’est bien évidemment The Prize, avec qui nous voulons jouer des concerts, tourner, continuer à composer et à enregistrer ensemble. Après, d’un point de vue plus guitaristique, j’ai la chance de bosser avec des marques qui me font encore confiance sur le développement des produits, et je m’investis de plus en plus dedans, parce que je trouve très intéressant de savoir précisément comment fonctionne ce que j’ai dans les mains, et de pouvoir échanger dessus. Et puis enfin, le projet qui chapeaute tout ça, c’est d’être en bonne santé le plus longtemps possible.


› Qu’est-ce que tu conseilles à un guitariste débutant ?

Le conseil que je donne à des débutants, c’est d’essayer rapidement de trouver des gens avec qui jouer, même s’ils ne se sentent pas encore super affûtés. Moi-même, j’étais nul quand j’ai commencé à jouer en groupe, et j’ai gardé des cassettes qui le prouvent ! La dimension de partage, entre musicien.ne.s, et avec un public, c’est crucial dans la musique.

Du fait que j’enseigne depuis une trentaine d’année, j’ai vu le profil des élèves évoluer. Ils ne viennent plus pour les mêmes raisons, et en tout cas plus par les mêmes voies qu’autrefois. Et ce que les jeunes guitaristes me donnent un peu l’impression de perdre de vue, c’est que la musique, ça se joue à plusieurs. Quand on joue de la musique à plusieurs, ça procure un plaisir qui ne peut pas exister devant un écran. Mais là, on a de plus en plus de gamins qui restent chez eux, et qui n’ont finalement plus ces relations avec un autre guitariste, un bassiste, un batteur, ou un chanteur. Mon message c’est donc d’aller vers d’autres musicien.ne.s, avec qui jouer pour partager des sensations, des émotions, échanger des idées, se refiler des trucs. Jouer de la musique ensemble, et partager cette passion, c’est essentiel pour progresser.



› Bonjour Ross Knight, merci d’avoir accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Avant de commencer, peux-tu présenter ton parcours à nos lectrices et lecteurs ?

Je suis tubiste de l’Orchestre de la Suisse Romande, et professeur de tuba et d’euphonium à la Haute Ecole de Musique de Genève. J’ai commencé le tuba à neuf ans, et j’ai débuté dans les brass bands en Ecosse quand j’étais jeune. C’est ce type de formation qui a été fondamental dans mon apprentissage à cette époque. A dix ans, je savais déjà que je voulais faire de la musique mon métier. Je ne savais pas encore de quelle manière, mais ça c’était sûr. Puis autour de 16-17 ans, j’ai de plus en plus joué en orchestre, et ainsi développé un amour profond pour la musique classique.

Je suis donc passé par la Royal Academy of Music in London, où j’ai étudié durant cinq ans et obtenu mon Bachelor et mon Professional Diploma. Puis, je suis en parti en Allemagne où j’ai été Tuba Academist au sein de la Karajan Academy de l’Orchestre philharmonique de Berlin. C’était une expérience magnifique, qui m’a permis de côtoyer certains des meilleurs musiciens que j’ai rencontrés au cours de ma carrière. Et puis en 2016, je me suis rendu ici à Genève pour le concours d’entrée à l’OSR, que j’ai réussi. Depuis, je me suis établi dans la région et j’ai commencé à enseigner. Fabien Wallerand, qui était professeur de tuba à l’HEM et que j’avais rencontré suite mon arrivée, m’a par la suite recommandé pour lui succéder lorsqu’il est parti au CNSM à Paris. J’enseigne donc à la HEM depuis le mois de septembre.


› Qu’est-ce qui t’a poussé à choisir le tuba ?

J’aime beaucoup qu’on me pose cette question, car j’y apporte une réponse assez cocasse : j’ai commencé le tuba parce que c’était le dernier instrument qui restait dans l’armoire de la classe de musique à l’école.

A l’origine, mes parents, qui avaient une grande sensibilité musicale même s’ils n’en avaient jamais fait leur métier – mon père était batteur dans un pipe band de cornemuse, et ma mère avait joué de la clarinette et du piano à l’école – m’ont proposé d’essayer les cuivres, car le violon ne m’intéressait pas. Cette idée me plaisait. Je me voyais bien jouer de la trompette ou du trombone, et puis il y a une grande tradition de brass bands au Royaume-Uni, donc ça m’attirait.

Ils ont ensuite demandé à ce que je puisse intégrer la classe de musique un peu plus tôt que ne le prévoyait le cursus, et j’ai ainsi commencé la musique un an avant les gens de mon âge, mais aussi un mois après que les cours avaient débuté. Je m’imaginais donc jouer du trombone au départ, mais quand la prof est arrivée avec un tuba, parce que c’était l’instrument qui restait, je me suis dit “wouah, c’est trop cool ce truc !”, et voilà : c’est comme ça que j’ai commencé à apprendre à jouer du tuba.


› Quel a été ton premier tuba ?

C’était un tuba d’étude pour les enfants, en mi bémol mais avec au format baby bass. Je ne me souviens plus de la marque, par contre. Je suis passé à un Yamaha YEB-321 au bout de quelques mois et puis après un an, à 11 ans, je jouais déjà sur un tuba professionnel, un Yamaha Maestro.


› Tu joues également d’autres instruments ?

Je joue un peu de piano et de guitare. J’ai aussi joué de la batterie pendant quelques années, mais rien de bien conséquent. Mon instrument c’est vraiment le tuba.


› Quels sont tes styles de musique préférés, et comment ton approche a-t-elle évolué avec le temps ?

J’aime et j’écoute de nombreux styles très différents. Quand j’étais plus jeune, et avant de venir vers la musique classique, j’écoutais surtout de la pop, et ensuite du punk et du metal, comme Blink 182, Green Day, Slipknot. Durant mes études, je remplaçais parfois le bassiste d’un trio banjo/basse/batterie qui reprenait des hits de pop à la sauce country, donc j’ai beaucoup écouté les grands tubes qui plaisent aux foules. Maintenant, j’écoute bien sûr énormément de musique classique, notamment Mahler et Strauss, parce qu’ils ont si bien écrit pour les cuivres. J’ai plutôt un penchant pour les compositeurs autrichiens et allemands, qui ont beaucoup écrit pour le tuba, et qui invitent à explorer les possibilités offertes par cet instrument qui me passionne.


› Quelles sont tes influences les plus fortes ?

Je suis très inspiré par la musique classique, et par celle qui est jouée par les orchestres symphoniques d’Europe, mais aussi des formations aux Etats-Unis, qui ont une approche différente du son. Sinon, les compositions de Strauss en particulier m’inspirent et me donnent des idées sur la manière dont faire résonner mon instrument. Je suis aussi influencé par le jazz. J’aime en effet beaucoup jouer au sein de formations de cuivres en quintet, par exemple, et ce qui est le intéressant pour le public dans ce setting sont les choses jazzy mêlées à des éléments classiques. Dans cette veine, j’écoute pas mal Gordon Goodwin's Big Phat Band, qui m’ouvre à des nouvelles formes de jeu, d’articulation, qui enrichissent ma façon d’aborder la musique. Enfin, une de mes plus grandes influences, ce sont les musiciens avec lesquels je joue. Les discussions autour des idées que nous avons sur la manière d’arranger un morceau, le vocabulaire qui se développe dans nos conversations musicales contribuent de manière fondamentale à mon style de jeu.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

J’avais un problème sur mon tuba en Fa depuis trois ans, pour lequel je ne trouvais pas solution, et quand je suis arrivé et que je suis venu chez Servette-Music, vous avez su le régler sur le champ. Il m’est aussi déjà arrivé d’avoir besoin d’une réparation le jour d’un concert. Avoir accès directement à un facteur de cuivres disponible et compétent est un gros atout pour un tubiste. Et puis je trouve tout le monde hyper gentil. Matthieu, Claudio et René avec qui je parle beaucoup, ont toujours su répondre rapidement à toutes mes demandes. Du coup, je n’ai eu que des bonnes expériences avec Servette-Music…


› Quels sont tes projets musicaux actuels ?

Je joue au sein de l’Orchestre de la Suisse Romande, ce qui m’occupe évidemment beaucoup, et nous jouons actuellement un Opéra de Janáček qui s’intitule Katia Kabanova. Nous allons prochainement débuter une tournée de cet opéra à travers l’Europe, qui se terminera à Brno en République tchèque, où nous jouerons aussi Tableaux d’une exposition de Mussorgsky, ainsi que Also Sprach Zarathustra de Richard Strauss. La saison est très chargée, et nous interprétons donc un répertoire de musiques assez variées, sous la direction en plus de chefs incroyables, comme Danièle Gatti pas plus tard qu’il y a deux semaines !


› Peux-tu nous raconter un des moments les plus marquant pour toi en tant que musicien ?

Lorsque j’étais en Allemagne, j’ai eu l’occasion de jouer avec l’Orchestre philharmonique de Berlin, et ça a été une expérience hors du commun de me trouver parmi des musiciens de ce calibre. J‘ai aussi joué au sein du European Union Youth Orchestra et du Gustav Mahler Youth Orchestra de 2012 à 2016, et cette période était fantastique. Nous faisions des tournées qui duraient des semaines, et c’était une expérience humaine et musicale très forte que de jouer avec des musiciens réunis autour de morceaux magnifiques par pur amour de la musique. J’ai aussi lié des amitiés très fortes avec des personnes à travers toute l’Europe grâce à cela.


› En tant que musicien professionnel au sein d’un orchestre, tu joues les répertories de grands compositeurs ; composes-tu aussi de ton côté ?

Je ne fais pas de composition en soi, parce que je ne me trouve pas très bon, mais je fais du travail d’arrangement, qui est ma manière d’aborder la création musicale. J’ai par exemple dernièrement écrit un arrangement pour cinq tubas de la Fugue en sol mineur de Bach, dont j’ai fait un enregistrement vidéo que j’ai publié sur ma chaîne Youtube, et un arrangement assez fantasque de Czardas de Vittorio Monti, sur lequel je joue plus d’une dizaine de pistes au tuba. J’ai aussi réarrangé Send in the Clowns de Stephen Sondheim pour brass band il y a quelques années. Ma créativité s’exprime sous cette forme là, et ça me permet d’échanger avec les autres.


› Pour l’avenir, quels sont les grands projets qui t’animent ? Qu’aimerais-tu réaliser ?

Pour l’instant, avec la HEM, mon ambition est de monter une classe, pas seulement de très bons tubistes, mais de très bons musiciens. Avec Phillip Casperd, chanteur au Grand théâtre, et Daniel Schädeli, tubiste à Berne, nous aimerions continuer à partager notre passion pour la musique et le tuba à travers des événements. Depuis le premier concours de tuba organisé à Genève il y a trois ans, nous avons rencontré un succès encourageant. Puisque personnellement, j’aime créer des ensembles de tuba, ce serait très cool de pouvoir poursuivre dans cette voie.


› Quels sont tes conseils pour les jeunes musicien.ne.s qui apprennent à jouer du tuba ?

La première chose, c’est de faire des exercices afin d’accroître la maîtrise de son souffle et de sa respiration. C’est nécessaire pour jouer du tuba puisque c’est un instrument à vent. Ça c’est pour le côté technique. Mais au fond, l’essentiel, c’est de chercher à s’éclater autant que possible quand on joue de son instrument. Surtout pour les jeunes, c’est super important de vivre des moments très intenses, et il faut saisir chaque opportunité de jouer avec les autres dans des ensembles ou des bands, car c’est une chance incroyable à chaque fois de plonger au cœur de ce que la musique peut nous offrir de meilleur.



› Adrien, tu es vendeur chez Servette-Music depuis un an maintenant, peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai très tôt baigné dans le monde de la musique. J’ai commencé le piano à six ans, sous l’influence de mes parents. Puis vers quinze ans, il y a eu une petite crise, parce que je n’arrivais pas à trouver un moyen d’expression dans le piano, et je me suis retrouvé à envisager d’abandonner complètement la musique. Mon grand frère, qui a six ans de plus que moi et qui était déjà musicien à l’époque, m’a offert une guitare. Il s’était dit que ça me permettrait de prendre un nouveau départ, et en gros il m’a dit “tu comptes arrêter la musique, mais si je t’offre une guitare, est-ce que tu acceptes de continuer encore un bout de chemin pour voir ?”

J’ai accepté, très vivement d’ailleurs, parce que j’aimais le rock et que ça me plaisait de pouvoir en jouer. Il m’a donc offert une guitare pour mes quinze ans, et ça a renouvelé mon intérêt pour la musique. A partir de là, j’ai commencé à axer mes activités musicales sur la guitare : la musique que j’écoutais, mes études, tout mon temps libre y passait, et tout tournait autour de la guitare. Je jouais des heures, je ne la lâchais plus. J’ai donc logiquement débuté des études de musique à travers les parcours de formation offerts par l’ECG et de l’ETM, et je prenais des cours particuliers pour acquérir un niveau décent afin d’ensuite pouvoir intégrer l’HEMU en musiques actuelles, étape présente qui devrait conclure mon parcours scolaire/académique dans les années à venir.

Parallèlement, j’ai découvert un métier de rêve ici à Servette-Music, au secteur guitares, puisque non seulement je passe mes journées au milieu de mes instruments favoris, mais j’ai en plus l’opportunité d’apprendre et d’échanger avec plein de gens très généreux qui connaissent beaucoup de choses intéressantes.


› Quelle a été cette première guitare ?

C’était une Squier Bullet Strat incroyablement difficile à jouer, mal réglée, pas très bien construite et du coup jamais tout à fait juste, mais que j’ai usée “jusqu’à la corde”. Le manche est complètement “Relic” à cause des heures que j’y ai passées à jouer dessus. Je la garde précieusement, même si elle est devenue injouable. D’ailleurs, en accédant à des instruments de qualité, j’ai fait l’expérience de l’aisance et du plaisir que procurent les guitares haut de gamme : c’est tellement plus facile de sonner bien quand on joue avec le haut du panier… Ça parait tout bête, mais un instrument de qualité en termes de manufacture, de son, et de confort permet de jouer longtemps sans se fatiguer, et donc de progresser plus vite. Du coup aujourd’hui je joue sur une Telecaster ’63 qui est un exemplaire d’une série limitée sortie pour les 30 ans du Fender Custom Shop. Je l’ai achetée à Servette-Music en 2018, d’ailleurs. J'ai aussi une Tele '63 Masterbuilt Carlos Lopez, qui est une tuerie.


› Quelles sont tes influences majeures, et quelle est ton approche musicale en termes de composition et de son ?

Ma plus grande influence, c’est Matt Bellamy de Muse. A l’époque où j’investissais tout mon temps à jouer, je n’écoutais que cela, et je ne m’intéressais qu’à ça. Avec le temps, mes horizons se sont élargis, bien sûr, et je suis arrivé aux musiciens qui ont influencé les membres de Muse, parce que c’est une arborescence, et on finit souvent comme ça par aller vers le guitariste préféré de notre guitariste préféré. C’est ainsi que j’en suis venu à m’intéresser à Jeff Buckley, à Radiohead, à Pink Floyd…

J’ai joué dans plusieurs groupes, et j’ai toujours aimé pouvoir exprimer une personnalité “guitaristique” forte, en apportant des compositions, des mélodies, et des arrangements. Pour cela, je vais en général là où mes oreilles m’emmènent. Tout ça m’a conduit à me pencher sur les possibilités offertes aujourd’hui par les appareils audionumériques, surtout les effets. Je ne considère pas la guitare toute seule, mais comme la pièce maîtresse d’un système de création sonore. Mes mains se posent sur la guitare, mais la musique, le son, peuvent être aussi les produits d’une pléthore de composants. Je trouve ça passionnant et ça m’inspire beaucoup quand je joue.


› Tu passes un peu tes journées au Pays de Cocagne pour un guitariste, quelles sont tes préférences dans la gamme d’instruments représentés au magasin ?

J’aime vraiment tout. Je ne suis pas compliqué, et je cherche à appréhender tous les sons, tous les styles, toutes les possibilités pour enrichir mes connaissances et me développer musicalement. Du coup pour moi tout a une pertinence sonore, et j’éprouve de l’intérêt pour tous les types de construction, de matériaux, etc. : pourquoi un système est comme ceci ou comme cela, qui l’a inventé, dans quel but, à partir de quelles contraintes (parce que finalement beaucoup de choses en matière de guitare sont le résultat de contraintes, économiques, physiques, ou autres).

A part les icônes comme Gibson les Paul, Fender Strat et Tele, qui ont posé les jalons de ce qu’est une guitare électrique, je ne pourrais donc pas te nommer un instrument plus spécial qu’un autre. C’est peut-être la passion qui m’aveugle, mais je les aime toutes. J’ai fait l’expérience directe de l’exigence de Servette-Music dans la manière dont les instruments sont sélectionnés, et je dois dire qu’au vu du processus, ce n’est pas étonnant que nous n’ayons que des super grattes dans chaque gamme de prix et pour chaque style. Après, du point de vue personnel, je suis moins sensible aux guitares typées metal, parce que c’est moins mon style, et que je penche donc plus vers des guitares plus traditionnelles ; mais même ça, c’est pas toujours vrai, puisque quand je les teste, ou que j’écoute des clients les essayer, je constate bien que nous avons ici des bêtes de course, et je sais les apprécier pour leurs qualités objectives.


› Qu’est-ce qui t’a convaincu de rejoindre Servette-Music ?

Le service client. Pour moi, le service client, c’est la manière dont le vendeur peut te guider, tout en restant en dehors de la problématique de recherche, donc en te laissant vraiment le choix. A chaque fois que je venais, je ressortais avec ce dont j’avais besoin. Et même si je n’avais pas la chose matérielle, j’avais la connaissance, la compréhension de ce que je recherchais, et de la manière dont l’obtenir.

La qualité d’échange est cruciale afin que l’expérience soit bénéfique pour le client, et la disponibilité des personnes dans le secteur des vents aussi bien que dans le secteur guitares, qui sont celles avec lesquelles je discutais, m’a toujours donné le sentiment d’être le bienvenu. Les conversations, autour de l’instrument comme de la musique en général, montraient très clairement que c’est la passion qui anime le magasin. C’est d’ailleurs quelque chose que je cherche à apporter moi-même au client quand je suis au magasin : un accueil chaleureux, de l’espace pour qu’ils expriment leurs besoins, leurs désirs, et du temps pour qu’ils puissent essayer les instruments et les appareils tranquillement.


› Quel instrument t’a le plus impressionné ces derniers temps ?

Il y en a deux. D’abord, il y a quelques mois, nos avions une Fender Custom Shop Masterbuilt Carlos Lopez, et laisse-moi te dire que c’était une bombe. La selection des bois, le détail du relicage, le feeling tout simplement quand on la prenait en mains étaient surréels. Et une fois branchée, il a suffit d’une note pour me faire comprendre que c’est quelque chose de très spécial. L’autre, elle vient du concurrent direct, c'est une Gibson Custom Shop Les Paul ‘59 Murphy Lab Heavy Aged Kindred Burst. Certes, elle coûte son prix, mais elle le vaut entièrement. Ces deux guitares représentent le sommet du savoir-faire de ces marques, et quand on aime les grattes, elles offrent une expérience de jeu et un son tout bonnement exceptionnels. C’est vraiment mieux que tout le reste. Mais bon, il faut avoir les poches profondes…


› Tu t’intéresses aussi beaucoup à l’audionumérique, notamment les pédales et les processeurs d’effets, quelle est ta dernière découverte dans ce domaine ?

Pas vraiment besoin de réfléchir, le Quad Cortex de Neural DSP remporte la palme d’or. Cet appareil est tout bonnement génial, c’est une révolution dans le monde de la guitare aujourd’hui. D’abord, il rentre dans presque tous les étuis de guitare, c’est plus qu’un détail : que ce soit pour un cours, un concert, une répète, il est facile à emporter. Cela veut dire que ce n’est pas un problème d’en être dépendant dans la création de sa signature sonore, puisqu’on pourra l’avoir avec soi dans toutes les circonstances. C’est aussi un super complément numérique à tout équipement analogique, donc on est dans une logique de “et”, et pas de “ou”. Un musicien peut avoir ses amplis historiques à la maison ou au studio, et ajouter le Neural DSP à son rig pour les concerts, sans créer de redondance.

Parce que franchement, les amplis, c’est super, mais c'est aussi lourd et encombrant, et surtout, c’est la première chose que l’ingé son va demander de baisser pour pouvoir contrôler le volume dans la salle. Du coup – c’est une expérience que malheureusement on a tous faite – les sons préparés, fignolés à l’avance, se retrouvent complètement dénaturés, puisque le volume est un des facteurs qui influence le plus le rendu d’un ampli à lampes. Avec le Neural DSP, on peut balayer toutes ces limitations sans aucune prise de tête : le son préparé à la maison ou en studio sera le même en salle de concert. Il aura la même texture, le même grain et la même dynamique, et on pourra ajuster le volume de manière générale grâce au master volume. Ce niveau de fiabilité et de facilité à la fois logistique et programmatique allié à la capacité de sortir des sons tout bonnement identiques à ceux des amplis est une première. En plus, la capture est super simple, au point que si les clients qui achètent un Neural DSP au magasin nous le demandent, on est heureux de leur en faire une ou deux ici-même avec les amplis de notre assortiment. Ça prend deux secondes ! Enfin, un peu plus, mais c’est super simple, et ça sonne. Au final, la musique est essentiellement un plaisir, et le Neural DSP améliore l’expérience.

Cela étant, j'adore les amplis traditionnels et les effets analogiques, et beaucoup de nos clients jouent sur ce type de matos. Pour ceux qui peuvent se le permettre, l'idéal c'est donc bien sûr d'avoir les deux, analogique et numérique, car ce sont deux dimensions qui s'enrichissent l'une et l'autre.


› Quels conseils donnes-tu aux jeunes et aux débutants qui viennent te consulter au magasin ?

La curiosité ! Je prêche le fait de s’intéresser de manière approfondie à l’univers de la guitare. Il peut paraître dense, surtout quand on débute, et c’est pour cela que nous somme là : partager nos connaissances, échanger nos impressions. Ma recommandation est donc de ne jamais hésiter à poser des questions, et d’être curieux.


› Adrien, il est temps de prendre position dans les guerres de chapelle canoniques du monde de la guitare : Fender ou Gibson, PRS ou Collings, et enfin pour les amplis, Fender ou Marshall ?

Alors, Fender, parce que c’est ce que je joue et ce qui représente aujourd’hui le mieux mes goûts et ce que je recherche pour m’exprimer musicalement. Gibson est tout aussi excellent, et c’est vraiment juste une question de “couleur”. Ensuite, je dirais Collings, mais ici encore, c’est parce que c’est ce qui me parle plus. A vrai dire, les guitares de PRS et de Collings sont toutes irréprochables. Mais l’approche de Collings de créer des instruments au caractère très vintage, avec une touche de modernité en mettant la barre aussi haut que possible, me touche plus. Je comprends bien la position de PRS, qui permet de ne plus avoir à choisir entre une Les Paul ou une Strat, et qui le fait à un niveau de qualité incroyable, mais je suis plus sensible à Collings.

Enfin pour les amplis, entre Fender et Marshall, ma préférence va à Bogner. Parce que dans ce domaine là, je n’ai pas envie de devoir choisir, et que les amplis Bogner, c’est le son cristallin de Fender, et le côté rond et chaleureux de Marshall dans une seule boite. Mais vraiment, toutes ces préférences ne comptent que parce qu’elles correspondent à ce que je cherche à exprimer dans la musique que je joue, et pas comme des vérités absolues.



› Salut Ivan, tu es un bassiste sideman très demandé, peux-tu nous parler de ton actualité ?

Mon actualité, c’est en priorité The Prize, notre nouveau projet avec Christophe Godin et Aurélien Ouzoulias de Mörglbl. Nous travaillons avec Maggy Luyten, anciennement frontwoman de Nightmare, un groupe de rock qui tourne d’ailleurs toujours. Nous parlions depuis longtemps de réaliser un projet différent de Mörglbl – mais quand même tous ensemble. Nous connaissions Maggy depuis longtemps, puisque nous l’avons souvent croisée sur la route, et là on a enregistré un album ensemble qui est sorti l’année dernière. On a commencé à tourner depuis un an, ça va s’intensifier. Parallèlement à ça j’ai la chance d’avoir travaillé sur l’album de John Woolloff, un guitariste bien connu ici qui a tourné avec toute la variété française dans les années 80 et 90. J’avais travaillé avec lui déjà il y a une quinzaine d’années, et je suis très content pour lui surtout que ce soit maintenant du concret.

Je donne aussi des cours de basse depuis 22 ans à l’ETM, où je suis très content de bosser. Pour un musicien actif comme moi, c’est un sérieux confort. D’abord j’aime donner des cours, j’apprends beaucoup en enseignant aux autres. Il y a toujours un môme qui arrive avec un truc qui me fait dire “eh ben je vais aller travailler un petit peu pour pouvoir te montrer”. Il y a aussi la liberté que ça nous apporte avec Christophe pour faire nos propres projets musicaux. Et puis le parcours de cette école, son évolution, le cadre et le contexte sont très chouettes.


› Quel a été ton parcours pour en arriver jusque là en tant que musicien ?

Mes parents écoutaient beaucoup de musique, il y en a toujours eu à la maison, et des choses pas toujours mainstream. J’ai développé comme ça un goût pour la variété française, que ma mère écoutait, et par exemple j’aimais bien France Gall. Derrière, en fait, il y a Jannick Top, bassiste notamment de Magma, qui avait un son de mammouth que j’adorais.

Je suis aussi le dernier d’une fratrie de quatre, dont certains jouaient de la musique. J’avais un frère batteur de jazz et saxophoniste, et une sœur saxophoniste classique – un cursus qu’elle a d’ailleurs poussé très loin, puisqu’elle a reçu le Premier Prix du Conservatoire de Paris, etc. Quand j’ai commencé à neuf ans, mon frère en avait quinze et il jouait déjà dans les groupes. J’avais envie de faire comme lui.

J'ai grandi dans une petite ville à la campagne, donc l’apprentissage de la musique est passé par l’harmonie municipale et l’école. Je ne savais pas trop quel instrument jouer au départ. J’ai un peu hésité vers la batterie, mais mon père a refusé, ayant déjà un batteur à la maison, il en avait assez. On m’a donc mis à la clarinette – probablement parce qu’il y en avait besoin à l’harmonie municipale. Comme ça se passe dans l’enseignement classique, je me suis mangé deux ans de solfège, ce qui a un peu entamé ma motivation. Mais mon intérêt pour l’aspect rythmique de la musique s’est développé, et finalement mon frère m’a fait découvrir la basse : il m’a fait écouter des trucs comme Weather Report, beaucoup de pop comme Level 42, avec Mark King… Et comme je t’ai dit, il y avait toujours de la musique à la maison, et j’étais déjà très attiré par cet instrument.

Mais bon au final c’est beaucoup venu de mon frère : quand j’ai commencé, lui jouait déjà avec des mecs, montait à Paris pour des concerts, et j’avais envie de faire comme lui. C’est comme ça que j’ai su que je voulais devenir musicien. J’étais nul à l’école, il ne fallait pas me parler d’autre chose, ce qui comptait c’était la musique. Je me suis fait virer de l’école à quinze ans, et j’ai fait des petits boulots pour assumer mon apprentissage autodidacte, tout à l’oreille. Les quelques années de solfège que j’ai faites m’ont tout de même bien aidées, car je jouais à vue, j’avais un bon rythme, et je pouvais échanger avec les autres facilement.

Du coup je me suis retrouvé à être le seul bassiste à trente kilomètres à la ronde en 85-86, et j’ai donc trouvé rapidement des gens avec qui jouer. J’ai rejoint à seize ans des groupes qui jouaient dans les bals, avec des mecs qui avaient l’âge que j’ai maintenant, et j’ai pu apprendre plein de choses avec eux. Comme on jouait de la musique de fête (pop, musette, variété, world music, etc.) j’ai pu aborder des styles très différents. J’ai passé des plombes à repiquer des répertoires entiers, en rembobinant les cassettes, “bloup-bloup-bloup” (rires). Il n’y avait pas de supports pédagogiques accessibles comme aujourd’hui…


› Qu’est-ce qui t’a donné envie d’apprendre à jouer de la basse ?

Je n’avais pas vraiment conscience de l’instrument au départ, de son rôle. Quand mon frère m’a fait découvrir ce que c’était, j’ai trouvé ça génial : c’est le mix parfait entre les aspects rythmique et harmonique de la musique. Ça m’a séduit immédiatement, et ce que j’ai aussi beaucoup aimé, c’est le fait que l’accès est facile : tu peux vite jouer des morceaux de pop ou de rock sans avoir besoin d’être Victor Wooten, t’amuser, jouer avec du monde, partager des choses… Ensuite, c’est comme tous les instruments, il y a la dimension du travail, de la technique, qui rentre en jeu. Et je me souviens que ma première basse était une tramer, copie de Precision, super lourde.


› Tu joues d’autres instruments ?

Pas vraiment, non. Je pianote, je pose quelques accords sur la guitare, je suis capable de tenir un rythme à la batterie, mais rien au-delà de ça. L’autre instrument dans lequel je me suis investi plus en profondeur, c’est la contrebasse – mais c’est la même famille que la basse électrique au fond. On me demandait ça pour des sessions de studio, et j’ai accompagné des formations qui le demandaient parfois, en général plus pour l’impact visuel que pour le son lui-même, d’ailleurs. J’en ai joué pendant sept ans, mais un jour lors d’un déménagement, j’ai posé ma contrebasse – un super modèle, cher et tout – contre un mur. Je me suis retourné, elle est tombée sur la face, et elle a explosé. J’ai choisi d’interpréter ça comme un signe, et j’ai lâché. J’y reviendrais peut-être un jour, mais je suis plus un bassiste qui joue de la contrebasse qu’un contrebassiste de toute façon.


› Quels sont tes styles de musique préférés, et comment tes goûts ont-ils évolué ?

En jouant, j’ai compris avec un peu d’expérience que j’étais résolument bassiste : j’aime accompagner. Je peux donc aussi bien jouer du rock que du punk, du funk, du metal, du R&B… Tout ce qui groove. Quand j’avais quinze ans, et que j’ai commencé la basse, j’étais plus attiré par ce qui était fusion, jazz-rock, parce que c’était les genres dans lesquels les bassistes s’exprimaient le plus à cette époque. C’est là qu’il y avait tous les cadors de la basse, qui reste un instrument jeune : ça explose dans les années 70, et on est dans les années 80 à ce moment là ! Mais j’ai eu des périodes.

J’ai été beaucoup influencé par Police, Level 42, dont je trouvais le jeu redoutable, et plus tard, Marcus Miller. Jaco Pastorius, c’est venu plus tard, car je ne comprenais pas quand j’étais gamin. Il y a un type qui m’a spécialement marqué, c’est Michel Alibo, un bassiste français des Antilles qui a joué pendant des années dans un groupe qui s’appelle Sixun, et je suis ultra-fan de ça. C’est probablement le musicien que je suis allé voir en concert le plus de fois dans ma vie, et il me met toujours des frissons quand je l’entends jouer. J’aime beaucoup Gary Willis, Anthony Jackson, et des mecs un peu déjantés, comme Les Claypool de Primus. C'est surtout les bassistes qui savent vraiment accompagner qui m’intéressent, comme Tony Levin, qui sait faire ça incroyablement bien.


› Quels sont tes basses préférées, et qu’est-ce qui est important pour toi quand tu choisis un instrument ?

Actuellement c’est Vigier, car on bosse ensemble depuis des années. Patrice Vigier m’avait donné une basse et dit : “si ça te plaît on travaille ensemble, sinon, tu me la renvoies”. J’avais trouvé ça génial, parce qu’il n’avait pas vraiment besoin de moi, lui, je ne suis pas Victor Wooten…

J’aime le gros son, même si je me rends compte que ça a un peu changé avec le temps, mais d’abord j’aime les instruments simples. J’aime pas les usines à gaz, avec 10’000 boutons. J’en ai eu, hein, des basses avec des rangées de potards, mais ça ne me plaît pas. Nous les bassistes on a tendance à aimer avoir un instrument qu’on peut brancher et qui sonne tout de suite, de manière organique. Après, il y a l’aspect physique de l’instrument : je ne suis pas bien costaud, donc il me faut des instruments pas trop lourds, parce que sinon je suis plié en deux très vite. Et puis il me faut un instrument polyvalent. Je n’ai pas envie d’avoir 15 basses derrière moi pour faire le truc rock, le truc funk, le truc jazz… Je veux une basse qui me permet en tout cas de ratisser le plus large possible, chose que je trouve avec Vigier, car je fais quasiment tout avec.

Sinon avec le temps, il y a un instrument auquel je suis revenu, c’est la Precision. On ne peut pas faire plus simple, déjà, et pour le son, et bien ça a le son de la Precision et c’est parfait. Depuis quelques temps, quand je fais des trucs ponctuels qui sont très groove, funk, je prends celle-là. Et puis tout dernièrement, j’ai acheté une Läkland modèle Darryl Jones chez vous, pour avoir un instrument radicalement différent de celui que j’utilise, c’est-à-dire ma Vigier. Je voulais un truc qui sonne Jazz Bass, mais avec un peu plus de muscle et 5 cordes. Mon ami Ivan de Luca m’a fait essayer un de leurs modèles, qui sont effectivement supers, donc je suis venu vous voir à Servette.

Au final, je ne suis pas un gros consommateur d’instruments. Comme j’ai dit, je ne veux pas avoir une flopée de basses derrière moi, je veux en avoir deux ou trois qui marchent, et avec lesquelles je peux tout faire. Donc chez moi j’ai deux Vigier, frettée/fretless, une Läkland, une Squier Precision roots au possible, et voilà.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Comme je travaille avec des marques, je vais peu dans les magasins de musique. Je n’ai pas besoin d’y aller, puisque tout arrive chez moi. Mais j’entends parler de Servette-Music à travers des musiciens avec qui je travaille, comme John Woolloff. Dernièrement je cherchais un instrument, comme je venais de le dire, et je sais par les gens que je connais qui viennent souvent ici qu’on a affaire à une équipe de connaisseurs, et qu’on peut prendre le temps de tester, de réfléchir, de poser des questions… En venant j’ai été ben conseillé, il y avait un instrument qui me plaisait, et j’ai pu passer le temps qu'il me fallait pour bien le tester. Je dirais donc que mon expérience avec Servette-Music est réduite, mais agréable.


› Ta rencontre avec Christophe Godin a eu un gros impact sur ta carrière, comment vous vous êtes connus ?

Je connaissais Christophe de loin, puisqu’il était déjà le “guitar hero du coin" à la fin des années 80. Quand je suis arrivé sur Annecy au début des années 90, un copain guitariste me l’a présenté, et on est allés le voir en concert plusieurs fois à Rockland (un club qui n’existe plus), où il se produisait régulièrement. Je bossais avec un groupe de reprises à Annecy, et du coup on se croisait souvent aussi. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés. On a jammé, rigolé ensemble, et on s'est bien entendus humainement, bien sûr.

Christophe avait à l’époque un groupe de compos très prog qui s’appelait Future Primitive. Le bassiste était Patrice Guers, un pro qui a notamment joué avec Patrick Rondat, et il est parti du groupe à cette époque. C’est là que la première vraie collaboration avec Christophe a démarré. Puis en 96, Christophe a participé à Guitare Attitude, une série de compilations de musique de guitare dirigée par Thibaut Abrial, et a été appelé pour en faire la promo au Bataclan à Paris. Et donc pour ça, on a formé un trio, et c’est de fait le début de Mörglbl. L’ironie, c’est qu’on n’a pas joué ce concert, parce que la régie avait prévu une section rythmique identique pour tous les guitaristes qui se produisaient (rires). Un an plus tard, Mörglbl a sorti son premier album, et on ne s’est plus quittés, sauf une pause entre 2000 et 2002 pour d’autres projets. Il n'y a pas de raison : avec Mörglbl on se marre, on fait ce qu’on veut comme on veut, et on a quand même vendu cette musique aux quatre coins du monde en faisant les cons... C’est une veine de dingue.


› Comment composes-tu ?

La compo pour moi a tourné autour de Mörglbl pendant plus de 20 ans, et de façon assez collégiale : on jamme beaucoup, on enregistre les idées, et on les travaille ensemble. Christophe et moi arrivons aussi parfois avec des trucs entièrement écrits, et là pour moi ça part toujours de la basse, d’un groove. Ensuite, je passe sur Cubase pour triturer des sons, altérer des textures, voir où je peux aller, expérimenter. En 2014 j’ai aussi fait un album solo, et là j’ai tout composé de A à Z, puis appelé les potes pour jouer les parties que j’avais programmées. D’ailleurs cet album c’est un peu les mecs de Mörglbl qui jouent mes compos qu’ils n’avaient pas aimées (rires). Mais au fond j’aime bien le mode de composition à plusieurs où on échange des idées avec les autres, on les assemble et on les transforme ensemble pour en faire quelque chose qui représente le groupe.


› Quels sont les projets qui t’animent en ce moment ?

Musicalement, le projet principal du moment c’est The Prize, dont l’idée est de nous permettre de sortir de ce qu’on a fait avec Mörglbl pour explorer de nouvelles choses. Et sinon j’ai un album solo qui pourrait venir parce que j’ai beaucoup de matière. D’un point de vue personnel, j’espère être en mesure de faire le métier de musicien, que j’aime, pendant longtemps, et surtout de pouvoir profiter de ma famille, donc de savoir gérer l'équilibre entre ces deux piliers dans ma vie.


› Quel serait ton conseil pour un.e jeune bassiste débutant.e ?

La première chose, c’est qu’on dit “jouer de la musique”, et je pense que c’est important de ne pas l’oublier. Il faut s’amuser. Après vient aussi bien sûr le travail, etc. Aux bassistes qui veulent devenir pros, spécialement, je conseillerais d’être le plus polyvalent possible : ça permet de jouer avec plus de monde, de progresser plus vite. Mais s’amuser c’est l’essentiel, pour les amateurs comme pour les pros.



› Salut Sté, tu es une auteure-interprète en vue dans l'univers de la musique francophone en ce moment, et tu rencontres un beau succès pour ton début de carrière. Peux-tu nous en parler ?

Bonjour, ça me fait plaisir de vous retrouver. Et bien l’an dernier j’ai fait la première partie pour Florent Pagny, c’était un moment incroyable. Et puis là, 2022 a déjà été une grosse année pour moi, et elle est loin d’être finie. J’ai chanté aux côtés de Vianney, Cats on Trees, Kyo… Ça fait une belle expérience scénique ! On vient aussi d’enchaîner une vingtaine de dates dans des festivals, avec une formation un peu différente qui comporte un batteur, un pianiste, un guitariste, et moi-même à la guitare et au chant. C’était une super tournée, et là pour la fin de l’année on vise la sortie de mon premier album, qui est en train d’être finalisé.


› En quelques mots, à part beaucoup de travail et de talent, évidemment, comment en est-tu arrivée là ?/h6>

Après avoir obtenu ma maturité à Genève, j’ai décidé de suivre des cours de chant, de guitare et de solfège à l’ETM. Pour la guitare et le chant, il s’agissait surtout pour moi de mieux maîtriser et de comprendre ce que je savais déjà, car étant autodidacte, je ne réalisais pas complètement ce dont j’étais capable. J’ai eu la chance de faire cela durant trois années, au terme desquelles j’ai rencontré mon producteur, par le biais de l’ETM justement. Il m’a proposé un contrat d’artiste sur la base duquel nous avons commencé à travailler ensemble, et voilà.


› QQu’est-ce qui t’a amenée à la guitare ?

J’ai commencé la guitare parce que j’avais entendu la version de Hallelujah par Jeff Buckley. J’avais été tellement touchée par ce son de guitare électrique que très vite après, j’ai demandé à mon père s’il était d’accord pour que je prenne des cours. J’ai donc d’abord commencé par l’électrique – je ne me rappelle plus sur quel modèle par contre. Puis je me suis rapidement rendue compte que j’aimais aussi chanter, donc pour m’accompagner je suis passée de l’électrique à l’acoustique – une Cort, ça je m’en souviens ! J’ai débuté avec des accords assez simples, et des progressions pop, et c’est sur cette base que j’ai ensuite fait évoluer mon jeu.


› Est-ce que tu joues d’autres instruments ?

Je pianote un petit peu, mais je n’ai pour l’instant pas de grand amour pour un autre instrument que la guitare. Après c’est quand même chouette de composer parfois au piano. Ça ouvre les mélodies, les sens, et ça me permet de ne pas rester enfermée dans la structure musicale offerte par la guitare, qui reste l’instrument dont je joue essentiellement.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment tes préférences ont-elles évoluée avec le temps ?

J’ai des grands frères et sœurs, et quand j’étais petite j’écoutais ce qu’ils me faisaient découvrir. J’ai donc appris à apprécier un peu tout, du rap au classique. Mais mon style à moi c’est la pop, et d’une manière générale j’aime la pop et le rock. Comme ça va toucher beaucoup de monde – par définition, puisque c'est populaire – ça réunit les gens, donc c’est fait pour me plaire.


› Quelles sont tes influences majeures ?

Je dirais qu’aujourd’hui c’est Vianney, le chanteur français. Son style m’influence beaucoup car c’est un artiste que j’admire aussi bien humainement que musicalement. Ben Mazué, aussi, et dans les trucs un peu plus anciens, Fauve… Dans mes années formatrices, j’écoutais pas mal de pop/rock comme Avril Lavigne, Simple Plan, Miley Cyrus. Et puis je pense aussi que Julien Clerc, que ma mère écoutait énormément, surtout dans la voiture, m'a aussi beaucoup influencée.


› Quels sont tes guitares préférées ? Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare ?

Je n’ai pas vraiment de guitare préférée, parce que je ne m’y connais tout simplement pas assez. J’ai eu l’occasion de travailler avec des guitaristes, qui ont principalement des Taylor, et pour en avoir eu en mains, je trouve que ce sont de très chouettes guitares. Par contre, moi-même j’ai eu un coup de cœur pour le son Martin, et j'ai craqué pour une 00-17. Dès que je l’ai prise j'ai été conquise : elle sonne super bien, elle est petite, elle est jolie (ça compte aussi). En résumé, je dirais que les choses importantes pour moi, ce sont la sonorité et la sensation de jeu. Et le look.


› Tu as vu nos guitares au magasin, et tu viens d’en acheter une nouvelle. Qu’est-ce qui t’a plu sur ce modèle ?

Je fais beaucoup de concerts et beaucoup de route, et j’avais besoin d’une guitare pour ça. La nouvelle Martin de la série 13 répond à mes exigences : elle est robuste, facile à régler, elle est petite et légère, elle sonne bien… J’ai tout de suite aimé le son, acoustique ou branché, ce qui est important parce que je joue souvent avec la guitare branchée pour les concerts. Et quand je l’ai prise en main, j’ai aimé le confort du manche, qui est plus fin, comme celui d’une électrique. L’esthétique originale me plaît, avec le bord bleu, le corps un peu asymétrique. Voilà c’est un peu tout ça.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Mon expérience avec Servette-Music est particulière, car le magasin me soutient depuis que je suis sortie de l’école de musique et que j’ai commencé les concerts. C'est devenu mon point de repère à Genève pour tout ce qui concerne mon matériel, le réglage de ma guitare, etc. Vous avez toujours su répondre à mes questions avec beaucoup d’honnêteté et de gentillesse.


› Quels sont tes projets musicaux actuels?

Mes projets sont d’abord la sortie de mon premier album en fin d’année, avec environ 12 titres. Après, je vais faire ma première tournée en tête d’affiche en France, ce qui est un moment assez spécial dans une carrière. J’espère que nous pourrons aussi ajouter quelques dates en Suisse.


› De tout ce que tu as vécu ces derniers temps, qu’est-ce qui t’a marqué le plus ?

Faire la première partie de Florent Pagny à l’Arena de Genève il y a un an a été une expérience magnifique. Jouer sur cette scène "à la maison" était formidable.


› Comment travailles-tu la guitare et le chant ?

Déjà pour le chant je travaille physiquement, car la voix dépend d’une activité musculaire, et au fond, c’est un peu comme pour les sportifs. Je poursuis donc les cours de chant à Genève, même si c'est moins régulier ces derniers temps. Et pour la guitare, je suis loin d’avoir tout appris. Elle est là pour m’accompagner, mais je veux m’améliorer et apprendre plus de techniques et d’accords, ne serait-ce que pour enrichir mes compositions, donc je travaille essentiellement ça.


› Comment se déroule le processus de composition pour toi ?

Je compose et j'écris les textes de mes chansons moi-même. Il m'est arrivé d'écrire en collaboration avec d'autres personnes aussi, comme Douleur je fuis que j'ai écrite avec un ami. Il m'avait raconté sa douleur, et puis nous l'avons faite ensemble… Comme quoi c'est pas toujours mes histoires qui m'inspirent et me poussent à composer. Pour l'album qui sort bientôt il y a des collaborations sur la composition aussi, comme avec Valentin Marso, et c'est une expérience que j'ai adoré faire.


› Qu’espère-tu réaliser à l’avenir ?

Comme beaucoup, j’aimerais pouvoir vivre confortablement de ma musique. LE rêve c’est une tournée des Zéniths, ou marquer l’histoire musicale avec un titre, voire un album. Mais bon, on va y aller un pas à la fois (rires).


› Quel conseil donnerais-tu à des jeunes guitaristes qui aimeraient s’y mettre ?

J’ai envie de dire de tout simplement y aller et tout donner. Au début, la guitare ça peut faire mal aux doigts, au bras… C’est pas tout de suite gratifiant, non plus. La musique, ça parait très difficile et long à apprendre, mais quand on s’y est mis, on prend finalement tellement de plaisir que ce n’est plus que le chemin qui compte. L’essentiel c’est d’être persévérant, et de rester ouvert pour enrichir son jeu avec des techniques, du chant, les autres, pour partager quelque chose autour duquel se réunir.


› Bonjour Francesco, tu es tromboniste professionnel et professeur de trombone auprès de plusieurs institutions. Quel est ton parcours musical ?

J’ai fait mes études au conservatoire de Monopoli, dans le sud de l’Italie, où j’ai reçu mon prix en 2005. J’ai ensuite poursuivi à l’HEM de Genève. C’était une superbe expérience : je me suis trouvé dans la classe d’Andrea Bandini où j’ai obtenu un diplôme d’orchestre, j’ai fait un stage avec l’OSR.

Pour amener au bout mes études en Italie et avoir mon Secondo Livello (diplôme académique de deuxième niveau), je suis allé au conservatoire d’Aoste où je pu bénéficier d’une excellente formation. Avec un camarade de mon quatuor de trombones, nous nous sommes inscrits au conservatoire de Trossingen, dans la classe d’Abbie Conant, pour faire un master en musiques de chambre, avec notamment une spécialisation en quatuor de trombone.

Tout dernièrement, j'ai fait un master en pédagogie, à la Kalaidos University of Applied Sciences en Suisse. Au travers de toutes ces formations j’ai eu l’opportunité d’étudier avec des musiciens très renommés, tels que Jorgen van Rijen, trombone solo au Royal Concertgebouw Orchestra à Amsterdam, Toby Oft, du Boston Symphony Orchestra, Jay Friedman, du Chicago Symphony Orchestra ou encore le soliste international Christian Lindberg.

Depuis 2016, j'exerce le rôle de trombone solo à L’Orchestre de chambre de Genève. Je collabore également avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne depuis 2011, ainsi qu'avec le Sinfonietta de Lausanne depuis mon arrivée en Suisse en 2006.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche a-t-elle évolué avec le temps ?

La musique de Queen m'attire beaucoup, raison pour laquelle je l'écoute depuis toujours. S'agissant de la musique classique, j’éprouve une fascination sans bornes depuis mon plus jeune âge pour les œuvres de Gustav Mahler, qui accorde une place importante aux cuivres, et notamment au trombone, ou celles de Bruckner, Prokofiev, Tchaikovsky, qui m’attirent beaucoup et que j’aime jouer.

Aujourd’hui, je suis à la recherche d'un autre type de sonorité, car être tromboniste dans un orchestre de chambre m’a complètement fait changer de perspective. Je me suis donc plus intéressé aux œuvres de Mozart, Schubert, Mendelssohn et à celles de Schumann, qui correspondent plus au répertoire que j’aborde.

Pour m’améliorer dans l’interprétation et m’imprégner des différents styles musicaux, je n’écoute pas que de la musique pour ou avec du trombone, mais des œuvres écrites pour des cordes ou des bois, qui me permettent de mieux aborder les pièces que je dois jouer, et même à dépasser certaines contraintes qu’impose mon instrument.


› Quelles sont tes influences ?

Le compositeur qui m’inspire et m’influence le plus est Bach. J’étudie ses œvres pour les cordes au trombone ; la musique de Bach est unique, et peut être jouée avec tous les types d’instruments. J’y trouve des défis musicaux et techniques qui m’aident à dépasser mes limites dans mon travail. Je m’en inspire aussi pour inventer les exercices que je pratique quotidiennement; c’est dire à quel point la musique de Bach m’accompagne vraiment tous les jours.


› Tu joues sur un trombone Vincent Bach équipé d’un cylindre Free Flow Hagmann. Quelles sont les qualités de cet instrument pour toi ? Sur quels autres instruments apprécies-tu de jouer ?

D’abord, le son est majestueux. La projection, la clarté et l’articulation sont superbes, l’ampleur aussi. Ensuite, la polyvalence de cet instrument est exceptionnelle : elle me permet de passer avec lui d’un style à l’autre, d’un groupe à l’autre et de me mélanger avec des formations et des instruments très différents avec une grande facilité. Le barillet Hagmann par-dessus est idéal, car il procure une homogénéité parfaite dans tous les registres : que je l'actionne ou pas, je ne ressens pas de différence dans le jeu.

Je joue également de l’euphonium. Je l'avais choisi comme instrument complémentaire lors de mon cursus à l’HEM de Genève, ainsi que de la sacqueboute, un ancêtre du trombone.


› Comment ton jeu a-t-il évolué avec le temps ?

Mon travail en orchestre de chambre a beaucoup fait évoluer ma conception de jeu, et ma sensibilité musicale. Jeune, j’étais attiré par les musiques « puissantes ». Et puis, suite à une audition, en 2011, j’ai commencé ma collaboration avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Cette expérience m’a fait grandir énormément. J’ai notamment beaucoup travaillé ma finesse, ce qui permet de m’adapter à chaque situation de jeu avec plus de précision et subtilité.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans un trombone complet ? Que conseilles-tu à tes élèves quand ils font un achat ?

L’homogénéité d’émission entre le jeu sans actionner le barillet et le jeu en actionnant le barillet, pour moi est essentiel. Avec le barillet, le son doit être centré, fluide, et surtout, beau. Sur certains trombones complets, quand le son traverse le barillet, on sent tout de suite qu’il est fermé, rétréci…

Quel que soit l’âge et quel que soit le niveau, je recommande à mes élèves de considérer avant tout le confort de jeu. Ensuite, il faut bien sûr qu’ils aiment le son, qu’ils vérifient la justesse de l’instrument, l’homogénéité dans les différents registres, en prêtant attention à l’articulation.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ?

J’ai trouvé la sélection intéressante. D’abord, tous les trombones étaient de bons trombones. Celui qui m’a plu le plus est le Vincent Bach 36A Vibrabell Custom, car je lui ai trouvé une certaine ampleur dans le son qui m’a enthousiasmé. Je suis assez intrigué par le Vincent Bach 42A Vibrabell Custom Detachable Bell avec pavillon dévissable, Je suis en discussion par ailleurs avec Claudio Maragno (NdR : de l’atelier des cuivres Servette-Music) pour installer ce système sur mon trombone principal.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Je suis client depuis mon arrivée à Genève en 2005. Avec le temps, la relation avec Servette-Music est devenue un partenariat qui dure depuis quelques années déjà. J’apprécie le fait que l’équipe soit très professionnelle, et que les produits sont tous de très bonne qualité.


› Pourrais-tu nous présenter tes projets musicaux actuels, tes défis et tes envies pour le futur ?

Actuellement, nous travaillons en duo trombone et harpe avec Carlotta Bulgarelli sur un programme qui s’appelle Sueño el Sur et qui s’inspire de grands compositeurs d’Amérique du Sud. D’ailleurs, nous sommes en concert le jeudi 7 juillet à 12h30 à l’Eglise Luthérienne de Genève. Avec mon ami Humberto Salvagnin, qui joue de l’orgue, nous avons créé notre duo et nous abordons un grand répertoire de compositions originales et transcription de la période baroque à aujourd’hui. Nous jouons le 24 juin à 20h00 au Temple de Prangins. J’ai également le quatuor MOYA Trombones, avec lequel nous faisons des spectacles où nous mélangeons la musique et le théâtre, mais malheureusement, la pandémie nous a mis un coup, et nous devons nous réinventer un peu, nous réorganiser.

Mon nouvel album est sorti au mois d’octobre 2021, Paradise Bone dédié a Sara, mon épouse. Sa réalisation m’a permis de mélanger le trombone avec plein d’ensembles en rassemblant des musiciens de pays très différents. Et parmi les projets futurs, j'envisage l'écriture d'un livre pédagogique strictement lié à la technique instrumentale afin de pouvoir aider à surmonter les difficultés que l'on peut rencontrer au cours de notre apprentissage, destiné aux musicien∙ne∙s amateur∙trice∙s et professionnel∙le∙s.


› Quels sont tes meilleurs souvenirs musicaux ?

Quand j’ai joué en soliste avec L’Orchestre de Chambre de Genève dans le cadre du Geneva Brass Festival 2019. Les tournées en Espagne, Italie, France, en Azerbaïdjan avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Il y a également les concerts avec l’Ensemble vocal de Lausanne, dirigé à l’époque par Michel Corboz, qui étaient magiques. Bien sûr les spectacles avec les MOYA Trombones et puis plein d’autres à dire vrai, qui sont beaucoup trop nombreux pour tous les citer ! J’ai la chance d'exercer le métier de musicien. Cela demande beaucoup de travail pour être toujours au top de sa forme et réussir à gérer ses émotions, mais ce travail acharné me permet de créer des moments inoubliables.



› Bonjour Eric, tu es professeur de guitare à l’ETM depuis plus de 20 ans, pourrais-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai d’abord été autodidacte, puis intégré différentes écoles, dont l’ETM où j’enseigne maintenant. Ensuite, je suis allé au GIT à Los Angeles pendant un an et, mon diplôme en poche, je suis revenu à Genève pour obtenir un diplôme d’harmonie classique au Conservatoire Populaire à Genève. Depuis j’enseigne à l’ETM.


› Quels sont tes styles préférés ?

J’ai commencé par être attiré par la musique rock, hard-rock. Mais un jour j’ai appris que Van Halen avait joué un solo sur une chanson de Michael Jackson, donc il y fallu que j’aille y jeter une oreille. Et puis du coup, je suis tombé sur Prince, et j’ai débouché sur le funk, le jazz, la world music, et tout le reste…

J’ai beaucoup évolué avec le temps, au point de ne plus pouvoir dire qu’il y a des styles que j’adore ou que je préfère, aussi bien concernant la musique “de guitare” ou celle qu’on joue normalement avec d’autres instruments. Ce n’est pas toujours perçu comme une qualité dans le métier, de ne pas avoir un style à soi, mais puisque j’aime de tout, je ne peux pas vraiment faire autrement pour m’y retrouver.


› Sur quelle.s guitare.s joues-tu en ce moment ?

Je joue sur une Dowina Master Amber Road GACE DST/IR. Elle est absolument parfaite : confort, résonance, timbre, dynamique… Elle a un côté généreux, une sonorité incroyable. Elle me donne envie de jouer, de ne pas la lâcher, et j’ai besoin d’une guitare qui me fait cet effet. Je jouais sur une Takamine avant, une guitare que j’avais achetée à un élève, mais elle s’est voilée, et j’ai dû chercher un remplacement. J’ai découvert ma Dowina ici, à Servette-Music, et c’était le coup de cœur. Elle a une sonorité incroyable, à elle, et elle est d’une qualité impeccable à tous les autres points de vue.

Sinon j’ai bien sûr eu différentes guitares avec le temps. Il y a aussi un facteur sentimental qui joue, et j’ai toujours ma toute première guitare acoustique, une Ibanez entrée de gamme qu’on m’avait offerte ! Elle ne marche plus tellement bien à partir de la 12ème case, par contre…


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare acoustique ? Que conseille-tu à tes élèves de considérer dans leur choix ?

Il faut qu’une guitare me parle, qu’elle me donne quelque chose dans l’échange avec elle quand je la joue. Presque comme une personne, elle doit avoir un charisme, refléter quelque chose qui me donne envie de m’y intéresser. Ensuite, évidemment, la justesse, le confort de jeu, les avantages fonctionnels – donc concrètement si elle a un système de captation pour s’amplifier – sont des facteurs que je recherche et que je recommande. Mais avant tout : le cœur.


› Tu as vu nos instruments en magasin, lesquels t’ont tapé dans l’œil ?

Visuellement, je suis amoureux de toutes les guitares, donc en voyant l’incroyable palette que vous avez, c’était le spectacle. J’adore les Fender qui sont vieillies (NdR. : Fender Custom Shop Relic), les Martin qui ont un look de Western (NdR. : Martin Streetmaster)… Me poser cette question c’est comme demander à un enfant dans un magasin de bonbons lesquels ils préfère : la réponse c’est tous.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

J’ai acheté ma guitare acoustique, mon Helix, et d'autres choses chez Servette-Music. … Pas ma guitare électrique, cependant. Sergio est incroyable, c’est un plaisir de travailler avec lui pour trouver les bonnes solutions. Bien sûr il s’agit pour vous de vendre des guitares, mais l’accueil qu’on reçoit, et le conseil, la proximité, ça a de la valeur. Vous n’êtes pas les seuls à le faire, hein, mais vous le faites, donc je viens chez vous. Et puis vous avez une super sélection, vaste, donc j’envoie mes élèves chez vous en toute confiance.


› En tant que musicien, on passe sa vie à apprendre. Quelles sont les dernières frontières musicales que tu as repoussées ?

J’ai l’impression qu’on repousse des frontières chaque jour. En musique il y a beaucoup de choses qui ne sont pas tangibles, mais qui se concrétisent tout de même sur le long terme. Alors je pourrais te dire que je travaille ma technique, que je me concentre sur les glissés, sur le fait d’être plus fluide dans mon phrasé, les nuances de mon expressivité… Je travaille en fait tellement sur tout un tas de choses, que c’est difficile de mettre le doigt sur un élément en particulier.

Au moins deux fois dans la semaine, je mets la radio, et je joue tout ce qui passe. C’est tellement formateur. Cela entraîne l’oreille, la réactivité, le rythme, bref le langage musical. Je n’apprends rien à personne en disant que d’acquérir et de développer ce langage, c’est essentiel pour évoluer en tant que musicien, et donc finalement, ce développement a constamment lieu au fur et à mesure qu'on échange les uns avec les autres.


› Est-ce que tu joues d’autres instruments ?

Je joue du pipeau et de la viole de gambe (rires). Plus sérieusement, j’ai commencé par jouer de la batterie, parce que je voulais jouer de la guitare, mais mes parents ne voulaient pas. Un copain avait une batterie, et j'ai donc pu m'y mettre comme ça. Je joue aussi un peu de basse, car comme de nombreux guitaristes, je suis capable de m’improviser bassiste, étant donné la configuration de l’instrument. J’ai aussi fait une formation classique au piano, mais je ne dirais pas que je sais en jouer. Au final, c’est surtout la guitare qui me parle. Le reste est pratique durant les cours pour montrer quelque chose aux élèves.


› Quelle est ton approche en matière d’enseignement ?

C’est une approche humaine, fondée sur l’échange, le contact et compréhension de la personne qui se trouve en face de moi. On m’a souvent demandé “Ça ne t’ennuie pas de toujours enseigner le même accord de do ?”. Mais non, car c’est à de nouvelles personnes, et ça change tout. Je ne prends pas un pied particulier sur l’accord de do, et ce n’est pas la peine, heureusement. C’est l’échange avec l’élève, mettre en place les conditions pour que chez lui ça fasse “Ah ouais, c’est comme ça que ça marche !” ou tout simplement qu’il arrive à faire ce qu’il voulait faire, qui compte pour moi. Dans cette dynamique, on reçoit beaucoup en tant qu’enseignant. Pour moi au départ, l’enseignement était un gagne-pain, et je n’avais pas du tout l’idée que j’y prendrais tellement de plaisir. J’y trouve une telle richesse, que j’ai compris ce que c’est d’avoir une vocation. J’ai beaucoup de chance pour ça aussi.

Je travaille aussi beaucoup avec la vidéo dans mes cours. Je fais des vidéos de fin de cours, pour accompagner l’élève durant la semaine. Je regarde moi-même ce que plein d’autres artistes, et enseignants, ou même parfois juste des passionnés, font de l’usage de la vidéo pour transmettre des idées, des techniques, faire passer le message. Ça ne remplace pas le prof, ça ce n’est pas possible, mais ça enrichit et facilite l’apprentissage pour les élèves.


› Pourrais-tu nous présenter tes projets en ce moment ?

D’un point de vue personnel, d’abord, de toujours avancer sur cet instrument qu’est la guitare comme moyen d’expression et de communication. La guitare est au centre de ma vie, c’est normal. D’un point de vue jeu en groupe, j’ai un groupe de reprises, Wave10, avec lequel on vise toujours plus haut. Prochainement nous allons d’ailleurs jouer pour l’arrivée du Tour de France. Sinon j’ai quelques projets qui ont un peu subi des ralentissements dûs à la pandémie, et dont j’espère qu'ils vont gentiment reprendre.


› Quel est ton meilleur souvenir musical ?

Mon souvenir musical le plus impressionnant, c’est le concert Tribute à Miles Davis qui a eu lieu peu après son décès, auquel j’ai assisté à San Francisco, en 1991. Il y avait quelque chose d’électrique dans l’air, j’ai été très touché. Sinon en ce qui me concerne personnellement, j’ai de très bons souvenirs musicaux, mais j’ai aussi pris des baffes monumentales… Au final chaque moment est un peu unique, et c’est sur le coup qu’il a une valeur qui ne se compare pas, puisqu’il s’agit ce qu’on partage avec d’autres.



› Bonjour Ivan, tu es bassiste professionnel et professeur de guitare basse auprès de plusieurs institutions (APCJM à Meyrin, le Bus Magique à Châtelaine, Emagina-Son à Lancy). Peux-tu nous présenter ton parcours ?

J’ai commencé vers 13-14 ans, comme autodidacte, en repiquant des morceaux des Sex Pistols. Le premier était Pretty Vacant, je le jouais avec une pièce de 10 centimes. Je croyais que c’était la basse qui faisait cette intro, alors qu’en fait c’est une guitare. Après j’ai joué avec des copains du quartier. On reprenait des morceaux de blues : Gary Moore, SRV, toutes ces choses là… J’ai aussi pris mes premiers cours de basse avec Denis Favrichon à l’ETM.

Quelques années plus tard j’ai pris des cours avec Christophe Chambet dans les années 90. Il n’a ouvert les yeux sur l’harmonie, et toutes ces choses plus techniques. J’ai aussi suivi des ateliers, des cours à l’AMR, ce qui m’a conduit au jazz. Plus tard, je suis allé au conservatoire à Lausanne, pour suivre des cours à l'HEMU.

Durant tout ce temps j’ai joué avec plein de gens, de tous les genres. En termes de formation musicale, ça a été très enrichissant à chaque fois. Comme tu sais, on retire quelque chose de chaque rencontre. Aujourd’hui je fais partie d’un groupe qui s’appelle B-Connected, avec qui on fait des tournées dans le monde entier : Asie, Moyen-Orient, on va en Turquie cette année. J’ai plein d’autres projets en tant que sideman, et au mois de juillet, je vais enregistrer un album avec Gillian, un projet pour lequel nous auront l’honneur d’avoir Thomas Lang à la batterie.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche a-t-elle évolué avec le temps ?

Je n’ai pas de style préféré. Ce que j’aime, c’est la musique en soi. Ce qui compte pour moi c’est que la musique me plaise et qu’elle me touche, qu’il s’agisse de jazz, de funk, ou de pop, ou de n’importe quoi d’autre, même si je ne sais pas (encore) la jouer. Tant que c’est de la musique qui me parle, je l’aime.


› Quelles sont tes influences ?

Le tout premier bassiste qui m’a influencé était celui qui accompagnait Gary Moore à l’époque, Bob Daisley. Il y avait cette chanson qui s’appelait Empty Rooms, dans laquelle figure un petit solo de basse. Le groupe dans lequel je jouais quand j’avais 14 ans reprenait cette chanson, et pour moi c’était une ligne de tueur. C’était vraiment LE challenge pour moi à cette époque d’apprendre cette ligne de basse. Ce bassiste qui a été le premier que j’ai identifié comme tel : “il y a un bassiste super bon qui s’appelle Bob Daisley dans ce monde”.

Ensuite, une des plus grosses claques que j’ai prises est venue de l’album Blood Sugar Sex Magic des Red Hot Chili Peppers, en 91. Un copain m’avait recommandé d’y jeter une oreille. Du coup je suis allé à City Disc pour l’écouter. Il y a un riff de guitare assez péchu qui démarre l’album, et puis la basse arrive. Ce gros son funk m’a carrément renversé. Cette basse si présente, si rock et funk à la fois m’a emmené dans une autre dimension.

Quand j’ai ensuite commencé à prendre des cours avec Christophe Chambet, j’ai découvert grâce à lui des bassistes comme Marcus Miller, Alain Caron, tous ces bassistes un peu plus pointus, un peu plus jazz et progressifs. A partir de là, ces trois bassistes, Flea, Marcus Miller et Alain Caron ont été mes trois bassistes de chevet, si l’on peut dire. Je me suis inspiré du côté rock/funk puissant de Flea, le coté slap à mort de Marcus Miller, et ce côté très mélodieux d’Alain Caron, ainsi que de sa technique de slap à trois doigts.


› Tu joues sur de nombreuses guitares basses, des 4, des 5 et des 6 cordes. Quelles sont tes préférées en ce moment, et quelles les sont les qualités que tu leur trouves ?

Je touche parfois d’autres instruments avec des copains, ou des élèves, pour m’amuser un peu, mais je gagne ma vie en tant que bassiste, et je joue presque exclusivement de la basse.

Je joue des basses 4 et 5 cordes, mais beaucoup moins de 6 cordes, car ce sont des instruments dont je me sens moins proche. En termes de marques, dans les 5 cordes, celle qui me donne un plaisir énorme, c’est Läkland. Ce que je cherche dans une basse c’est qu’elle me permette de jouer de la pop et du jazz ; pas un instrument de pop, ou de jazz, mais un instrument sur lequel je peux faire chacun des deux aussi bien.

Ensuite, pour les 4 cordes, j’aime les Fender Jazz Bass et Precision. Les vieilles. Pendant des années j’ai dédaigné ces instruments, par rébellion, mais le bon sens a fini par gagner sur moi, et je me suis rendu compte qu’en 4 cordes, les Fender Jazz Bass et Precision sont vraiment top. J’ai aussi joué pendant des années sur MusicMan, en 4 et 5 cordes, et je trouve que ces instruments sont vraiment supers. Mais pour moi, ce sont des instruments qui sont typiquement pop/rock. Si je veux faire des choses plus fines, plus jazzy, la MusicMan sera moins à mon goût.


› Comment ton jeu a-t-il évolué avec le temps ?

Mon jeu a bien sûr beaucoup évolué, et notamment grâce à internet. Avec les vidéos qu’on trouve partout, on peut maintenant non seulement entendre jouer les pros, mais aussi les voir : analyser les doigtés, copier la position. Du coup, le jeu évolue plus vite. Je remarque d’ailleurs que les jeunes jouent de mieux en mieux, beaucoup plus tôt. Pour ma part, j’ai toujours aimé relever de nouveaux défis, essayer de nouvelles techniques, être à la page, donc j’en bénéficie aussi beaucoup, même si je n’arrive pas à tout faire, évidemment. Mais je fais de mon mieux pour jouer avec sincérité dans tous les cas.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare basse ? Que conseilles-tu à tes élèves de considérer quand ils en choisissent une ?

Pour moi, le plus important est qu’elle sonne, que je sois à l’aise dessus, et qu’elle soit polyvalente : comme je l’ai dit, je veux pouvoir jouer de la pop au jazz. Quand je joue une basse, j’aime aussi qu’on entende toutes les notes sur l’instrument. Je veux que le son sorte, pas que la basse soit boomy, mais au contraire, qu’on entende toute l’articulation, la moindre ghost note, les harmoniques…

A mes élèves, je demande en général quel type de son ils veulent entendre. Je leur fais écouter des sons Jazz Bass, des sons Precision, des sons MusicMan, et quand ils me disent “j’aime bien ça”, je les invite à aller dans cette direction pour commencer. Il faut qu’ils aiment le son. Et puis ils faut aussi faire attention au confort, bien sûr, car la basse est un instrument un peu barbare, les cordes sont épaisses, donc il faut qu’elle soit bien réglée.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Je connais le magasin depuis longtemps, et Sergio Barbieri, que je connais depuis mon enfance, et avec qui on a joué dans un groupe ensemble, a commencé à y travailler il y a une vingtaine d’années. Depuis j’achète mon matériel là-bas. J’y ai aussi moi-même travaillé comme magasinier il pendant à une époque, d’ailleurs. Avec tout ça, c’est naturellement qu’on est devenus partenaires, et qu’on développe une relation autour de notre passion commune.


› On a tendance à dire que la section rythmique est fondamentale, et qu’il est important que la basse et la batterie forment un tout quasi fusionnel. Qu’en penses-tu ?

La fusion basse/batterie, c’est un peu un mythe, à propos duquel chacun a sa façon de voir les choses. Selon moi, ce qui fait l’assise d’un groupe, le son d’un groupe, c’est le batteur. Avec un super bassiste et un mauvais batteur, le groupe ne va pas sonner bien. Au contraire, un très bon batteur et un mauvais bassiste pourront faire marcher les choses.

Concernant l’aspect fusionnel, on a tendance à en parler parce que la basse et la batterie vont en quelques sortes “planter les clous”. Les guitares et les claviers vont plutôt jouer des doubles croches, virevolter. Pour qu’ils puissent jouer librement, il est essentiel que l’ensemble basse-batterie soit solide. Mais au fond, dans un groupe, chacun est responsable du rythme. Si le couple basse-batterie est parfaitement synchro, mais que le guitariste joue ses cocottes à côté, ça n’ira pas. Et puis au fond, de toute façon pour le public, la basse n’a pas d’importance — je parle en général. Le public n’entend pas la basse, il la ressent. Ce qui retient l’attention du public, c’est le chant et la batterie, parce que le chant danse sur la batterie, et chante la mélodie. Donc c’est à eux de ne surtout pas se planter.


› Quels sont tes défis et tes envies pour le futur?

J’ai toujours envie de devenir meilleur, et que Jamiroquai vire son bassiste et m’engage (rires). Toujours les mêmes choses, quoi… En bref, continuer à vivre de ma passion, évoluer en tant qu’être humain et en tant que musicien. J’aime faire ce que je fais, donc j’en apprécie chaque moment, et si je devais distinguer une chose, ce serait la chance que j’ai de pouvoir voyager grâce à la musique, et d’être même payé pour le faire. Voir d’autres pays, d’autres gens, d’autres cultures, tout ça en jouant de la musique, et parce que je joue de la musique, c’est pour moi un bonheur.



› Bonjour François, tu es professeur de guitare indépendant depuis plus de 30 ans, peux-tu nous présenter ton parcours ?

J’ai commencé comme pianiste quand j’avais autour de 9 ans, avec une formation classique au conservatoire. A la base, je voulais jouer de la guitare, et ma mère m’avait donné l’alternative : guitare classique ou flamenco, mais ça ne me plaisait pas, et j’ai opté pour le piano, un peu par dépit, pas vraiment par choix.

Je me suis ensuite très vite intéressé à la pop, surtout Supertramp, au blues, notamment Jerry Lee Lewis, et ensuite à l’improvisation. En 9ème du cycle, j’ai joué mon premier concert pour le 10ème anniversaire des grandes communes, devant un public de 1000 personnes. Les professeurs avaient monté un groupe en choisissant parmi les élèves un super batteur, un super bassiste, un super guitariste… J’avais déjà un niveau assez bon, je faisais de la composition, et j’ai été choisi pour en faire partie.

Vers mes 18 ans, j’ai abandonné le classique, et je me suis tourné vers le jazz, que j’ai abordé avec Alain Guyonnet. Et puis un jour, un copain m’a prêté une Telecaster, un modèle de 62, et je suis passé à la guitare en autodidacte. J’ai ensuite pris des cours avec Gabor Kristof, un des fondateurs de l’ETM, chez lui, car l’ETM n’existait pas encore. Au fur et à mesure que je me suis investi dans la guitare, que j’ai voyagé, j’ai laissé tomber le piano.

Après il y a eu un temps durant lequel j’étais technicien chez Reuters, marié, etc. mais ma vie ne me plaisait pas beaucoup. Mon divorce a été l’occasion pour moi de changer certaines choses, et je suis parti en Angleterre pour apprendre l’Anglais, car je me sentais limité, notamment dans mon métier de technicien. Arrivé là-bas, j’ai découvert ce que c’était la guitare, la musique en Angleterre. Ça n’avait rien à voir avec ce que je connaissais, car le niveau était très élevé. C’est là que je me suis décidé à reprendre mes études musicales, mais aux Etats-Unis cette fois.

Pour y parvenir, j’ai bénéficié d’une subvention de l’Etat, grâce à mon parcours au conservatoire, et au fait qu’il n’existait pas de formation équivalente en Suisse. J’ai donc terminé mes études aux Etats-Unis, et je suis sorti diplômé avec les honneurs du GIT à Los Angeles. Je me suis donné à fond, et j’ai pu bosser avec Joe Dorio, Scott Anderson, Jennifer Batten… Ils m’aimaient bien, j’étais un bon élève, passionné, très investi. Et puis après, la vie a pris des chemins qui m’ont conduit à rentrer à Genève, et à m’y établir pour de bon.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment as-tu évolué avec le temps ?

Mes styles préférés ont changé avec le temps. Au départ, quand j’étais pianiste, j’étais dans le rock progressif : Pink Floyd, Peter Gabriel, Genesis… Ensuite je suis passé à des trucs plus rock avec un côté “flash-guitare”, les guitar heroes. J’ai eu une grosse phase jazz/fusion, puis je suis revenu à la base, le blues-rock. Ce retour aux sources a été nourri par les rencontres que j’avais faites, bien sûr, comme celle avec Scott Anderson.

Actuellement, je suis donc plutôt dans le blues-rock, avec un côté hard – on n’oublie pas AC/DC ! Pour moi, l’aspect “héros” de la guitare reste important, même si j’en suis quand même venu à me concentrer sur le fait de jouer la bonne note au bon moment.


› Quelles sont tes guitares préférées ?

J’ai débuté sur une Tele, mais mon premier coup de cœur était la Les Paul, sur laquelle j’ai longtemps joué. Puis à la fin des années 90, j’ai commencé à m’intéresser aux Strats. S’en est suivi une phase de recherche un peu effrénée, durant laquelle j’ai essayé de concevoir, avec des luthiers, une guitare qui comporte les qualités que je trouvais à la Les Paul, mais aussi ce qui à mon avis lui manquait. C’est à ce moment que j’ai acheté une Strat un peu pourrie en attendant, mais figure-toi que cette guitare, qui me servait quelque part de tampon, est devenue ma principale, et j’ai envoyé balader toutes les guitares de luthier.

Ensuite, je me suis mis à assembler moi-même mes guitares, des “Partscaster”. Comme j’étais électronicien, c’étais facile pour moi, puis un jour, j’ai quand même acheté une Dealer Select aux US, une superbe Sunburst 65. Pour finir, étant fan de Kenny Wayne Shepherd, j’ai mis la main sur une Olympic White magnifique, Dealer Select aussi, et c’est ma guitare préférée depuis.

Maintenant, j’ai aussi évolué dans le sens où je me suis intéressé aux acoustiques il y a quelques années, et j’aime spécialement les OM 0000 de Martin.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare électrique? Que conseilles-tu à tes élèves de prendre en considération quand ils en achètent une ?

Il y a d’abord bien sûr une considération budgétaire à prendre en compte. Ceci étant dit, la chose la plus importante est le confort de jeu, sachant que le son vient beaucoup des doigts. Quand on a les moyens, on peut bien sûr choisir un instrument de haut niveau en termes de manufacture, de finition, et de marque, sur lequel il sera naturellement plus agréable d’apprendre à jouer, et plus aisé de sortir un joli son. Mais à la base, je recommande de choisir une guitare confortable à jouer.


› Tu as vu nos instruments en magasin, lesquels t’ont tapé dans l’œil ?

J’ai immédiatement été attiré par les guitares qui me correspondent, donc les Stratocasters de Fender, de toutes les années, et les OM de Martin. J’aime bien les Collings et les Bourgeois, qui sont de très bonnes guitares, mais personnellement je préfère les Martin. J’aime bien sûr les Les Paul, mais comme je ne joue plus dessus, et que je ne suis pas collectionneur, j’avoue qu’elles n’attirent plus vraiment mon regard.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

C’est une histoire qui remonte au moment où j’ai commencé à acheter des guitares, et je n’ai jamais été déçu. C’est un vrai magasin, authentique. Je me sens respecté comme client et comme musicien. Le service et la qualité des instruments sont au top, et justifient la légère différence de prix avec un magasin en ligne, qui ne me donne pas satisfaction en termes de soutien et d’accompagnement.


› En tant que musicien, on passe sa vie à apprendre. Quelles sont les dernières frontières que tu as repoussées musicalement ?

C’est vrai qu’on passe sa vie à apprendre en tant que musicien, et on pourrait d’ailleurs même en passer deux. J’ai brûlé des heures comme un mono-maniaque à bosser 6 heures par jour sur les gammes, les modes, le vocabulaire, la vélocité. Maintenant, le challenge qui me booste le plus est de jouer la bonne note au bon moment, du point de vue harmonique et rythmique, et la vélocité est passée au second plan. Donc je travaille sur le fait d’épurer mon jeu pour qu’il soit intéressant pour le public, et pas pour contenter mon ego.


› Je sais que tu as une approche particulière en matière de guitare-coaching, peux-tu nous en parler ?

Il est vrai que j’ai concentré mes efforts sur le coaching dans l’apprentissage de la guitare et de la musique, afin d’aider mes élèves à faire des progrès rapides en fonction de leurs objectifs, et de leur environnement social et professionnel. J’essaye de rendre le travail le plus ludique possible.

J’ai développé des concepts que je personnalise en fonction des élèves, le but étant de maitriser l’instrument à partir de positions, comme sur un clavier, et des gammes, des éléments harmoniques et rythmiques simples, pour leur permettre de s’exprimer de manière satisfaisante. Le rythme est crucial dans cette approche, car il n’y a pas de bon soliste qui ne soit pas aussi un excellent rythmique. Autour de cela, la maitrise de la pentatonique est un élément clé pour la plupart des guitaristes, bien sûr, et je cherche à transmettre la capacité à choisir les notes à y ajouter pour injecter de la musicalité dans une phrase. En une ou deux années, mes élèves sont ainsi capables de prendre du plaisir, et puis on avance ensuite à partir de là.


› Quels sont tes meilleurs souvenirs musicaux ?

Mes meilleurs souvenirs musicaux sont tous liés à une relation humaine, au partage du moment, de la musique avec des gens que j’apprécie en tant que personne, pas seulement comme musiciens. J'ai vécu une première aventure musicale importante avec un chanteur anglo-suisse et un contrat comprenant vidéoclip, CD, et production de haut-vol. J’en ai ensuite vécu une autre formidable avec un chanteur américain à San Francisco. Nous avons joué ensemble, enregistré en studio, signé un contrat, etc. C’était très difficile, mais c’était la vraie aventure. On ne peut pas toujours avoir des amis dans la musique, mais quand cela arrive, c’est magnifique

Actuellement, je travaille avec un chanteur américain basé à Genève, avec lequel est née une amitié, et nous faisons de la composition en duo, dans un cadre très authentique. Nous partageons des moments et des idées autour d’un feu de camp, d’une grillade, et en deux heures, nous abattons un travail énorme. Finalement, mes meilleurs souvenirs musicaux sont illustrés par les moments où une équipe s’entend parfaitement, sans embrouille d’ego, sans histoires, sans fâcheries… Le compréhension, l’échange, et le respect de chacun sont essentiels pour moi.




› Bonjour Marie, tu es clarinettiste professionnelle et professeure de clarinette au Conservatoire populaire, peux-tu présenter ton parcours musical ?

Mon parcours a essentiellement été un parcours de musicienne classique, à travers divers conservatoires, avec des clarinettistes tels que Bruno Martinez, Romain Guyot, et Florent Héau. J’ai ensuite terminé mes études à la HEM de Genève, un cursus au cours duquel j’ai tout de même fait une pause entre le Bachelor et le Master. Ça m’a permis d’aborder d’autres types de musique et d’autres milieux. Le tournant a été radical pour moi, car je me préparais alors au concours d’orchestre mais j’ai finalement tiré un trait sur ça. J’ai réalisé que j’avais envie de faire d’autres choses, notamment du spectacle, des groupes de chansons… J’ai donc conservé cette ouverture, et je ne suis plus jamais revenue en arrière.

Mes premiers groupes ont été Matka, un ensemble de musique contemporaine, et lorsqu’on s’est séparés, j’ai intégré Vidya. J’ai fait l’expérience de la gestion d’une petite institution : monter des dossiers de subventions, des programmes… J’ai aussi régulièrement travaillé avec Contrechamps, et également fait partie d’un trio de musique de chambre (clarinette/violoncelle/piano) qui s’appelait Prisme.

Aujourd’hui, je fais partie de la fanfare du Loup, je joue dans un trio qui s’appelle Meigmata, avec lequel on fait des compositions sous la contrainte de les composer à partir d’une métrique asymétrique ou impaire. Je joue aussi dans un groupe d’impro libre, qui s’appelle Parasite / sans S, un quatuor de bal folk, un répertoire auquel on se réfère comme néo-trad, qui s’appelle Frères de Sac 4tet, et bien sûr Id-Pop, avec Sergio, qui est un groupe de pop francophone. Enfin, je donne des cours au conservatoire, sur lequel je concentre mes disponibilités pour ce qui concerne l’enseignement.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche a-t-elle évolué avec le temps ?

En tant que musicienne, et pour ce qui est du répertoire de la clarinette, mes styles préférés englobent tout ce qui est moderne et contemporain. Il y a bien sûr aussi de très belles pièces romantiques, et j’affectionne particulièrement la musique des Balkans et le jazz. Après, je ne joue pas typiquement de jazz, mais c’est un territoire que je développe avec la fanfare du Loup.

En tant que mélomane, j’écoute beaucoup de choses très variées : de la musique baroque, un peu de rock… J’aime bien les musiques complexes, les grosses pièces d’orchestre comme le Sacre du printemps de Stravinsky, ou le Concerto pour orchestre de Bartok. Et puis d’une manière générale, j’aime beaucoup toute les musiques traditionnelles au sens large. Toutes ces musiques que j’ai découvertes, de tous les pays, et particulièrement de France : la musique bretonne, auvergnate, savoyarde… Cela se distingue du folklore, car c’est moins lié à des fêtes de village, et plus intégré dans le quotidien des peuples. D’ailleurs je joue un peu de Duduk, un instrument traditionnel qui me permet d’aller chercher de nouvelles idées.


› Quelles sont tes influences principales ?

Mes influences viennent d’abord de chaque concert auquel j’ai assisté. Je ne jouais plus de la même façon après avoir écouté Portal et Galliano, par exemple. Evidemment, tous les styles qui m’intéressent m’influencent : la manière de jouer, les types de sons. Je suis très perméable, et bien sûr les rencontres que j’ai faites, les musiciens que je côtoie me marquent beaucoup. Les gens très créatifs, ou qui sont très spontanés, les improvisations et les solos très expressifs, laissent en général un empreinte assez forte sur mon propre jeu et mon approche. En collectif, le ping-pong d’idées enrichit évidemment ma manière de jouer. J’aime cette création dans laquelle on développe un thème ou une mélodie au point de ne plus savoir d’où ils viennent.


› Tu joues sur Buffet Crampon, quelles sont les qualités de ces instruments pour toi ?

J’ai une RC Prestige en Sib avec un corps en Greenline, un baril et un pavillon en bois. J’ai choisi cet instrument avec Bruno Martinez, mon professeur de l’époque, qui est un connaisseur, en allant directement à l’usine Buffet Crampon. J’aime particulièrement la facilité de jeu, et la possibilité qu’elle offre de changer de timbre aisément, en modifiant ma façon de jouer, le bec, ou les anches. C’est un instrument avec lequel je me sens très bien. J’ai aussi une RC en La customisée au niveau de l’intonation. C’est une clarinette que j’ai rachetée à mon professeur Romain Guyot, dont j’aime beaucoup la sonorité chaude et ronde. Il pourrait manquer un peu de brillance et de facilité de jeu, mais cela me permet de m’investir dans l’instrument à travers le travail que je fais avec. Enfin, j’ai une clarinette basse Tosca, qui est ma dernière acquisition. Je lui trouve une sonorité très douce, très pure, avec une grande facilité de jeu dans les aigus. Elle a aussi une belle projection, et comme elle est un peu plus courte, elle a beaucoup de punch, ce qui convient notamment avec la fanfare du Loup, car elle perce bien dans l’ensemble sonore, tout en gardant une grande chaleur. J’ai aussi de nombreuses fois joué de la clarinette contrebasse, et j’apprécie cet instrument qui grogne, très organique, même s’il est assez “high maintenance”. Les slaps sont énormes, il y a des multi-phoniques très riches.


› Je crois savoir que ton jeu a évolué avec le temps, peux-tu nous en parler ?

Mon esthétique de son idéale au début était vraiment le son classique très pur. Je détestais d’ailleurs le vibrato, que je trouvais de très mauvais goût. Et puis un professeur a su me faire entendre un léger vibrato en fin de note, ce qui a radicalement changé ma manière de voir les choses. En quittant la musique classique, et en m’intéressant aux musiques traditionnelles, j’ai ensuite découvert d’autres type de sonorités, et j’ai été surprise par la palette expressive qu’il est possible de couvrir. Du coup je me suis penchée sur les diverses variétés de sons, de la clarinette New Orleans qui piaille dans les aigus, aux instruments plus venteux, hyper expressifs dans leurs soi-disant défauts. Je joue encore avec un son très pur, coloré par du vibrato, du slap, du growl, etc., mais j'ai envie d'aller plus loin dans l'aspect granuleux du son. J’ai encore un peu de mal avec certains vibratos, comme le vibrato à la Sidney Bechet, car c’est parfois trop pour moi. D’une manière générale, mon écoute a énormément évolué, notamment à travers l’improvisation, où si je garde mon jeu classique, ça devient vraiment ennuyeux. Le nuances de jeu, les palettes de son, les ghost notes, toutes ces choses se sont ajoutées à mon approche et contribuent à enrichir mon jeu.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une clarinette ? Que conseilles-tu à tes élèves de considérer dans leur choix ?

Pour moi la première chose reste le son. La facilité de jeu est super importante aussi, car on peut aimer le son d’une clarinette, mais si on doit se battre contre elle ça n’ira pas non plus. L’homogénéité de l’instrument permettra de pouvoir se balader sur tous les registres, et je recommande aussi de tester toutes les nuances pour ne pas se sentir limité en jouant fort, et ne pas avoir trop de mal en jouant doucement. Enfin, je recommande aussi toujours d’avoir quelqu’un qui puisse donner un feedback sur le son, donc une oreille extérieure, parce qu’entre l’impression qu’on a en jouant et celle du public, il y aura toujours un décalage.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ? Y a-t-il un instrument qui t’a tapé dans l’œil ?

Concernant la clarinettes en Sib, j’ai eu un faible pour la Légende, que j’ai trouvée très facile de jeu, très pure, vraiment maniable à tous points de vue, la sensation ergonomique et la facilité de jeu, en ayant un tres joli timbre. La Tosca était aussi très agréable à jouer, un peu plus ronde. En La, la Divine emporte mon approbation. C’est une clarinette très douce et raffinée, à tel point que je n’avais plus envie de la lâcher. Et dans les clarinettes basses, la Tosca sans extension est souple et pure, et offre une palette sonore tres large. Vous aviez aussi une Selmer Privilège qui m’a surprise, car elle était plus facile à jouer que je ne le pensais. Elle a une autre esthétique sonore que les Buffet Crampon, très intéressante.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

C’est un lien de fidélité. Vous êtes toujours disponibles, avec un accueil chaleureux, et on finit par connaitre tout le monde chez vous, ce qui est agréable. Servette-Music est un endroit où je peux en toute confiance demander des conseils et essayer des choses. Il y a énormément d’instruments et de matériel. Je viens essayer tous les becs qui m’intéressent pour mes élèves, et je peux prendre le temps de m’installer et de choisir du matériel, ce qui est très précieux. Des gens de Servette-Music m’ont aussi donné des idées, fait essayer du matériel qui m’a amené à transformer mon jeu. Typiquement, Sergio m’a proposé d’essayer un micro interne, ou les effets sur un pedalboard, que j’ai intégrés à mon setup. Et puis tout ça a fini par créer des liens d’amitié, ce qui n’est pas un détail.


› En tant que musicien, on passe sa vie à apprendre. Quelles sont les dernières frontières que tu as repoussées musicalement ?

On continue bien sûr toujours à apprendre. Les dernières frontières que j’ai repoussées ont été l’improvisation, la composition collective en groupe, et la composition écrite seule, c’est-à-dire concrètement moi toute seule à ma table, devant une page blanche, et devant écrire pour 12 musiciens de la fanfare du Loup. J’ai par ailleurs démarré une formation autour de la respiration, qui reste fondamentale pour notre instrument. Pour ça je suis allé voir une spécialiste, Blandine Calais-Germain, et je pense qu’il était bien temps de m’occuper de cet aspect du jeu. Je suis aussi une formation d’harmonie jazz en ligne, qui fait partie des choses que je voulais approfondir.


› Quels sont tes projets actuels, tes défis, et tes envies pour le futur ?

Avec Meigmata, un trio batterie/piano/clarinette au sein duquel nous composons ensemble avec pour règle du jeu de composer avec des métriques impaires asymétriques. Nous sommes influencés par la musique des Balkans, qui emploie beaucoup ce genre de métriques, et nourri de jazz à travers nos différentes approches. Nous faisons donc aussi un peu d’improvisation.

Avec Parasite / sans S, un groupe d’impro libre totale, c’est le grand lancer dans le vide à chaque fois. Nous jouons sur-mesure en fonction des lieux et des contextes dans lesquels nous nous trouvons. Nous avons fait des ciné-concerts, avec de la danse, pour la remise du prix de BD Topfer. Ce sont ces contextes qui influencent notre musique, de nouveau dans une formation batterie/piano/clarinette. C’est pour moi le terrain de jeu de la clarinette sonorisée, avec utilisation de pédales d’effets.

Je joue également avec Frères de Sac 4tet, un quatuor de musique néotrad associée au bal folk, donc nous pouvons jouer pour du bal folk et en concert. Nous faisons ou bien des arrangements autour de musiques traditionnelles, des musiques collectées, retranscrites et arrangées à notre manière, ou bien des compositions de notre accordéoniste arrangées en groupe. Dans ce groupe, on retrouve des instruments un peu plus exotiques, tels que le nyckelharpa, la cornemuse, des flûtes à bec, de l’accordéon diatonique… Nous sommes deux à y jouer de la clarinette basse, ce qui fait son petit effet sur scène.

Je joue aussi dans Id-Pop avec Sergio Barbieri, un groupe pop-rock qui comprend voix/guitare/clarinette/boite à rythme. C’est de la musique que je n’aurais jamais abordée sans la rencontre avec Sergio, mais mes préjugés sur la pop ont été complètement désamorcés à partir du moment où j’ai commencé à travailler dessus. Avec Id-Pop nous avons plutôt fait du studio, et très peu de concerts jusqu’à présent, mais c’est l’étape à venir. C’est intéressant pour moi de travailler la différence entre des musiques qu’on enregistre en studio, avec autant de voix qu’on souhaite, et leur versions en concert à trois, où se pose la question de savoir ce qu’on garde de l’identité d’un morceau pour le faire vivre en live.

Je joue aussi dans la fanfare du Loup depuis un an et demi, un collectif avec des thématiques de concert hyper variées, allant de la cumbia, au hip-hop, au spectacle de marionnettes, à la poésie… C’est très hybride comme musique, et chacun y est appelé à arranger ou à composer, ce qui donne une jolie palette à l’orchestre, et des concerts assez surprenants.

En termes de défis, en ce moment pour moi c’est l’improvisation, davantage dans le style jazz, en trouvant mon chemin en gardant une certaine identité sans faire de copier/coller. Avec la fanfare du Loup, le challenge est de continuer à mener des projets jusqu’au bout, ce qui n’est pas si facile car cela prend du temps. Enfin, mon envie en ce moment est de revenir à la scène du spectacle, qui exige un investissement de temps assez colossal pour la création et la mise en place.


› Quel est ton meilleur souvenir musical ?

Mon premier choc musical était l’écoute du Sacre du printemps de Stravinsky en fouillant dans la discothèque de mes parents. Mon dernier souvenir dans les études était le Concerto pour orchestre de Bartok dirigé par Gabor Takács, qui est capable de faire lever tout un pupitre de violons pour qu’il soit plus mobile et que les musiciens s’éclatent en jouant. Et puis il y a un concert de Steve Reich avec Contrechamps auquel j’ai participé lors d’une fête de la musique dans la cour du Musée d’art et d’histoire. Voir les gens debout, avoir le sentiment d’embarquer tout un public était une expérience formidable.



› Bonjour Marek, tu es professeur de guitare classique au Conseratoire Populaire depuis 2005, quel est ton parcours musical ?

Mon parcours est un peu atypique. J’ai commencé sérieusement la guitare tardivement à l’âge de seize ans en arrivant de Pologne. Après mon Bac International je suis entré à l’Université de Genève en musicologie. Pour poursuivre ma formation, j’ai cherché un professeur de classique qui pouvait aussi m’initier au flamenco, un style qui m’avait toujours attiré. Je l’ai trouvé en la personne de Pedro Ibañez qui enseignait dans la région parisienne. En même temps, l’Université permettait de suivre les cours théoriques du diplôme du Conservatoire au sein d’un cursus spécial, et j’ai pu compléter ainsi ma formation.

Quand j’ai atteint la demi-licence, je suis parti pour la Manhattan School of Music à New York. J’y ai fait des rencontres formidables qui m’ont permis de beaucoup évoluer. Cette année a été très riche du point de vue musical. J’ai étudié avec le grand guitariste Manuel Barrueco, j’ai rencontré le compositeur Arthur Kampela qui est devenu mon ami. Nous allions dans les petits clubs de jazz où l’on pouvait encore voir les grands musiciens de l’époque tels que John Scofield, Joe Lovano ou Egberto Gismonti.

De retour à Genève, j’ai terminé l’université, et je suis rentré en virtuosité à Lausanne dans la classe de Dagoberto Linhares, où j’ai obtenu la Licence de Concert en 1996. Voilà pour le côté académique. Parallèlement, j’ai rencontré un immense pianiste classique, et un pédagogue hors-normes, György Sebők, à Bloomington. Je suis d’abord allé le voir comme auditeur dans ses masterclasses à Ernen, puis je suis devenu un des rares guitaristes qu’il a acceptés comme participant. Son approche humaniste de la musique m’inspire tous les jours.

Depuis toujours j’ai beaucoup enseigné dans le privé, puis en 2005, j’ai obtenu un poste au Conservatoire Populaire, où je me sens très à l’aise au sein d’une formidable équipe. A côté de l’enseignement, je me suis aussi lié d’amitié avec des musiciens d’un groupe celtique, Celtofools, avec lesquels j’ai joué beaucoup de concerts sur les scènes romandes. J’ai aussi accompagné Oscar Mancino, un baryton italien, spécialiste de Bel Canto Napoletano, dans le répertoire de chanson napolitaine.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment as-tu évolué avec le temps ?

La musique de Bach m’a toujours fasciné. Depuis une dizaine d’années, je poursuis un projet novateur avec un ami de trente ans, Ricardo Lopes Garcia, un de mes premiers profs. L’idée est de repenser les transcriptions pour guitare avec comme base un accord inédit, et tout revoir : les doigtés, l’articulation, et l’harmonisation. Nous essayons d’imaginer ce que Bach aurait fait sur cet instrument qui n’existait pas à son époque. Il y a deux disques à la clé, enregistrés par le mythique preneur de son Jean-Claude Gaberel, et nous continuons à travailler animés par la même passion.

Mon autre style de prédilection est le flamenco, que j’ai découvert avec Paco de Lucìa. La première fois que j'ai assisté à un de ses concerts, j’ai entendu des passages qu’auparavant j’avais pensé être exécutés par plusieurs guitares. Mais non, c'était juste lui. Il faut le regarder jouer pour se rendre compte de la profondeur de son talent, car il n’a pas laissé d’élèves derrière lui, auxquels il aurait enseigné ses techniques. Il n’y a pas une école ou une méthode Paco de Lucia. Je regarde donc des vidéos, et c’est toujours impressionnant d’observer la modernité de son approche, ses doigtés, ses harmonies et son éblouissante technique. C’est une manière d’entrer dans son monde à lui. L’objet n’est pas de copier, mais de passer par là, pour s’inspirer de son style de composition.

Je me suis aussi récemment intéressé aux guitaristes folk qui emploient des techniques de picking comme Chet Atkins, ou Tommy Emmanuel, et dont le jeu n’a rien à envier aux performances des musiciens classiques. Sylvain Luc, aussi. La liberté avec laquelle il évolue dans ses improvisations est bluffante.


› Quels sont tes guitares préférées ?

Voici ma guitare, c’est ma préférée : une Lowden classique, que j’ai achetée ici, et une Bellido flamenca, que j’ai achetée à Grenade. Parti en Espagne pour acheter une guitare, mon état d’esprit était d’en prendre une si j’avais un coup de cœur. A Séville et à Grenade, j’ai essayé beaucoup de choses, très chères, des attrapes-nigauds. Et puis je suis allé chez un luthier, qui avait trois guitares identiques, faites du même morceau de bois. Pour deux d’entre-elles, je ne les aurais jamais achetées. Mais la troisième, la mienne, c’était le coup de foudre. Parfois je regrette de ne pas essayer plus de guitares. D’un autre côté, rester fidèle à ses instruments permet de très bien les connaitre. Aucun choix n’est mauvais, mais du coup, je n’ai pas vraiment une vision de ce qui se fait.


› Tu as vu nos instruments en magasin, lequel a retenu ton attention ?

Je ne regarde pas les instruments, car je ne suis pas à la recherche d’une guitare. Quand un ami me montre une guitare, je m’y intéresse, bien sûr, mais je n’ai pas d’élan particulier qui me rendrait attentif aux instruments que je vois autour de moi.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

J’ai acheté ma première belle guitare en 1981, une Hopf, modèle Madrid, jouée actuellement par mon neveu. Je l’ai gardée pendant très longtemps, elle m’a bien servi. Plus récemment, j’ai acheté la Lowden classique, avec table en épicéa. Elle m’a plu tout de suite, avec ce son équilibré, et le confort du manche. George était venu lui-même la présenter pour un concours ici à Genève, et je me souviens avoir réorganisé mes priorités financières pour l’obtenir, au nez et à la barbe d’une guitariste américaine très intéressée, elle aussi. Maintenant, j’envoie tous mes élèves chez vous, et Sergio est comme un ami. Je n’ai pas encore rencontré votre nouveau luthier, car je n’ai pas eu de problèmes de lutherie depuis un moment (rires).


› Quels sont tes projets musicaux actuellement ?

Continuer mes transcriptions de Bach. Nous n’en sommes pas au bout, et je pense que ma retraite va encore être consacrée à essayer de terminer ce vaste projet. J’ai la possibilité d’éditer mes partitions par les éditions Bergmann, et je vais m’y atteler ces prochaines années. J’anime aussi un module flamenco pour les guitaristes classiques au Conservatoire. Comme je suis moi-même à la frontière entre le flamenco et le classique, c’est certainement une des voies qui me convient le plus. A part cela, faire vivre le répertoire avant-gardiste de mon ami Arthur Kampela, dont la musique est, apparemment, très loin du classique ou du flamenco, mais qui porte en elle une réflexion profonde et unique sur le monde contemporain, est un challenge passionnant.


› Comment l’enseignement de la guitare classique a-t-il évolué au cours des années dans ton expérience ?

Au conservatoire, on essaie de donner des bases solides. La façon d’enseigner évolue, bien sûr, mais certains morceaux fondamentaux restent au cœur de l’apprentissage. Après, aujourd’hui on répond bien sûr aux élèves quand ils nous demandent de leur apprendre une sonnerie de téléphone, ou une musique de jeu vidéo. Ils ont les yeux qui brillent tellement, c’est impossible de résister.

D'une manière générale, internet a pas mal changé la donne, notamment en termes de découverte : on peut partager plus de musique très facilement, échanger des idées, à travers cette vaste bibliothèque/discothèque. J’ai aussi l’impression que les jeux vidéos ont posé une certaine empreinte sur l’approche de certains jeunes, qui ont parfois l’air de se dire “j’ai fait une fausse note, mais c’est pas grave, j’ai encore sept vies, je peux continuer” (rires).


› Merci Marek, et bonne continuation...

Retrouvez Marek Wegrzyk en cliquant sur ce lien !


Ecoutez Marek Wegrzyk :

Interprétations de Bach et d'A. Kampela

Interprétations de Bach



› Bonjour John, après plus de 50 ans comme sideman, tu sors ton premier album. Avant d’en parler, peux-tu raconter brièvement ton parcours ?

J’ai décidé que ma vie serait de jouer de la guitare en voyant Hank Marvin jouer Apache à la télévision. Mon père travaillait à la BBC, et nous avions une des premières télés couleur : je suis tombé amoureux de la Strat rouge. Mes parents m’ont soutenu, et du coup je n’ai plus cessé de jouer. Je suis entièrement autodidacte, j’ai appris en reproduisant ce que j’entendais sur les disques. J’adorais le son, et le vibrato. J’ai eu mes premiers gigs à 13 ans en Angleterre, et je suis partit sur la route très tôt.

Je suis arrivé à 17 ans à Genève, et j’ai joué du rock et du blues avec plein de monde, d’ici et de passage. J’ai eu un contrat pour faire les sessions pour les albums de Daniel Balavoine, et une de mes cartes de visite est que je suis le guitariste qui a joué sur Laziza. J’ai ensuite notamment joué et tourné avec Patrick Bruel et Catherine Lara, et sur plus de 300 albums, en fait, donc ce n’est plus trop la peine de compter…


› Comment s’est concrétisé le projet de faire ton album ?

Quand il y a eu le Covid, tout s’est brusquement arrêté. Il n’y avait plus de concerts, plus de sessions, et comme beaucoup de gens, j’étais coincé à la maison. Je me suis donc mis à écrire de nouveau, et à chanter dans mon home studio. J’ai enregistré une dizaine de titres pour une maquette avec le batteur, Jean-Louis Bianchina, qui était notamment batteur dans le groupe de Nulle Part Ailleurs, mais que je connais car on a joué ensemble avec les artistes de variété de l’époque, et je les ai mis de coté. Puis quand par la suite nous sommes retombés sur ces enregistrements, et Jean-Louis m’a convaincu d'en faire un vrai disque.

Dans tout ce processus, j’ai repris goût à écrire et à chanter. J’ai aussi pris du plaisir bien sûr à jouer de la guitare, mais surtout à travailler avec Jean-Louis sur la production. En termes de logistique, nous avons enregistré cet album entre les studios de Jean-Louis pour la batterie, chez moi pour mes parties, et chez Ivan Rougny pour la basse. Nous l’avons mixé chez Jean-Louis, puis fait le mastering à Paris. Et c’est mon beau-frère qui a fait l’artwork !


› C’est un album très personnel. Peux-tu en dire plus pour nos lecteurs ?

C’est en effet un album très personnel, qui s’appelle Life. J’avais envie d’écrire sur la vie et sur ma vie, pour raconter ce que j’ai fait, pourquoi je l’ai fait… Je voulais rester proche de ce que je ressentais, et je pense que ça transparaît. Il y a donc par exemple un morceau qui raconte mon arrivée à Genève quand j’étais jeune, dans lequel je raconte ma vie sur la route. Il y a des morceaux sur ma femme, sur chacune de mes filles, mes petits enfants… Gölaz, avec qui je joue depuis 20 ans, m’a appelé après avoir écouté le disque, pour me dire qu’il avait eu l’impression que j’étais à côté de lui en train de lui raconter ces histoires...


› Quel son utilises-tu sur cet album ?

Pour mon son quand je joue, je mets beaucoup moins de saturation ces derniers temps. J’aime de plus en plus le son clean donc j’ai beaucoup choisis ça. Je joue aussi beaucoup en fingerpicking. J’essaie d’imiter mon idole, Jeff Beck, mais il me manque son génie. Ma musique de base c’est quand même le blues-rock et la pop. J’aime aussi le rap et le hip-hop, et j’ai un petit penchant pour les sons modernes, que j’ai pas mal utilisés dans mon album.


› Quelle suite vas-tu donner à cette aventure ?

Probablement Life 2, puis Life 3… En fait j’ai 28 morceaux déjà prêts. Pour ce qui est du groupe, il y a donc Jean-Louis Bianchina à la batterie, Ivan Rougny de Mörglbl à la basse, et moi à la guitare et au chant. Comme je ne peux pas faire tout seul sur scène tout ce que je fais sur l’album, nous avons quelques talents qui nous accompagnent : Yves Staubitz, un des meilleurs guitaristes que je connais, joue la guitare rythmique ; j’ai pris Meghan et Hannah des Woodgies comme choristes, car elles sont excellentes, et Christophe Duc, un professeur et producteur formidable à Genève nous a rejoint pour les claviers.


› Qu’est-ce que ça te fait de passer de sideman à frontman ?

A la base j’adore jouer pour les autres, et j’ai eu une grande chance dans ma carrière. Au beau milieu des années 80, où en général, les artistes faisaient un album avec des musiciens, et ensuite une tournée avec d’autres, j’ai joué sur les disques des artistes que j’accompagnais. Donc je jouais mes parties, c’était facile. Là c’est pareil, je joue mes parties. Avec l’âge, ça me va d’être le leader. Je m’estimais meilleur derrière plutôt que devant, mais tout s’apprend.


› Quels sont tes guitares préférées ? Avec quoi joues-tu aujourd’hui ?

Mes guitares préférées, ce sont les Strats. Avec une Strat, je peux tout faire, et surtout jouer avec le vibrato, que j’utilise beaucoup. Quand il est bien réglé, la guitare sonne juste, et je monte mes guitares avec un tirant léger, du 9-46, donc je n’ai pas de problèmes. J’ai trois Strats, dont une fretless. J’ai aussi une Les Paul dont j’ai fait vider le corps à l’arrière pour qu’elle soit plus légère, et placé les potards selon un layout un peu comme celui d’une Telecaster. J’aime aussi la Telecaster, d’ailleurs, dont j’ai un exemplaire que j’ai assemblé à partir de pièces trouvées sur le net sur laquelle j’ai fait monter des micros Lollar. J’ai aussi une Grestsch, et une Rickenbaker, et il y a évidemment quelque chose de spécial dans chaque type de guitare, mais ce trio est légendaire : Strat, Les Paul, Tele. En acoustique je suis passé par tout : les Martin, les Gibson, etc. En ce moment, j’ai une Collings qui est monstre bien. C’est très cher, mais c’est très beau : ça sonne comme un Steinway.



› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare ?

Le manche et le réglage. La guitare doit sonner juste. Je me souviens que quand j’étais gosse, on jouait sur des guitares très mauvaises. Il n’y avait pas des Squier super à 200 Francs comme aujourd’hui. On avait les premières Hofner, les Rosetti Lucky Seven… Des guitares pas terribles, on peut dire. J’aime jouer avec une action très basse, un peu trop pour mes amis guitaristes, d’ailleurs, donc le réglage est super important.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ?

Je viens depuis 30-40 ans, avec René Hagmann et Yves Imer on se connaît depuis longtemps maintenant, et pour moi la qualité des instruments sélectionnés a toujours été bonne. Là en ce moment, si je pouvais sortir avec une dizaine de guitares ce ne serait pas difficile d’en trouver des fantastiques, mais il n’est plus vraiment question de ça pour moi. Il y a beaucoup d’acoustiques superbes, je trouve : les Martin, les Lowden, les Collings, les Bourgeois… Niveau guitares électriques, les Fender Custom Shop sont toutes d’enfer. Ce n’est plus la peine de s’embêter avec le vintage, je peux te le garantir. Le son, le look, tout est top sur ces guitares.


› Comme ça fait longtemps que tu viens chez Servette-Music, pourrais-tu nous dire quelle est ton expérience ?

Excellente. J’ai acheté et vendu plein de guitares, fait faire des réparations, et j’ai toujours été bien servi. C’est sympa de venir boire un café et discuter de guitares. Pour la lutherie, le travail est impeccable, le nouveau luthier est super. Le seul problème, chez Servette-Music au fond, c’est que vous vendez aussi des batteries… (rires).


› Quel est le changement le plus marquant pour toi depuis que tu as commencé à jouer dans les années 60 ?

Internet. Avant, on enregistrait les albums ensemble au studio. On prenait un mois en groupe, pour enregistrer les parties, on répétait les morceaux ensemble. Désormais plein de projets se font à travers le monde, où chacun est dans son propre studio et les gens s’échangent les fichiers. On peut avoir l’Orchestre symphonique de Prague ou Manu Katche pour jouer sur son album sans payer une blinde parce qu’il n’y a plus besoin de les faire venir. Alors le son est super, mais l’ambiance, pas du tout. C’est sûr que c’est bien de pouvoir rectifier une note un peu fausse ou un temps mal marqué en post-production, et de ne pas être coincé avec des "pains" sur le master. Mais pour moi rien ne remplace le fait de jouer avec les gens, donc ça manque.



John Woolloff dans les années 80.

› Après toutes ces années et cette magnifique carrière musicale, quel est ton meilleur souvenir musical ?

Pour l’enregistrement de Laziza on était en studio en Ecosse au moment du Live Aid. On avait fait quelques dégustations de whiskey, et en rentrant on a allumé la télé et il y avait Status Quo, qui jouait Rockin' All Over The World. Je me suis levé et j’ai dit “on va enregistrer Laziza”, et j’ai rejoué quelque chose dans le genre, entassant même à côté d’une note. Le lendemain, Daniel (Balavoine, NdR) est arrivé et a voulu enregistrer le solo de Laziza. J’ai fait quelques prises, et ce n’était pas terrible. Daniel a demandé d’écouter ce que j’avais enregistré la veille, et on a essayé de lui dire que ce n’était pas la peine, mais quand il l’a entendu, il a dit “c’est ça que je veux”. Ce n’est pas du tout mon meilleur solo, loin de là… Mais ces trente secondes, avec un verre dans le nez, m’ont donné la carrière que je voulais. Et aussi probablement la seule pour moi (rires).



› Salut Pascal, tu es le fondateur et directeur d’Emagina-son depuis sa création il y a 10 ans. Avant d’en parler peux-tu nous présenter ton parcours ?

Mon parcours musical a commencé quand j’étais dans le ventre de ma mère. C’était une authentique chanteuse de flamenco de l’époque, formée dans les champs d’Andalousie de son enfance. Naturellement, j’écoute de la musique depuis toujours. Je pense que ça m’a apporté de la sensibilité mélodique et que ça a fait naître et grandir en moi l’amour de la musique d’une manière générale.

A 15 ans j'ai complétement trippé pour la basse, la guitare et la création musicale. En bossant sur les chantiers, j'ai pu me payer ma première vraie basse, sur laquelle j’ai appris de manière autodidacte et en prenant quelques cours. Puis j’ai voulu aller au cœur du sujet et je suis parti étudier au MIT à Los Angeles aux Etats-Unis pour suivre une formation pointue.

Après ça, j’ai vécu entre la Suisse, le Canada et les Etats-Unis, où j'ai participé à d’innombrables projets. Insatiable d'expériences musicales, j'ai rencontré autant de monde que possible, j’ai joué partout où je pouvais jouer, j’ai saisi toutes les opportunités. Puis au milieu des années 90, j’ai éprouvé le besoin de stabiliser ma vie et je me suis établi à Genève, où j’ai joué dans des groupes et commencé à enseigner.

En 2005, j’ai créé Emagina-son, qui était à la base un site de vente de trames sonores. C’était une manière de composer à la pelle des créations mêlant l'audio, le visuel et l'imaginaire. J’ai aussi créé Anima-Zic, qui proposait de l’animation musicale tout en continuant à donner des cours. En 2012, j’ai recentré mon activité sur l’enseignement en gardant le nom Emagina-son, qui correspond à mon concept d’intégration du visuel avec le son dans l’expression créative, et j'ai ouvert mon école de musique à Grand-Lancy en 2012.


› Quels sont tes styles préférés ?

Mes goûts ont évolué avec le temps. A mes débuts et jusque tard dans ma carrière, je jouais tous les styles : blues, rock, flamenco, musiques latines, disco… Toute opportunité était bonne à prendre et m'offrait un prétexte pour approfondir mes connaissances et affûter mon sens du rythme. Maintenant avec les années qui passent, je consacre mon temps à ce que j’aime le plus.

Actuellement je joue de la fusion, imprégnée de rock, de groove, de funk… On a eu la chance en Suisse d’avoir été à la croisée d’influences très diverses et cela ressort à travers une culture musicale qui a su mêler harmonieusement des styles avec de forts caractères. Et j’aime évidemment beaucoup le jazz, qui offre des possibilités d’expression très vastes.


› Sur quoi joues-tu en ce moment ?

Actuellement, je joue sur Fender Jazz Bass et j’utilise aussi une Music Man selon les projets. Ces instruments se complètent. Je n’ai pas encore trouvé la basse ultime, mais existe-t-elle ? (rires) Si je suis bien avec un instrument, mais qu’un nouveau projet en exige un autre, je m’adapterai et je changerai afin de trouver le son parfait pour l’occasion.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une basse ? Quel conseil donnes-tu à tes élèves ?

Ce qui est important c’est de se sentir à l’aise de jouer avec un instrument. Il faut avoir le bon feeling. Après il y a le son, le manche, les notes, mais tout ça c’est plus abstrait. Le feeling, celui qu’on a quand on pose ses mains sur l’instrument, il doit être agréable. Ça c’est crucial.


› Tu as vu nos guitares au magasin, laquelle t’a tapé dans l’œil et pourquoi ?

C’est salaud de me demander ça après m’avoir fait faire le tour, je n'arrive pas à choisir (rires). Toutes. Je peux dire toutes ? Sinon, les Läkland m’ont tapé dans l’œil. Les raisons sont toujours les mêmes : la sensation et le son.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

A une époque où je cherchais une guitare acoustique, j’ai acheté ma Martin OM-21 chez vous. Je trouve super appréciable de pouvoir choisir dans différents budgets qui représentent bien les catégories d’instruments vraiment intéressantes. Ensuite, c’est juste génial de pouvoir tester un instrument tranquillement, c’est-à-dire d’avoir à la fois le choix, et le temps de choisir, pas juste en quelques minutes. Donc plutôt positive..


› Quels sont tes projets musicaux actuellement ?

J’ai deux projets principaux : d’un côté il y a Metro, qui est un groupe de compositions rock avec des accents funk et blues. On écrit les compos tous ensemble à l’ancienne, en faisant des jams et la musique qui en ressort est très festive et punchy. Ça me calme en particulier cette faim de jouer des trucs qui arrachent un peu.

Et puis d’un autre côté il y a PH4, qui est un groupe de jazz beaucoup plus délicat dans son expression. C’est un jazz poétique, très imagé, qui offre un autre terrain d’expression. Avec PH4 par exemple, je joue fretless. On a un vibraphoniste avec nous qui apporte des atmosphères acoustiques avec beaucoup de richesse harmonique et des couleurs très chaudes.

Je participe et je contribue à des spectacles ponctuels. J'organise des concerts mensuels cartes blanches des profs à la Cave Marignac, j’ai des projets de création personnel en attente… Et puis surtout je dirige Emagina-son.

Comme je l’ai mentionné au début, Emagina-son est une école au Grand-Lancy qui propose des ateliers, des cours et des stages de musiques actuelles. L’approche spéciale dans l’enseignement d’Emagina-son est d’insister sur le développement de la créativité des élèves qui agit comme un exhausteur, un booster de créativité. Nous allons puiser dans l’imagination, l’image et le son, pour construire un langage et partager des émotions.


› La pandémie a obligé à beaucoup adapter les méthodes d’enseignement de la musique. Quelles sont tes observations au sujet des cours à distance et des tutoriels ?

Pendant la pandémie on a pu sauver les meubles avec les cours à distance. Pour les ensembles ou les groupes c’était ingérable, mais en 1-1 c’était passable durant un temps. Par contre on s’est rendus compte au sein de l’école et dans nos échanges que la dimension humaine finissait par manquer. On est humains et finalement, les profs comme élèves préfèrent les cours en live. Jouer de la musique c’est une expérience infiniment plus riche à partager ensemble que chacun chez soi dans son salon… En plus de cet aspect humain, il y a le niveau d’efficacité pédagogique qui est diminué dans les cours à distance. En présentiel on peut mieux observer l’élève et on a ainsi accès à plus d’information pour donner du feedback.

Avec les tutos c’est un peu similaire : ça répond à une demande et ça aide à certains moments pour remplir un besoin. Mais plus que de pures leçons de guitare avec plein de contenu, les élèves ont surtout besoin d’un coach, c’est-à-dire de quelqu’un qui peut détecter ce qui bloque et les aider à le débloquer, que ce soit au niveau technique ou au niveau créatif.


› Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Depuis quelques années, nous proposons des stages de production et création musicale centrés sur l’exploitation des possibilités infinies qu’offrent les nouvelles technologies digitales. Les palettes sonores qui naissent de cela sont incroyables et il y a constamment des choses nouvelles à découvrir et à créer dans ce domaine.

En termes plus concrets, nous voulons continuer à développer des partenariats intéressants avec des acteurs locaux, associations ou entreprises, dans le cadre d’un projet à échelle humaine, qui ait une dimension presque familiale pour partager l’esprit d’Emagina-son.



› Bonjour Frédéric, tu es producteur musical, guitariste professionnel, et professeur de guitare à Genève. Quel a été ton parcours ?

Je suis guitariste, compositeur et producteur, et je travaille actuellement dans le domaine musical à Genève. J’ai commencé à prendre des cours de guitare pendant mon adolescence. Les expériences “jam” puis les concerts m’ont amené à suivre une formation en 1997 au Berklee College of Music à Boston. En 2002, je suis reparti à l’étranger pour compléter ma formation musicale en étudiant les bases de la production à la SAE à Bangkok. De retour à Genève depuis 2004, je participe à divers projets commerciaux et artistiques. En 2011, j'ai fondé Line-Up, société de production au sein de laquelle je suis concepteur et réalisateur musical. Parallèlement, j’enseigne la guitare en privé chez guitar-coaching.com.


› Quels sont tes styles préférés ?

Je suis de nature assez ouverte, j’aime la diversité. J’écoute un peu de tout : classique, pop, rock, jazz... En tant que concepteur musical et guitariste, je travaille également pour des projets commerciaux et artistiques dans des genres très divers. Ça me permet de faire varier les plaisirs et d’évoluer musicalement. En production, je peux passer du jingle radiophonique à une composition pop, d’une musique à l’image pour une pub, à un arrangement rock pour un titre. Avec mon groupe Sonicshift on est plutôt dans un mood funky, groovy, jazz, donc au final c’est tout un programme…


› Quels sont tes guitares électriques préférées ?

En 1997, j’ai acheté une Gibson E-335 que je n’ai plus lâchée depuis. J’aime son côté polyvalent. D’un côté elle a un son chaud, approprié pour le jazz par exemple, et de l’autre, elle a un son brillant et percutant, proche d’une solid body, pour une approche plus rock. C’est un super compromis entre une Les Paul et une ES-175. En plus certains modèles ont l’avantage d’être plus légers, ce qui les rend plus agréables à jouer en live. Donc voilà : Gibson ES-335, j’adore !


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare électrique ? Que conseilles-tu à tes élèves ?

Je pense qu’il n’y a pas de règles, et que le coup de cœur est parfois de bon conseil. Ceci dit, il y a différents paramètres à prendre en compte dans le choix d’une guitare. Le style acoustique folk ou classique ? Ou plutôt le son rock, pop, jazz ? Ça permet déjà de faire un tri. Ensuite, le budget compte aussi. Personnellement, je ne recommande jamais du bas de gamme pour les débutants et les élèves intermédiaires. Autant prendre une location si on n'est pas sûr de poursuivre avec l’instrument. Je conseille donc à mes élèves de prendre une guitare avec laquelle ils peuvent se projeter quelques années selon leurs styles préférés, leurs goûts et leur niveau.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ?

Je trouve la sélection chez Servette diversifiée, il y a en a pour tout les goûts avec des gammes de prix variées. Pour ma part, j’aime l’espace Custom Shop, il y a un choix qui fait rêver.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Je suis un client de Servette-Music depuis longtemps, et je recommande systématiquement à mes élèves de passer au magasin pour le choix des guitares et pour les super conseils de Sergio. L'atelier lutherie et le service après-vente sont également d’excellente qualité !


› Je sais que tu as une approche particulière en matière de guitare-coaching, peux-tu nous en parler ?

Chez Guitare Coaching la méthode d’enseignement est adaptée selon le niveau et les objectifs des élèves, la source de toute progression étant le plaisir et l’envie de se réaliser. Guitare Coaching propose trois types d’approches aux élèves selon leurs acquis, leurs aptitudes et leur motivation. La première approche est dédiée aux élèves qui veulent juste jouer de la guitare pour se divertir. Elle englobe un apprentissage musical simple à l’aide d’un répertoire de chansons et de morceaux contemporains selon le choix des élèves.

La deuxième approche s’adresse aux élèves ayant une certaine pratique de la guitare. Un programme est établi avec des objectifs clairs en tenant compte des aptitudes et des acquis de chacun. La troisième approche est proposée à celles et ceux qui veulent avoir des conseils sur la base de leurs propres improvisations, accompagnements ou interprétations. C’est une approche “coaching” concrète qui permet aux élèves de prendre du recul sur leur niveau de jeu, d’améliorer leurs technique et leur musicalité. Mon site guitare-coaching.com explique en détail ces trois approches.


› Tu as touché un peu à tout au cours de ta carrière, y compris à la production musicale, peux-tu nous en parler ?

La production musicale est un domaine super passionnant. Ça me permet de passer dans des univers musicaux divers avec la casquette du compositeur, de l’arrangeur et du mixeur. Mes projets sont divers : parfois commerciaux (jingles, habillages, musiques à l’image), parfois artistiques dans les styles plutôt pop, rock ou jazz. Une partie de mes réalisations est disponible à l’écoute sur line-up.agency.


› Quels sont tes projets musicaux actuels ?

Actuellement, je bosse sur des mix de nouveaux titres de mon groupe Sonicshift, et très prochainement sur un projet de compos pour de jeunes artistes suisses.


› Quel est ton meilleur souvenir musical ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs de concerts, mais ce qui me vient en tête ici est celui de l’été dernier, où j’ai joué en duo guitare-voix avec ma fille de 13 ans, qui a aussi participé à l’édition The Voice Kids Paris en 2022.



›Bonjour Edwin, tu es professeur de batterie et percussion à l’ETM et tu fais une belle carrière en tant que percussionniste et batteur. Peux-tu présenter ton parcours musical ?

Je viens d’un quartier populaire de Caracas au Venezuela, d’où sortent tous les grands musiciens de la région. J’ai commencé avec la danse, quand j’avais 6 ans, sur fond de musiques afro-caribéennes, car on apprenait à jouer tous les styles latins. Cela m’a introduit dans le monde des percussions et a ancré en moi la connaissance de toutes les musiques d’Amérique du Sud, de la rumba à la salsa. A part la danse, j’ai eu la chance de faire aussi un peu de cinéma, mais j’ai vraiment eu le déclic avec les percussions. J’ai su que je voulais devenir musicien, et je me suis mis à travailler beaucoup dans ce sens.

A 18 ans je suis venu à Paris, où j’ai fait des rencontres formidables, qui m’ont ouvert des portes. J’ai ainsi notamment joué la percussion sur la bande son du film Incontrôlable, et joué avec Cheik Amadou Tidiane Seck, un claviériste malien bourré de talent. J’adorais cette scène parisienne, sur laquelle je pouvais aborder tous les styles avec mes instruments, sans être cantonné à un genre.

Depuis, j’ai fait une carrière en tant que percussionniste de Steve Winwood, et j’ai travaillé avec Rodrigo y Gabriela, et Mercado Negro, un orchestre fameux de musique latine, avec qui on a accompagné tous les artistes les plus connus de la scène salsa, etc. J’ai aussi mon projet, qui s’appelle tout simplement Edwin Sanz. J’ai réalisé deux albums, et on vient de sortir un single pendant la pandémie.

Et puis en ce moment je travaille avec un pianiste très renommé en France qui s’appelle Thomas Enhco, avec son frère trompettiste David, et un chanteur lyrique Emiliano Gonsalez, et une chanteuse de flamenco, Paloma Pradal, un contrebassiste Jérémie Bruyère. Ensemble, nous reprenons toutes les chansons de Violeta Parra dans un projet qui s'appelle Violeta meets Jazz. Enfin, j’enseigne au conservatoire depuis 4-5 ans, et j’ai rejoint l’ETM, où j'enseigne les percussions latines, il y un peu plus d’un an.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche a évolué avec le temps ?

Pour moi il y a quelque chose de beau à trouver dans tous les styles. Si on parle de zone de confort, c’est bien sûr la musique latine. Mais j’ai eu la chance, comme quand j’ai joué avec Rodrigo y Gabriela, d’aborder des approches différentes. Ils viennent du rock, et j’ai donc écouté et analysé la manière dont frappent les batteurs de rock pour m’inspirer. Avec Steve Winwood, j’ai dû m’appliquer à apprendre ce qu’avaient fait mes prédécesseurs. Le percussionniste de Traffic par exemple était africain, et il avait une façon de jouer les congas en remplissant plus d’espace. Pour reproduire ces impressions, j’ai donc enrichi ma manière de jouer.

Là j’apprends à jouer du jazz, c’est un super challenge. Repiquer les solos, analyser la manière dont les batteurs attaquent ou retiennent leurs coups sur la caisse claire, les nuances de jeu, les sonorités… Ça n’a rien à voir avec ce que fait un batteur de rock ou de musique latine. En tant que percussionniste je dois savoir à la fois accompagner l’ensemble et tenir la baraque, mais le contexte change selon les projets, et je dois dire que j’aime évoluer plus que jouer un style en particulier. Je me considère toujours comme un étudiant, qui doit apprendre tous les styles.


› Quels sont tes instruments préférés ? Sur quoi joues-tu aujourd’hui ?

Actuellement j’ai un contrat avec Gon Bops, une des marques les plus anciennes aux US, et je joue sur leurs instruments avec beaucoup de plaisir. La qualité et les finitions sont exceptionnelles, et le son est naturellement fantastique. Je joue avec des timbales Luisito Quintero, des congas Robert Quintero, et tout le reste de leur gamme, en fait. J’utilisais des cymbales Sabian et des baguettes Ovation jusqu’à il n’y a pas si longtemps, mais je viens de changer pour des Istanbul Agope et des baguettes Vater, car je cherchais à produire un son plus chaud.

Pour la batterie, j’aime beaucoup les Gretsch. J’adore leur son. Là j’en ai une des années 80 pour le jazz, il me semble que c’est une Brooklynn. Elle a un son soft, chaleureux, et ça me plaît. J’apprécie aussi le son des Sonor, et celui des Yamaha.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans un instrument de percussion ? Quels conseils donnes-tu à tes élèves qui souhaitent en acheter un ?

Je conseille toujours à mes élèves de se laisser guider par le son et leur ressenti au toucher, aussi bien pour les percussions que pour les batteries. Quand on frappe, la résonance doit être l’élément principal qui motive le choix. Je leur dis aussi que ça reste subjectif, car on n’est pas tous sensibles aux mêmes choses, et que c’est donc important de suivre leur instinct, et leurs goûts personnels.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ?

Il y a des marques fiables et une grande diversité. Quel que soit le style qu’on joue, on peut trouver dans votre sélection un instrument qui conviendra parfaitement, et ce sera un bon instrument. Je parlais d’ailleurs avec mon prof de batterie de jazz, et quand il a cherché un magasin pour acheter une batterie, après quelques recherches, son choix s’est finalement porté sur Servette-Music.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

C’est à Stephan Montinaro que j’ai acheté ma première batterie, il y a une quinzaine d’années. J’en ai un excellent souvenir. Le fait d’être accueilli par un musicien et un spécialiste, pas un commercial, est un gros plus. Les conseils sont bons et c’est agréable et sécurisant, en tant que client et musicien, mais aussi en tant que professeur quand j’envoie mes élèves, car je sais qu’ils seront bien accompagnés.


› Pourrais-tu nous présenter tes projets en ce moment ?

A cause de la pandémie, la tournée prévue avec Steve Winwood a été annulée. Actuellement, je prépare plusieurs albums en mon nom : un nouvel album de musique latine, un autre plus fusion, dans lequel j’aimerais démontrer mon jeu à la batterie, et enfin un autre plus jazz/fusion sud-américaine.

En tant que sideman, je viens d’enregistrer les percussions pour l’album d’un contrebassiste sud-américain qui s’appelle David Blido, et nous avons des concerts prévus ensemble. Il y a ce projet jazz autour des chansons de Violeta Parra dont je t’ai parlé au début, et Mercado Negro, avec qui nous avons des dates aux Pays-Bas prochainement… Au milieu de tout ça, j’essaie quand même de passer du temps avec ma famille, car c’est important pour moi.



›Bonjour Christian, tu es professeur de guitare et tu as joué avec presque tous les musiciens de la région. Peux-tu nous parler de ton parcours musical ?

Mon parcours ressemble beaucoup à celui des musiciens qui ont démarré au début des années 70 : premier coup de foudre absolu avec les Beatles, et puis comme des dominos, les amours se sont enchaînés. Hendrix, Led Zeppelin, les Rolling Stones, Black Sabbath… Ces gens incroyables, qui ont inventé des genres, comme le hard rock et le metal, ont eu une influence majeure à mes débuts.

Comme on parle des années 70, l’info circulait exclusivement par le bouche à oreille. A cette époque, il n'y avait qu'un seul magasin de disques très pointu à Genève qui distribuait des imports US. J’avais un copain à l’école qui fréquentait beaucoup ce magasin, et qui m’a fait écouter des trucs auxquels je n’aurais jamais eu accès sans cela : bluegrass, folk pur et dur, mais aussi proto-punk, rock progressif, et même jazz, un style pour lequel je n’avais pourtant aucune affinité particulière, mais en écoutant Miles Davis, les choses ont changé, et ce fut une révélation.

Assez naturellement, j’ai donc eu envie de prendre une guitare quand j’avais 14 ans. J’ai pris des cours de guitare classique au conservatoire populaire avec Angelo Lazzari, un prof extraordinaire, qui a bien vu au bout d’un moment que j’étais intéressé par le blues, et qui m’a encouragé. J’ai eu une chance incroyable, parce qu’à cette époque, l’enseignement de la musique était encore assez… rigide, disons.

Je me suis ensuite très vite fait happer par la guitare électrique, et j’ai eu la chance de jouer avec Le Beau Lac de Bâle. A travers cette expérience, le bassiste Pierre Losio m’a fait découvrir l’AMR, et je me suis lancé à fond dans les musiques improvisées. J’ai joué dans des dizaines de groupes là-bas, souvent aux frontières du jazz et du rock, et participé à des ateliers. Les rencontres que j’y ai fait m’ont ensuite conduit à faire de la musique pour et avec des compagnies de théâtre et de danse, comme notamment le Théâtre du Loup.

Jusqu’à 50 ans j’ai ainsi travaillé comme indépendant, aussi bien en tant que prof qu’en tant qu'interprète/compositeur. Et puis un jour toute cette expérience m’a valu d’être recruté comme prof pour la classe pré-pro de la section jazz du conservatoire populaire. Mais je réserve toujours au moins la moitié de mon temps pour les gigs.


› Comment ton approche a-t-elle évolué avec le temps ?

Je suis ouvert à plein de styles, du blues archaïque, bien antérieur à celui de Robert Johnson popularisé par Keith Richards et Eric Clapton, au jazz, en passant par toutes les nuances de rock, de musiques sud-américaines et de toutes les musiques improvisées. Au final, mes préférences vont quand même vers le blues électrique et le jazz, mais j’écoute de tout, du classique au métal. En termes d’approche, je suis tombé un jour sur un disque appelé La guitare à Dadi. Marcel Dadi était ce virtuose français génial qui a notamment popularisé la tablature grâce au livre qui était vendu avec le disque. Il y démontrait le travis picking, et j’ai commencé à travailler les basses alternées comme ça. J’ai aussi beaucoup été inspiré par l’approche flat picking Clarence White des Byrds ou de Neil Young, qui utilisent la main droite comme instrument de percussion, comme dans Cowgirl in the Sand ou encore Heart of Gold.

A part mes débuts au conservatoire populaire, j’ai continué en autodidacte, donc en développant une approche très intuitive de la musique. Comme je joue avec beaucoup de monde, je suis très attentif au jeu d'ensemble, à l’interaction musicale dans l’instant.


› Quels sont tes guitares folk préférées ? Sur quoi joues-tu aujourd’hui ?

Ma première guitare folk était une Yamaha, que j’avais achetée chez Caspar Wicky. Elle sonnait bien pour moi, et c’est une marque qui fait encore des instruments supers aujourd’hui. Puis autour de mes 19 ans, un ami m’a apporté une Martin D18 de Londres. C’était ma première guitare haut de gamme. Une D18 c’est quelque chose de fantastique, mais je ne suis pas arrêté là. J'ai même eu une Ovation ! J’étais curieux, j’observais ce sur quoi jouaient les musiciens que j’admirais, et ça m’a conduit à essayer beaucoup de choses.

J’étais quand même assez peu satisfait par les modes, et puis un jour j'ai posé mes doigts sur une Martin D28. Ce n’est pas un classique pour rien, on peut tout faire dessus car elle sonne bien dans tous les registres, et toutes les situations. J’ai aussi joué sur Lowden pendant quelques temps, puis je suis revenu sur des triple 000. Ces guitares ont un son spécial, avec des fréquences très particulières. Le diapason court apporte aussi un grand confort de jeu. Pour le son, je les préfère avec du palissandre que de l’acajou ; en ce moment je joue sur une Collings CJ. Mais j’ai aussi une Gibson J-45 de 1964, qui sonne formidablement bien, ainsi qu’un magnifique banjo 6 cordes Goldtone, une classique Do Santos/David Hilger et une archtop acoustique Gibson L4C.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare folk ?

La jouabilité est mon premier critère. J’aime le diapason court, de type Gibson, et un profil de manche assez rond avec un certain galbe. En termes de balance du son, si je devais n’avoir qu’une guitare, je choisirais un instrument avec un dos et des éclisses en palissandre, où toutes les fréquences sont à mon avis bien représentées. Avec une guitare en acajou, c’est parfois un peu plus difficile, au niveau de la brillance.


› Maintenant que tu l’as bien pris en main, quelle est ta fonctionnalité/configuration favorite ?

L'interface graphique, qui est aussi intuitive et robuste que celle d'un iPhone, est une bonne candidate, mais je dirais quand même que les possibilités physiques de cette machine pour répliquer l'expérience d'un ampli sont mes vraies favorites. Le système des entrées et sorties pour des configs 2 ou 4 câbles, le repiquage ou le re-amping, est facile à utiliser et très complet, c'est assez formidable.


› Quels sont tes conseils aux élèves qui choisissent une guitare ?

Je dis toujours à mes élèves que l’essentiel c’est de se sentir immédiatement à l’aise sur le manche. Quand on est plus expérimenté, on peut s’habituer à un manche qui oblige à faire des compromis, parce qu’on aime le son de la guitare. Tant qu’ils sont en phase découverte, je recommande à mes élèves de ne pas mettre une somme folle, parce qu’ils vont évoluer, découvrir leurs préférences, et qu’il vaut donc mieux “en garder sous le pied”. Pour cela, j’aime recommander les Sigma, qui sont excellentes. J’ai aussi un élève qui a acheté une Dowina, marque j’ai découverte à travers lui, qui est magnifique, pour un prix tout à fait modeste.


› Tu as vu notre sélection au magasin, qu’en penses-tu ?

J’aime beaucoup les Bourgeois et les Collings, car ces luthiers ont énormément analysé le passé. Je suis très sensible à la façon dont ces ateliers savent recréer des guitares qui illustrent l’âge d’or des flat top. Comme vous en avez beaucoup chez Servette-Music, ça me plait bien. J’avoue être moins attiré par les Lowden, pour des questions de son liées à ma propre démarche musicale, car le confort de jeu qu’elles offrent reste évidemment exceptionnel. Et je suis féru de la complexité harmonique des Gibson et des Martin des années 30, donc ça reste un de mes fantasmes. J’ai été spécialement impressionné par une Bourgeois Slope D, dont nous avons fait une démo ensemble, et les OM de Collings.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

C’est une relation solide qui se construit depuis de nombreuses années. Je papillonne beaucoup, en tant que professionnel, mais je reviens toujours vers Servette-Music. Il y a une ouverture d’esprit au sein de l’équipe que je trouve très agréable. On n’est pas obligé d’être toujours d’accord, mais c’est sympa en tant que client de pouvoir discuter sans être confronté à un mur de certitudes. C’est aussi rassurant pour moi de savoir que quand j’envoie mes élèves chez vous, ils seront bien conseillés et orientés.


› En tant que prof, comment as-tu adapté tes méthodes d’enseignement durant la pandémie ?

Au début, le plus difficile a été de circonvenir le problème posé par la latence des leçons par Zoom ou Skype, qui rend impossible de jouer en même temps que l’élève. Ça a été très compliqué avec les débutants, notamment, et il a fallu faire contre mauvaise fortune bon cœur sur ce volet. Pour la technique pure, j’ai beaucoup préparé des vidéos pour mes élèves, avec des gros plans sur les accords, les mouvements détaillés des doigts et des mains, etc. Avec les plus avancés, c’était un peu plus facile, car je leur disais de préparer tel morceau, de me le jouer, et puis je ensuite je leur faisais mes commentaires sur les aspects à retravailler ou à peaufiner. Mais franchement, je suis content d’être revenu à de l’enseignement en présentiel.


› Quels sont tes projets actuels ?

La Fanfare du Loup est mon terrain de jeu créatif principal. Nous avons tellement de projets et de créations dans de nombreux styles différents que c’est très intéressant. Je forme aussi un duo avec le saxophoniste ténor Nicolas Masson, qui s’appelle Lost in a Dream, avec qui nous jouons de la musique de Paul Mossian, un grand batteur et compositeur de la seconde moitié du 20è siècle. Cette formation me donne l’opportunité d’utiliser des loopers, plein d’effets, et d’être sur le devant sur la scène, contrairement à la fanfare, où il y a des rangées de souffleurs entre moi et le public. J’aime beaucoup cette relation un peu plus intime.


Merci Christian, et bonne continuation.


›Sergio, tu as récemment adopté le Quad Cortex de Neural DSP pour tes enregistrements et tes concerts, qu’est-ce qui t’a convaincu de le faire ?

L'élément principal qui m'a convaincu pour la scène c'est qu'en étant confronté à des situations de line-check, avec plusieurs groupes, où les changements de plateau sont rapides, il est évident que les solutions numériques comme le Quad Cortex de Neural DSP allègent beaucoup le travail des ingénieurs. On a ainsi plus de temps pour se concentrer sur le son de la batterie et le mix général en bénéficie énormément. Ensuite, à l'utilisation, le Quad Cortex est le système supérieur à tout point de vue pour un guitariste en termes de confort et de pratique par rapport aux autres, car il n'est jamais nécessaire de passer par des menus pour accéder aux fonctions. Tout est disponible immédiatement à travers l'interface visuelle comme si on se trouvait devant les objets physiques, ce qui permet de répondre à n'importe quelle demande de la part des ingénieurs en quelques secondes. Et enfin, il sonne comme mes amplis déjà réglés. Cet appareil numérique est le premier à ne m'obliger à faire aucun compromis, ni sur la facilité de contrôle, ni sur le son.


› Est-ce la fin des amplis traditionnels cette fois-ci ?

Je ne pense pas, parce que le numérique et l'analogique se complètent, et forment un écosystème plus riche ensemble, pas une alternative inconciliable. D'un côté, le numérique aura toujours besoin des références sonores qui marquent les époques, et qui continuent à être développées par les constructeurs d'amplis et d'effets. L'impression de "vivant" que procure un ampli analogique reste quand même au cœur du plaisir de jouer de la guitare électrique, et c'est le modèle des appareils de modélisation, justement. D'un autre côté, le numérique étend les possibilités des plateformes analogiques, et facilite énormément le travail sur scène et en studio avec elles. En studio, le re-amping est par exemple très facile avec le Quad Cortex. En live, il y a bien sûr le côté multi-effets, mais aussi la capture d'amplis et la possibilité de créer des patchs complets effets + ampli, qui libèrent l'esprit et les pieds quand on veut jouer avec des changements de sons complexes. Au final, le Quad Cortex de Neural DSP permet d'emporter les sons d'amplis vintages ou boutiques sans contraintes, mais il a besoin d'eux pour exister.


› Les appareils de modélisation offrent tellement de possibilités qu’ils en deviennent parfois complexes à configurer. Comment se positionne le Quad Cortex à cet égard ?

Le jour où j'ai emporté un Quad Cortex pour le tester avec mon groupe Spit Reckless, j'ai eu besoin de seulement 20 minutes entre l'unboxing et le début de la répète pour charger une capture chopée sur le cloud et être opérationnel. Et les avis des membres du groupe ont été unanimes : on avait un son absolument parfait. J'ai mis beaucoup plus de temps pour des résultats à peine équivalents avec les autres appareils comme le Helix de Line6, les Axe FX I & II de Fractal Audio, ou le Profiler de Kemper. Dans l'univers des appareils numériques, le point d'excellence du Quad Cortex de Neural DSP par rapport à d'autres est d'être juste dans le mix en termes de dynamique, et pas uniquement dans la comparaison à l'ampli original "en laboratoire", à la maison ou au studio. Les ingénieurs de Quad Cortex ont tenu leur promesse de produire un son "algorythmiquement parfait" : le rendu du Neural DSP au sein d'un groupe est le même que celui de l'ampli correspondant dans toutes les situations, que ce soit en trio, en quintet, ou avec un batteur très présent… Cet aspect n'ayant pas besoin d'être géré, ça enlève toute une couche de mises au point et de prises de tête.


› Tu joues sur plusieurs instruments très différents, et ton travail au magasin te permet d’essayer presque tout ce qui existe. Est-ce que tu as remarqué des différences dans la reproduction entre par exemple une Strat, une PRS ou une Les Paul avec le Quad Cortex de Neural DSP par rapport à d'autres appareils ?

C'est justement un autre gros avantage du Quad Cortex de Neural DSP : pas besoin de faire des configs distinctes ou de prendre des captures spécifiques pour chaque réglage, ou avec tous les types de grattes ou de micros. Il réagit comme un vrai ampli, et je peux donc le traiter de la même manière, en plaçant tout simplement un clean boost derrière mes single-coils pour être au niveau de mes humbuckers. Je passe de ma Telecaster à ma PRS ou à ma Jazzmaster en gardant la même dynamique et la même présence. J'entends les différences de texture entre mes guitares comme je les connais dans mes amplis.


› Maintenant que tu l’as bien pris en main, quelle est ta fonctionnalité/configuration favorite ?

L'interface graphique, qui est aussi intuitive et robuste que celle d'un iPhone, est une bonne candidate, mais je dirais quand même que les possibilités physiques de cette machine pour répliquer l'expérience d'un ampli sont mes vraies favorites. Le système des entrées et sorties pour des configs 2 ou 4 câbles, le repiquage ou le re-amping, est facile à utiliser et très complet, c'est assez formidable.


› Sergio, tu es actif au sein de plusieurs projets (Spit Reckless et Idpop), comment traversez-vous la pandémie? Quels sont vos projets pour l’avenir ?

En ce qui concerne Spit Reckless, la pandémie nous a permis de prendre le temps de composer et d'enregistrer notre deuxième album, dont nous allons entamer le mixage prochainement. On vise une sortie en fin d'année, ou tout début 2023, avec probablement un ou deux singles entre-temps. Avec Idpop, qui est un trio avec Marie Mercier à la clarinette basse, et mon ami d'enfance Robi au chant, nous avons travaillé sur la post production de notre premier album qui va sortir cette année pour développer à fond notre identité sonore. Ça m'a donné l'opportunité de forger mes compétences dans les domaines de la prise de son, du mix et du mastering, et je pense pouvoir maintenant mener un projet comme celui-là jusqu'au bout, avec de bons résultats.


› Merci Sergio, souhaites-tu ajouter quelque chose pour conclure ?

Comme toujours : faites-vous plaisir en jouant de la musique, composez, expérimentez, échangez vos idées entre vous, avec nous au magasin. La musique c'est une passion, et y en a plus quand on la partage.


test


› Julien, quel est ton parcours musical ?

Bourguignon d’origine, j’ai débuté la musique à l’âge de 7 ans dans l’école de musique de mon village par le trombone. Au fur à mesure de années, mon parcours m’a amené au conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés avant d’intégrer la HEM de Genève au département de musique ancienne à la sacqueboute. J’y ai suivis le cursus complet avec l’obtention d’un Bachelor, un master d’interprétation et un master de pédagogie. En parallèle des études, je me suis formé en enseignant et en jouant dans différentes formations (musique de chambre et orchestres). Je suis musicien freelance, professeur de trombone, directeur artistique et directeur pédagogique.


› Comment es-tu venu à la sacqueboute ?

Dès ma première année de jeune tromboniste, mon professeur en avait une et jouait le répertoire d’époque. Ainsi, j’ai découvert l’instrument, sa sonorité et son jeu. Plus tard, auprès de Stefan Legée, j’ai débuté mon apprentissage de l’instrument et de l’interprétation des répertoires historiques avant de me former professionnellement à la HEM et auprès d’ensembles spécialisés.


› Quelle complémentarité trouves-tu entre la sacqueboute et le trombone moderne.

Le trombone est une sacqueboute ou l’inverse. L’instrument s’est adapté aux usages à travers le temps mais sa conception reste la même depuis la Renaissance. La pratique de la sacqueboute et la compréhension de ses répertoires apportent de nouveaux éléments interprétatifs à la palette de l’instrument moderne. Dans mon métier d’enseignant, mon expérience d’interprète historiquement informé ajoute une vision plus large et permet d’apporter une aide supplémentaire aux élèves.


› Tu joues un trombone moderne équipé du Freeflow Hagmann. Qu’est-ce qui t’a amené à ce choix ?

L’instrument avec lequel je suis à l’aise doit être utilisable avec les répertoires que j’enseigne et que je pratique. Le choix d’un trombone équipé du Freeflow s’est imposé naturellement. La facilité et la rondeur de son de l’instrument sur la totalité de l’ambitus m’ont décidé à franchir le cap. Il était important que je puisse changer d’instruments facilement, parfois même dans un même concert. L’instrument moderne doit s’intégrer dans la continuité des instruments historiques que je joue. C’est grâce à l’équipe de Servette Music que l’instrument est adapté à ma pratique et mes besoins.


› Quels sont tes projets à venir ?

Les projets sont divers. Je prépare une série d’enregistrements audio et vidéo autour des cuivres anciens avec l’Ensemble Héritage que j’ai fondé. Nous jouerons également pour les cultes de fin d’année à la cathédrale de Genève. Nous présenterons un nouveau spectacle pour 2023 baptisé « 1520 ». En plus de mes activités d’enseignants, Je participe à la saison musicale de l’ensemble Europa Galante et de quelques ensembles pour plusieurs concerts.


› Merci Julien pour ce moment, et bonne suite musicale.

› Bonjour Erwan, tu es professeur de guitare à l’ETM depuis 2 ans. Quel est ton parcours musical ?

Après des petites écoles de musique, j’ai fait un certificat de musique classique (guitare) au CPM à Genève. En parallèle, j’ai suivi des cours privés de jazz avec Christian Graf, qui m’a permis d’entrer à la HEMU à Lausanne. Là j’ai fait un master en performance, option jazz. Mon premier vrai projet avec lequel j’ai fait des concerts était orienté hip-hop/soul, qui s’appelait Cauliflower. Ensuite, à travers l’école, j’ai pu entrer en contact avec de nombreuses personnes, et j’ai joué dans beaucoup de projets en tant que sideman, notamment Dave Liebman, qui est un grand saxophoniste. J’ai aussi donné des cours de guitare, en privé et dans des petites écoles de musique, avant d’entrer dans une école de pointe, à l’ETM.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche musicale a-t-elle évoluée ?

J’ai pas mal changé d’esthétique au cours des années. Comme tout guitariste qui se respecte, j’ai commencé avec le rock: j’étais plutôt orienté punk, et j’aimais les groupes de rock et de metal « classique ». Et puis j’ai découvert Jimi Hendrix, et j’ai été séduit par son jeu, son style un peu sale, très empreint de soul. J’aimais plus son jeu en son clair que ses riffs avec de la disto. J’écoutais aussi beaucoup de musique contemporaine, et beaucoup de hip-hop. Ça m’a conduit au sampling, et j’ai commencé à produire de la musique. J’ai commencé à sampler du piano, de la batterie, un peu tout, en fait.

A partir de là, la guitare est essentiellement devenue un outil d’improvisation. J’ai voulu sortir des sentiers battus, et le jazz était un domaine superbe pour me permettre de le faire. Je ne suis pas un grand bosseur, mais ça ce sont des aspects que j’ai beaucoup travaillés pour progresser, et développer mes solos, sortir de la sempiternelle pentatonique, connaître mon manche, apprivoiser les triades… J’ai commencé à jouer plus avec mes oreilles qu’avec mes yeux, et ça a changé la donne. C’est surtout par le jazz moderne que j’ai pu apprécier le jazz, et que j’ai enrichi et consolidé mon vocabulaire.

Et maintenant, je suis plongé dans la musique électronique. Je suis carrément dans le son en tant que tel, la patte sonore, et plus du tout dans la guitare au centre d’un groupe. J’adore les synthétiseurs, mais je ne suis pas pianiste, donc j’essaie de retrouver cette magie avec les effets de guitare. Delay, reverb, hamonizers, je m’en sers pour trouver un son parce que la guitare avec des effets m’intéresse de plus en plus avec le temps.


› Et tu as trouvé ton son ?

Oui, je crois, en tout cas je suis sur la bonne voie. J’ai un son à moi, je suis fidèle à mon instrument. Bon j’ai une guitare très polyvalente aussi, une PRS 513. Du coup ça me permet de retrouver beaucoup de sons différents, de celui de la Strat à celui de la Les Paul bien nerveuse. J’arrive ainsi à construire mon esthétique, qui se trouve à la croisée du jazz, de la pop indie, et de la musique électronique. Comme je te l’ai dit, je m’intéresse au son lui-même, et j’utilise des synthétiseurs, des samplers. Ma guitare est donc plus un des éléments d’un set électronique.


› Quelles sont tes guitares préférées ?

PRS est une marque que j’apprécie beaucoup. Elles permettent d’avoir une palette sonore gigantesque. J’ai découvert la marque à travers la gamme SE (NdR. : Paul Reed Smith Student Edition, des guitares fabriquées en Corée dont le contrôle qualité est assuré par l’usine du Maryland aux USA). Mais j’étais parfois un peu limité, surtout quand on me demandait de prendre un son de Strat, pour faire des cocottes, par exemple. J’ai trouvé la 513, et je n’ai plus eu besoin de chercher plus loin pour assurer dans toutes les situations, puisqu’elle me procure autant un son jazz très plein, mais aussi un son clair et brillant, etc. Avec toutes les possibilités qu’elle offre, c’est facile de retrouver tous les sons de guitare grâce à un switch ou un potard. Après, j’ai toujours ce rêve de gosse de me trouver un jour une vieille Tele, pour avoir un son Tele authentique à la maison, et pour certains projets, pour lesquels il faut ce son.


› On a passé un moment ensemble au magasin. De toutes les PRS que tu as vues, laquelle t’a tapé dans l’œil ?

La McCarty 594. Je l’ai trouvée vraiment très agréable. Le manche est confortable, les finitions sont fantastiques. Elle a un son plein qui me permet de retrouver les sonorités jazz, et en single, elle claque ! Pour moi c’est vraiment la meilleure.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Je connais le magasin depuis que je suis gosse, je me souviens d’y venir avec mon père à l’époque. Depuis que je suis arrivé à Genève, j’apprécie beaucoup la disponibilité de l’équipe de Servette-Music. Il y a toujours quelqu’un pour m’aider, il y a du choix. Les liens de Servette-Music avec l’ETM sont aussi enrichissants, ça facilite beaucoup de choses pour les professeurs comme pour les élèves. Et puis je ne sais pas s’il faut le dire, mais j’aimerais bien qu’il y ait plus de place pour les effets. Mais après ce que je t’ai dit sur ma recherche musicale et sonore, tu comprends bien pourquoi !


› Quels sont tes projets actuels ?

Mon projet principal en ce moment s’appelle « Mohs ». Je l’ai monté avec un ami trompettiste, un batteur et un bassiste, et c’est un mélange de toutes mes influences de ces 20 dernières années, jazz et musique électronique principalement. Les compos sont collectives, c’est un vrai groupe. J’ai un petit studio rue de Lyon, dans lequel on répète, on fait des prises de son, et on se renvoie la balle sur des idées pour les faire évoluer, et on va sortir notre 2ème album en février 2022.

Sinon j’ai aussi un groupe qui s’appelle « Ora », qui est un projet de musique électronique, et va jusqu’à la dance. C’est de la musique de club, avec des influences house, techno. C’est live machine. J’ai aussi la guitare sur scène, mais on utilise les drum machines, des samplers, et je fais des boucles de guitare en live, en contrôlant avec des synthés. On est loin de la formation de rock classique.

Dans une toute autre veine musicale, « Ticora » est un quartet composé d’un orgue, d’une batterie, d’un saxophone et d’’une guitare. On fait un mélange d’afro-beat, de musique de la réunion, de jazz. C’est un jeu complètement différent à la guitare, beaucoup plus rythmique. Et puis j’ai un groupe de musique de chambre qui s'appelle « Espuma Antigua », composé d’un violoncelle, d’une voix et d’une guitare électrique. On fait des arrangements contemporains de musique baroque (Bach, Vivaldi, Purcell). On est dans un truc très intimiste, c’est très doux. J’utilise beaucoup d’effets dans ce contexte, pour englober l’espace sonore avec des reverbs et des delays.


› Comment as-tu vécu la période COVID ?

On a dû s’adapter avec les cours à distance. Pour certains trucs, c’est plus facile : c’est confortable de rester chez soi, pour les cours de théorie c’est plus simple. Mais pour jouer la musique, c’est plus délicat, par la nature même de l’art. Niveau personnel, j’ai pris l’opportunité de me recentrer sur mes créations. Je suis sideman avec plaisir, mais je ne suis pas un mercenaire de la musique. J’ai donc aimé pouvoir passer du temps en studio pour faire de la recherche sonore, développer mes propres idées, et même apprendre à mixer.


› Merci Erwan, nous allons tenir compte de tes remarques sur la place donnée aux effets car tu as raison, nous pouvons mieux les mettre en valeur. Passe une belle fin de journée et bonne continuation.

› Bonjour Georges, qu’est-ce qui t’a incité à produire les guitares du 70e anniversaire ?

La plupart des gens à cet âge penseraient à prendre leur retraite, mais mon 70e anniversaire marque aussi ma 48e année de fabrication de guitares. C’est une longue période, et cela mérite d'être célébré. Je n'ai pas encore l'intention de prendre ma retraite, mais ne le dites pas à ma femme !

Les guitares Birthday sont comme toutes les éditions limitées que nous faisons : les caractéristiques supplémentaires et les personnalisations sont très subtiles, elles ne sont pas très flashy. La voie Lowden est d'être plutôt discret de ce côté.


› Nous avons une F-35 Ebony/Sinker Redwood (NdT: le Sinker Redwood est un type de séquoia). Pourquoi as-tu choisi d'associer ces bois spécifiques ?

L'ébène ressemble beaucoup à l’African Blackwood car sa texture est très fine, et il est très dense. L'ébène a un son étonnamment bell-like pour un bois de fond et d'éclisses. En associant l'ébène à du Sinker Redwood, qui est très léger, on obtient une chaleur dans le son qui complète la brillance et la projection de l'ébène. Une table en cèdre donnerait une guitare très puissante, mais pour avoir plus de chaleur, on préférera du Redwood. Le Sinker Redwood, bien sûr, est le meilleur bois rouge que l’on puisse trouver.


› Selon toi, quel est l'élément le plus important lorsque tu choisis les bois pour construire une de tes guitares ?

Pour les tables d'harmonie, je dois les toucher et les sentir. Je plie chacune d’entre elles pour éprouver leur rigidité et leur flexibilité. Elle doivent avoir suffisamment de tenue pour être assez résilientes une fois rabotées jusqu'à leur épaisseur finale. Je passe également beaucoup de temps à tapoter le bois de différentes manières pour me faire une idée des qualités sonores de chaque ensemble. Je cherche à entendre des fréquences spécifiques et des années d'expérience m'ont enseigné ce qu'il faut rechercher et écouter. C'est la même chose pour le matériau des barrages. Je le tapote sur mon banc et je veux entendre des hautes fréquences proéminentes — je cherche un "ping" plutôt qu'un bruit sourd !

Pour le fond et les éclisses, il s'agit plutôt de rechercher la meilleure qualité de bois, quelle que soit son essence. Idéalement, je recherche du bois scié sur quartier. Pour certains bois, il n'est pas si important, ou possible, d'avoir du bois quartersawn, surtout si la guitare est destinée à un climat très sec, comme en Suisse par exemple. Le bois quartersawn ne se rétracte ou ne se dilate pas autant que le bois coupé en tranches (slab-cut).


› Pourquoi avez-vous choisi de jouer des trombones équipés du système Vibrabell et de cylindres Hagmann?

En 2009, mon cadeau de fin d'étude a été un trombone Vincent Bach équipé d'un système Vibrabell. J'étais soufflé. Ajouter un barillet Hagmann étais simplement le couronnement de ma recherche car ce sont des systèmes qui améliorent la qualité du son et le confort de jeu : il n'y a pas de gaspillage d'air, le rendu est homogène, et les graves sortent avec facilité.Depuis juin 2019, j'ai fait équiper mon trombone avec le barillet Hagmann GEN 2, et là, le son est encore plus centré et homogène, et les paliers sont encore plus rapprochés.


› Toi personnellement, et Lowden Guitars, avez une longue histoire avec Servette-Music…

C'est tout à fait vrai. Mon tout premier distributeur était à Paris en 1978, et je sais qu'Yves, qui a été associé chez Servette-Music pendant de nombreuses années, a rendu visite à ce distributeur à Paris, et qu'il a vu mes guitares. Il a ensuite pris contact avec moi, et c'est ainsi que la relation a commencé. Yves a été très sympathique avec moi et m'a invité à l'accompagner à la MusikMesse de Francfort — c'était la première fois pour moi. René et Christine, les premiers fondateurs et propriétaires de Servette-Music, m'ont invité à rester chez eux pour ce voyage, et j'ai un souvenir très distinct de leur gentillesse. À l'époque, j'étais très jeune et je ne connaissais pas vraiment le monde des instruments de musique, je ne savais que fabriquer des guitares ! Servette est ainsi devenu mon deuxième distributeur, et notre relation dure depuis maintenant 43 ans. Vous occupez une place très spéciale dans mon cœur.

› Bonjour Philippe Regana ! Merci d’avoir accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Avant de commencer, pourriez-vous rapidement vous présenter à nos lectrices et lecteurs ? Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

Mon parcours a débuté par l’apprentissage de la flûte traversière à Lourdes, au sein d’une harmonie municipale où mon père jouait du classique et du jazz. Il était lui-même issu d’une harmonie voisine où une bonne partie de la famille jouait, plutôt du côté des cuivres.

J’ai développé, par la suite, une passion pour l’instrument qui se trouvait à côté des secondes flûtes, le hautbois. J’ai donc démarré l’apprentissage de cet instrument à Pau, puis à Rueil-Malmaison et au conservatoire national supérieur de Lyon auprès des Maîtres Daniel Arrignon, Jean-Louis Capezzali et Jérôme Guichard. Ma curiosité m’a également poussé à explorer la direction d’Harmonie, de Chœur et d’Orchestre ainsi que la composition.

Au fil des rencontres, j’ai développé une affinité particulière pour le théâtre, la danse et l’alliance des arts en une seule et même œuvre. L’enseignement m’a également passionné très tôt, influencé par ma mère, qui s’occupait d’enfants à besoins particuliers et de leur intégration à l’école. J’ai donc enseigné à Rueil, Lyon, Nevers et Villeurbanne sous une forme de pédagogie maïeutique et humaine, avant d’intégrer le Conservatoire populaire à Genève.

Après un long parcours dans la création contemporaine avec l’Ensemble l’Instant Donné, à Paris, et une multitude de projets pluri-artistiques, c’est tout naturellement que j’ai décidé de me concentrer sur la direction du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre. Cela a entrainé quelques sacrifices, l’arrêt du hautbois et de différents projets artistiques personnels notamment, mais ce n’est rien comparé au plaisir immense que me procure ma fonction.


› Pouvez-vous également nous dire quelques mots sur l’institution qu’est le Conservatoire populaire ?

Le Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre, c’est près de 90 ans d’histoire qui ont contribué à créer un esprit et un idéal résolument tourné vers l’humain et l’avenir.

Ecole de proximité foisonnante dans tout le Canton, le Conservatoire populaire, c’est plus de 40 Centres d’enseignement et 200 professeur.e.s-artistes, hautement qualifiés tant sur scène que pour enseigner et transmettre leur passion dans des cours et cursus adaptés à tou·te·s nos élèves.

Le Conservatoire populaire, c’est aussi 25 personnes dévouées à l’administration qui font tourner l’Institution sous l’œil bienveillant de notre Conseil de Fondation, présidé par Louise Kasser Genecand.

L’idéal du Conservatoire populaire, c’est d’apporter de l’art partout où on l’on peut. Qu’il s’agisse de musique, de danse ou de théâtre, c’est permettre aux enfants et adultes de profiter de tout ce que l’art peut leur apporter dans le cœur. C’est aussi les armer avec les connaissances et compétences qui leur permettront de vivre dans notre société qui change à vue d’œil.


› Nous avons vécu une période complexe pour la culture en général et le monde musical en particulier. En tant que directeur du Conservatoire Populaire de Genève, quelles stratégies avez-vous adoptées afin de maintenir vos activités d’enseignement malgré les conditions sanitaires ? Pouvez-vous revenir à la normale en cette rentrée 2021 ?

Ce que nous avons vécu est inimaginable. La fermeture du Conservatoire populaire en mars 2020 a été un moment historiquement effroyable. Mais ce qui m’a le plus ému, d’un point de vue personnel, c’est la créativité et la réactivité, l’implication et le dévouement des enseisgnant.e.s et des collaborateurs administratifs.

En une semaine, nous avons réussi à mettre sur pieds des cours en ligne ou à distance pour 85% des élèves. Ce chiffre a atteint 95% durant le confinement total. Nous sommes particulièrement reconnaissants envers la Fondation Barbour qui nous a aidé à acquérir, en urgence, 50 tablettes, à destination de ceux qui n’avaient pas le matériel leur permettant de suivre les cours depuis chez eux. On ne fait jamais rien seul.

Par ailleurs, nous avons créé une plateforme d’enseignement en ligne en seulement 3 semaines et avons géré toutes nos réinscriptions de manière numérique. Toutes les équipes ont travaillé jour et nuit afin de maintenir le lien avec les élèves. Maintenir la flamme artistique était essentiel ; l’art est essentiel. Mais il fallait encore le prouver et c’est ce que nous avons fait. Nous étions sur le devant de la scène.

Nous avons reçu des centaines de témoignages de nos élèves qui ont gardé le lien avec l’art pendant le confinement, et le sourire avec ! Nous avons été un compagnon de confinement privilégié. Les départements Danse et Théâtre ont également fait des dizaines de vidéos, de cours en ligne, de films à la maison, de montages « home made » ainsi qu’un Vidéo Challenge sur le Lièvre et la Tortue qui a remporté un franc succès. Vous pouvez découvrir tout cela sur notre Blog et sur notre chaîne YouTube.


› Quel impact a eu la pandémie sur vos élèves, vos enseignantes et enseignants, et sur l’institution en général ?


Sur la durée, ce sont les groupes, les Chœurs, et puis le moral de chacun·e, qui ont le plus souffert de cette pandémie. Nous recrutons d’ailleurs encore pour le Chœur Grégorien adulte.

A la deuxième et la troisième vague, nous avons eu de la peine à entretenir l’envie et la motivation. Mais, même si les spectacles et représentations étaient suspendus, c’est grâce à la richesse de nos professeur·e·s, des cours individuels et des cours collectifs qui permettent de vivre de beaux moments de partage avec des pairs que les élèves sont restés avec nous.

Nous avons réussi à recruter de nouvelles vocations entre deux vagues, et, aujourd’hui, même si nous y avons laissé beaucoup d’énergie, je crois que les professeur·e·s, les élèves et le personnel administratif peuvent être très fier·e·s de la façon dont nous avons, ENSEMBLE, sublimé les circonstances impensables de la COVID. Notre secret a été la solidarité et la foi dans notre passion pour l’enseignement de l’art. Nous y croyons sincèrement !

A posteriori, je pense que l’on peut dire que c’est grâce à son histoire, ses ressources et son potentiel que l’Institution a réussi à avoir les reins suffisamment solides dans de pareilles circonstances. De cette expérience, nous retirons quelques avancées dans le domaine digital et nous continuerons à travailler dans ce sens. Nous avons aussi compris que nous avions un rôle central à jouer dans la société, et cela redonne confiance.


› L'incertitude ne touche pas seulement les écoles de musique ; elle joue aussi sur les concerts et les représentations en public. Comment composez-vous avec cette nouvelle donne ? Avez-vous été contraint d’abandonner des projets ? D’en modifier ? D’en inventer ?


Nous avons toujours soutenu les artistes de la scène, puisqu’ils ont souffert plus longtemps et plus profondément que dans l’enseignement. Non seulement car nos professeur·e·s sont également sur scène, mais aussi parce que cela fait partie de notre corps de métier.

J’ai encore une pensée solidaire pour celles et ceux qui reprennent leur activité tant bien que mal et malgré des restrictions sanitaires encore bien présentes.

De notre côté, nous avons dû nous passer des auditions au format classique et avons favorisé les auditions en micro-comité ainsi que les projets vidéos, sans spectateur. Même au théâtre, les pièces ont été captées pour que les parents puissent également en profiter. Nous avons reporté le grand spectacle bisannuel de la Danse au BFM. Nous avons eu quelques petites représentations avec un public ultra-restreint avec les Filières Préprofessionnelles pour lesquelles l’exercice sur scène devant un public est nécessaire.

En puis en juin, le contexte sanitaire évoluant, nous en avons profité pour organiser une « Faites de la musique » interne afin que nos élèves regoûtent au plaisir d’être applaudis et ovationnés.

Globalement, durant cette période, nous avons tout·e·s été frustré·e·s mais malgré cela, nous avons tout·e·s fait preuve d’une grande résilience et d’une capacité d’invention incroyable pour construire une pédagogie autour d’autres ressorts que la scène.


› Pour finir, tournons-nous un peu vers le futur : comment imaginez-vous les années à venir ? Quelles expériences conserver de cette année écoulée ? Quels grands projets avez-vous en tête ? Quelles sont vos perspectives pour l’avenir du CPMDT ?

Les années à venir sont jonchées de grands défis. Il faut cesser de penser que l’apprentissage artistique est dédié uniquement à l’élite et qu’il est le « complément » d’une bonne éducation.

L’apprentissage artistique doit être au cœur de l’instruction publique, plus fort que jamais ; d’une part pour rattraper les retards cognitifs et émotionnels pris pendant la pandémie et le manque d’interaction sociale, d’autre part pour que nos enfants d’aujourd’hui acquièrent les compétences qui leur permettent d’inventer leur emploi de demain.

On connaît le mal que font les écrans et le manque de lien social. Mais on connaît également le remède : plus de musique, plus de danse, plus de théâtre, et pour le plus grand nombre !

L’Orchestre en Classe et les systèmes approchants sont des réponses imparables et qui peuvent toucher tout le monde, dans tous les quartiers. C’est un partenariat magnifique entre le DIP et certaines écoles de musique, dont le Conservatoire populaire fait partie, précurseur et toujours moteur. Certaines communes, comme Lancy qui nous aide à développer ce projet, en ont bien saisi les enjeux.

En quelques mots, l’Orchestre en classe, c’est une classe de 7P ou de 8P qui devient un Orchestre à elle-seule. Ce projet permet de développer des Orchestres de toutes sortes. D’autres arts comme la Danse sont également inclus dans la démarche. Pour un Orchestre à vent par exemple, chaque élève reçoit, durant deux ans, un instrument : flûte ou clarinette, basson, trompettes, cors, tuba, euphonium, percussions…C’est un cadeau extraordinaire puisqu’il symbolise le fait que l’adulte fait confiance à l’enfant, le considère, croit en lui et en ses compétences. Durant deux ans, donc, la vingtaine d’élèves découvre et apprend la musique au sein de l’Orchestre géré par des professeur·e·s spécialisé·e·s et compétent·e·s.

Jouer dans un Orchestre est une incroyable expérience, reflet d’une société idéale dont la diversité est au cœur. La différence des instruments fait la richesse de l’Orchestre, tout comme la différence et la diversité des êtres humains font la richesse d’une société, d’un Canton. Si l’on est tous pareil, cela s’appelle l’uniformité. À l’Orchestre, on recherche justement la diversité pour former une vraie Unité. C’est un apprentissage essentiel par le vécu artistique, en plus de toutes les compétences cognitives, émotionnelles, sociales qui se développent à grande vitesse dans la musique.

L’ouverture à d’autres musiques, et notamment les Musiques actuelles représente un autre défi pour nous. Notre pôle de musiques actuelles est né il y a deux ans, mais ce n’est qu’aujourd’hui que nous pouvons le dire officiellement : au Conservatoire populaire, on peut à présent apprendre à jouer de la guitare électrique, de la guitare basse, du synthétiseur ou à chanter en s’accompagnant soi-même au piano, par exemple !

Nous renforçons aussi notre excellente section jazz en partenariat avec l’AMR en créant l’école de Jazz de Genève. Au sein des classes préprofessionnelles et préparatoires, nous formons une dizaine d’élèves qui entrent en Haute Ecole de jazz chaque année.

Prendre soin de chacun·e est également quelque chose qui nous tient particulièrement à cœur. C’est cela nous avons créé deux nouvelles sections. Un pôle d’enseignement à besoins particuliers pour accueillir véritablement tou·te·s les jeunes genevois.e.s dans nos cours. Nos professeur.e.s se forment petit à petit et nous réservons une place de choix à nos partenaires qui promeuvent l’école inclusive. Nous nous devons de réaliser cela dans les écoles artistiques.

Quant au pôle de prévention et de développement personnel, il regroupe les partenariats avec des Fondations et des Associations de préventions de tous types d’abus, mais aussi des cours de Feldekreis, des stages contre le trac, de la coordination respiratoire… La musique, la danse, le théâtre, c’est aussi dans le corps et dans la tête, c’est pourquoi nous essayons de prendre soin de notre personnel autant que de nos élèves.

Enfin, en 2022 : nous inaugurerons LES 6 TOITS avec la collaboration de Contrechamps, Eklekto et l’Orchestre de Chambre de Genève. Ensemble, nous reprenons deux silos de la zone industrielle des Charmilles pour en faire une salle de spectacles et des salles de cours, de répétitions et de créations.

En 2022 également, nous célébrerons les 90 ans du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre. Nous réservons au public genevois de belles manifestations et de nombreuses surprises !


› Mauricio, peux-tu nous parler de ton parcours et des différents ensembles dans lesquels tu joues ou que tu diriges ?

J’ai commencé l’étude du saxophone en Colombie quand j’étais enfant en approchant à la fois la musique classique, la musique populaire de mon pays, et la musique latino plus globalement. En arrivant ici, j’ai fais mes études à la Haute école de musique de Genève en classique et en parallèle à la HEMU en section jazz. Aujourd’hui, je suis professeur à l’Ondine Genevoise et en privé. Je suis membre du Quatuor Saxas et du Big up' band. Et puis enfin, je dirige le Big Band de Dardagny-Russin.


› Il y a une grande nouveauté chez Selmer, l'Alto Supreme, qu’en penses-tu ?

Le Supreme est un joli coup de la maison Selmer. Elle a réussi un bel assemblage, alliant un son homogène, une précision mécanique et une intonation formidable. C’est un excellent saxophone sur tous les points, qui va ravir tant les musiciens qui jouent du classique que ceux qui jouent des musiques actuelles. Ses qualités permettent au musicien de se concentrer sur la musique sans devoir lutter contre l’instrument. Il surfe sur la tendance actuelle, qui favorise un saxophone plus réservé et moins éclatant que son prédécesseur, le Série III.


› Par rapport au modèle que tu joues actuellement, quels sont les plus et les moins ?

Je joue sur un modèle Série III de chez Selmer, avec un corps en argent massif. Comparé à mon instrument, et d’une manière plus générale, au Série III, il est clair que les points évoqués ont été nettement améliorés. Toutefois, le Supreme est un instrument un peu plus centré et réservé. Cela le rend beaucoup plus facile et confortable à jouer, mais moins éclatant que le Série III. Il n’y a pas besoin de lui rentrer dedans pour qu’il sonne.


› As-tu déjà ressenti des sensations équivalentes sur un autre modèle ?

On peut retrouver certaines de ces qualités sur quelques modèles de chez Yamaha, notamment au niveau de la facilité de jeu, mais le son des saxophones Selmer est inégalable.


› Dans le contexte où Selmer reste le leader du saxophone, que penses-tu des marques qui sortent des sentiers battus telles que Cannonball ou Advences, face à des marques plus traditionnelles comme Yamaha ou Yanagisawa ?

Les marques comme Advences et Cannonball sont résolument tournées vers la musique actuelle et séduisent beaucoup les jeunes par leur esthétique sortant de l’ordinaire. Les personnes qui pratiquent des musiques modernes, pop, jazz les apprécient car ils sont moins exigeants que les Selmer, tout en délivrant un son riche et en ayant une signature sonore propre. Je pense quand même qu’avec ce nouveau modèle, ce schéma pourrait changer.


› Comment vis-tu la situation actuelle en tant que musicien ?

La situation sanitaire est difficile car les concerts et le lien avec le public me manquent. Mais cela m’a aussi donné l’occasion de mettre en place de jolis projets, notamment plusieurs enregistrements à distance, y compris avec l’Amérique Latine. Aujourd’hui, la technologie permet heureusement cela. Cela ne remplace pas les concerts, mais comme ça on peut garder un lien avec les autres.


› Et en tant que professeur ? Cours à distance, en présentiel, y a-t-il des choses à garder de tout cela ?

La musique est un art vivant et qui a besoin d’interaction pour être vécu. C’est très délicat de l’enseigner à distance. Les inégalités d’équipement font qu’il est compliqué de travailler correctement avec les élèves. On ne peut pas corriger la posture, ni le son, ou indiquer un rythme. Durant la période d’enseignement à distance, les enfants étaient très heureux d’avoir leur cours car ça leur faisait oublier la situation actuelle. Maintenant qu’ils sont revenus en présentiel, ils sont encore plus motivés qu’avant.


› Quels sont tes projets musicaux pour la suite ?

Avec les différents ensembles dont je suis membre nous avons pas mal de concerts qui se profilent pour la deuxième partie de l’année. Avec le  Big up' band pour l’automne, avec Balenque (un groupe de musique brésilienne) à l’Alhambra, et cet été avec l’OSR sur la scène Ella Fitzgerald. Avec le Quatuor Saxas, nous sommes également en train d’écrire et éditer un livre de contes et musiques pour enfant avec des compositions originales.  

test


› Matthias, peux-tu nous raconter ton parcours musical ?

Mon parcours débute tardivement, car je ne me suis lancé dans la carrière musicale qu’à 20 ans. J’ai d’abord hésité avec le milieu pictural, dans lequel je suis né, avant de me découvrir une vraie passion pour la musique grâce à des expériences d’orchestre et à diverses opportunités d’enseigner la clarinette dans de nombreuses écoles de musique.

Plus tard, durant mes études à la Haute Ecole de Genève chez Thomas Friedli j'ai également intégré l’Orchestre symphonique à vents de l’Armeespiel en tant que clarinette solo. Cette expérience m’a ouvert l’esprit sur des pratiques de répertoire que j’ai d'abord développées au Conservatoire Populaire de Musique, qui m'a engagé à la fin de mes études supérieures par la création d’un orchestre d’harmonie d’élèves avancés. Puis, parallèlement à mon poste d’enseignant de clarinette au Conservatoire Populaire, je me suis formé à la la direction d'Orchestre en classe pour la section des vents il y a 7 ans par Éric Völki, l’initiateur de ce projet sur le canton de Genève.


› Peux-tu nous présenter le projet de l’Orchestre en classe ?

Le principal objectif de cette expérience est de permettre à des enfants provenant de milieux défavorisés d’accéder à la pratique musicale. Cette dernière, réalisée collectivement, permet de développer des compétences dans d'autres domaines scolaires, ainsi qu’une discipline utile aussi bien au niveau individuel qu’au niveau du groupe. L’écoute, la concentration, l’entraide, le dépassement de soi font partie intégrante de cette expérience pour chaque enfant.

Ce projet s’est d'abord implanté à Zürich en 2008, avant d’arriver il y a presque 10 ans sur Genève, où il a d'abord été mis en place dans les écoles primaires du réseau d’éducation prioritaire. Mais la Ville de Lancy a par exemple ensuite ouvert des orchestres d'instruments à vent, à cordes et de percussions dans l’ensemble de ses écoles communales. Finalement, le projet s’est considérablement développé en 10 ans : on compte actuellement 15 classes primaires pour les vents et 10 classes pour les cordes, ainsi qu’une classe de percussions. C’est un record en Suisse romande !


› Comment cela se déroule concrètement un Orchestre en classe ?

Les enfants concernés par le dispositif "vent" dont je m'occupe ont entre 10 et 12 ans. Ils débutent l’orchestre en 7P Harmos puis le poursuivent en 8P.

Les instruments sont prêtés par le Conservatoire Populaire de Musique Danse et Théâtre. Après une phase de choix, cruciale, et avec l’aide de professionnels de chaque instrument, les enfants en sélectionnent un qu’ils conserveront pendant deux ans. Le travail s’effectue sur deux périodes consécutives de temps scolaire. Dans ce dispositif, la maîtresse de musique de l’école ainsi que le ou la titulaire de classe participent activement et prennent, comme les enfants, un rôle d'apprenants dans l’apprentissage d’un instrument. Des professionnels en chaque instrument viennent également ponctuer ces deux années par du coaching pour les élèves.


› Quels sont les genres d’instruments représentés ? Et quels sont ceux qui ont le plus de succès auprès des musiciens en herbe ?

Une très grande partie de la famille des vents est représentée dans ces orchestres en classe : flûte traversière, clarinette, saxophone, basson, trompette ou cornet, trombone, euphonium, voire même le tuba ! La batterie et certaines percussions mélodiques sont également présentes. Mais il n’y a pas à proprement parler des instruments qui récoltent plus de suffrage que d’autres. Cela dépend beaucoup des volées, et les choix sont réalisés selon les demandes des enfants, qui élisent toujours 3 instruments qui leur ont bien plu lors des essais au début du projet. Cela augmente donc les possibilités de réaliser un orchestre équilibré entre bois et cuivres.


› Qu'est-ce qui rend l’accès à la musique pour les jeunes, en particulier les enfants, si important ?

La pratique musicale développe chez les enfants des capacités de mémorisation, de concentration, de motricité, de coordination, de créativité au travers de ce langage universel. De plus, cette démarche permet aux enfants de s’ouvrir sur des pratiques musicales variées qui leur apportent une plus grande sensibilité au monde qui les entoure. Elle leur donne l'opportunité de toucher et de faire vibrer un instrument, et de vivre des expériences formidables à travers les concerts publics qui sont organisés en différents lieux durant les deux ans du projet ! Même si la plupart des enfants ne continuent pas l’étude d’un instrument après cela, cette expérience reste gravée en eux, et ressortira peut-être un jour au cours de leur vie.


› Quel est ton meilleur souvenir d’Orchestre en classe ?

Difficile d'en choisir un... Peut-être les productions réalisées avec l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) pour la Fête de la Musique. Elles ont permis aux jeunes de jouer une création d’Arturo Corrales autour de légendes fantastiques avec des professionnels.


› Enfin, quels sont les projets importants à venir pour l’Orchestre en classe prochainement ?

Il y en a quelques uns : nous avons par exemple un projet spécifique avec l'OSR pour juin 2021 (Orchestre en classe "vents" et "cordes"), et une collaboration avec l’Harmonie Nautique, qui permettra aux jeunes musiciens de se retrouver dans une formation similaire à la leur, mais en beaucoup plus grand !


› Quelles sont les finitions les plus récurrentes dans le domaine des cuivres? Qu’est ce qu’une finition standard par opposition à une finition spéciale ou custom (personnalisée)?

Les finitions standard les plus courantes sont le verni transparent ou l’argenture brillante. On entend par là les finitions habituelles d’usine, proposées par les marques d’instruments.

Certaines finitions spéciales sont possibles en usine lors de la commande mais il faut le plus souvent se tourner vers des magasins possédant des ateliers spécialisés dans la transformation et la restauration d’instruments.


› Quelles sont les finitions spéciales les plus utilisées de nos jours? Est-ce que ces finitions ont changé dans le temps, disons par rapport à 25 ans en arrière (une génération de musiciens)?

Les finitions spéciales les plus demandées aujourd’hui sont l’aurification, le sablage, le verni mat, le noircissage, ou même parfois des vernis teintés.

Les finitions ont beaucoup évolué avec le temps. D’un point de vue esthétique d’abord, puisque, par exemple, les instruments ont longtemps été ornés de grandes gravures sur le pavillon mais aussi sur les parties mécaniques, ce qui a totalement disparu aujourd’hui. D’un point de vue qualitatif également, puisque l’évolution des connaissances et des technologies, notamment dans la composition des vernis, a permis de créer des composants beaucoup plus résistants qu’avant.

La mode des finitions est quelque chose de cyclique. On voit aujourd’hui un retour des finitions mates, que ce soit argentée, vernie ou aurifiée, ce qui se faisait beaucoup dans les premières décennies du XXe siècle. Associé avec des parties polies (par exemples les pompes d’une trompette), cela donne un très bel effet.

La grande différence est que l’on peut aujourd’hui appliquer un verni mat sur l’instrument au lieu de passer par le sablage de la matière. Cela n’était pas possible il y a encore quelques années, car les connaissances au niveau des vernis ne le permettaient pas.


› Quelles sont les finitions les plus difficiles à réaliser et pourquoi? Et les plus coûteuses et pourquoi?

Le vernissage est la finition la plus difficile à réaliser, si l’on veut obtenir un bon résultat. En effet, le verni ne pardonne aucune imperfection. L’instrument doit être parfaitement préparé et ne montrer aucun défaut de matière, ni rayure de polissage. C’est l’une des raisons pour laquelle les instruments haut de gamme se distinguent des autres. Cette préparation minutieuse demande beaucoup de temps et de savoir-faire.

Il faut ensuite que le vernissage soit parfaitement maitrisé. Il faut utiliser des vernis spécialement conçus pour les instruments et, en plus d’avoir une grande maitrise du processus, être équipé d’ateliers hors-poussière. Sans ça, les risques d’avoir des imperfections ou des coulures sont grands, sans parler du fait que le vernis peut ne pas tenir si il est mal réalisé.

Certaines finitions, comme par exemple une argenture accompagnée d’un sablage et d’un vernissage, peuvent également se révéler assez coûteuses en raison du nombre d’étapes importantes à exécuter, ainsi que du savoir-faire nécessaire et de l’équipement requis.


› Est-ce que les finitions « changent le son » de l’instrument? En particulier les plaquages or ou argent et les finitions telles que le sablage par exemple?

C’est un vaste débat qui anime les musiciens depuis longtemps… Certains sont convaincus de l’influence d’une finition ou d’une autre sur un même instrument. On ne peut pas nier qu’il y a des différences, mais toute la question est de déterminer ce qui les provoque. En effet, on sait que l’épaisseur du traitement a un impact – mais quelle est la part de changement due aux autres actions nécessaires ?

Prenons le cas d’une restauration sur un trombone, qui était à l’origine verni et pour lequel nous voudrions une finition argentée mate. Il faut tout d’abord démonter l’instrument, le dévernir, le décabosser, le polir, le sabler, l’argenter et, éventuellement, poser un verni par-dessus pour éviter l’oxydation. Il est évident que la sonorité de l’instrument sera différente après ces interventions – mais comment dire laquelle a le plus d’influence ? Je pense que cela pourra encore longtemps alimenter les discussions entre musiciens avant et après les concerts…

Le sablage n’a en principe pas d’incidence majeure sur le son, à condition qu’il soit bien réalisé. C’est une étape très délicate. Les risques principaux sont soit de « creuser » la matière (ce qui va la rendre très fine et fragile), soit d’écrouir la matière (ce qui va la rendre dure et lui faire perdre ses propriétés acoustiques).

Il faut bien avoir à l’esprit que le plus important c’est la construction et la géométrie de l’instrument et non sa finition. Le savoir-faire d’un constructeur et la qualité des matériaux utilisés sera toujours prépondérant sur la finition extérieure d’un instrument.


› Sommes nous capables de tout faire chez Servette-Music ? Avons-nous des sous-traitants et dans quel domaine ?

Nos ateliers sont là pour répondre à toutes les demandes particulières pour les cuivres ou pour les bois. De la mécanique à l’esthétique, en passant par l’intonation, nos spécialistes sont prêts à répondre aux besoins de chacun, allant même jusqu’à la fabrication d’instruments sur mesure, notamment les clarinettes et les trombones.

Concernant plus précisément la question des finitions, nous faisons la plupart des étapes dans nos ateliers, mais il nous arrive parfois de faire appel à des spécialistes pour certaines finitions particulières.


› Bien que le saxophone soit un bois, il est parmi les instruments qui utilisent le plus les gravures et finitions spéciales, ainsi que les alliages et les matériaux spéciaux. Qu’en est-il des possibilités de customiser son saxophone et quelles sont les différences sonores en fonction des alliages/finitions spéciales?

Le saxophone, comme tous les instruments fabriqués en métal, peut tout à fait être customisé.

Les métaux utilisés pour la fabrication de l’instrument, comme pour la famille des cuivres, auront une influence acoustique évidente du fait de la souplesse de la matière utilisée. En plus du laiton, le plus répandu, on trouve également des instruments avec des parties en bronze, en argent ou en maillechort. La part d’influence du matériau sur le son est largement plus importante que la finition de surface.

Quoi qu’il en soit, les différentes finitions énoncées dans ces quelques lignes sont tout à fait valables pour les saxophones. De même, sur les autres instruments de la famille des bois, tels que les clarinettes et le hautbois, des finitions spéciales sur le clétage peuvent également être envisagées.


› Francesco d'Urso, Moya Trombones existe depuis maintenant 15 ans. Quel est le secret de votre longévité ?

Depuis que nous avons commencé à jouer ensemble, la confiance a toujours été un élément central de notre collaboration. Le principal, c'est de savoir que l'on peut se reposer les uns sur les autres, et que chacun reste engagé dans le groupe, même s'il a aussi d'autres projets.

Ces projets nous permettent aussi d'entretenir une saine compétition, car aucun d'entre-nous n'aime avoir l'impression de rester sur le carreau. Donc quand l'un de nous prend une place dans un orchestre prestigieux, cela motive les autres à redoubler d'efforts.


› Vous avez un nouveau spectacle ; pouvez-vous nous en dire un mot ?

D'abord, c'est un bon mélange de musique et théâtre, créé en collaboration avec Michel Rossy, metteur en scène genevois. Moya Trombones a créé les arrangements basés sur la musique que nous aimons jouer, et que nous avons envie de faire découvrir au public.

Le concept de base est de casser l'image du musicien classique, ultra-sérieux et coincé qui joue avec austérité. Nous présentons donc quatre musiciens déjantés, dans un contexte original. Et je peux vous dévoiler un petit secret : au milieu, nous avons réintégré un opéra d'un compositeur italien (dont je tairai le nom car il faut garder un peu de mystère ;-).

(NdlR : Moya Trombones présentera son spectacle au cours de résidences à Montpellier en avril, à Nantes en juin, et en juillet-août dans un lieu à définir. Ne manquez pas de les suivre sur leur site moyatrombones.com pour avoir les dates exactes!


› Vous venez d’être endorsé la marque Vincent Bach. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

A mon avis, Vincent Bach, c'est le sommet en termes de partenariat artistique pour un musicien/tromboniste. J'ai essayé diverses marques, mais la seule qui m'a toujours satisfait est Vincent Bach. Leurs instruments ont toujours eu une touche spéciale, et offrent le meilleur compromis pour jouer en orchestre, solo et en musique de chambre. Le son reste rond et chaud dans tous les registres et nuances... Et puis c'est aussi un partenariat qui, nous l’espérons, devrait nous ouvrir des portes pour jouer dans de prestigieux festivals et salles de concerts en Europe et pourquoi pas aux USA...


› Pourquoi avez-vous choisi de jouer des trombones équipés du système Vibrabell et de cylindres Hagmann?

En 2009, mon cadeau de fin d'étude a été un trombone Vincent Bach équipé d'un système Vibrabell. J'étais soufflé. Ajouter un barillet Hagmann étais simplement le couronnement de ma recherche car ce sont des systèmes qui améliorent la qualité du son et le confort de jeu : il n'y a pas de gaspillage d'air, le rendu est homogène, et les graves sortent avec facilité.Depuis juin 2019, j'ai fait équiper mon trombone avec le barillet Hagmann GEN 2, et là, le son est encore plus centré et homogène, et les paliers sont encore plus rapprochés.


› Quelle est votre expérience avec Servette-Music ?

Je connais Servette-Music depuis mes débuts : mon professeur en Italie était l'un des premiers clients de René, et il en a toujours parlé comme d'une référence.

Lorsque je suis arrivé en Suisse en 2005, j'avais cassé la housse de mon instrument – je suis très maladroit – et j'ai donc enfin pu rencontrer René. J'étais ému, car pour moi il était une légende. Et j'ai immédiatement été impressionné par la disponibilité et l'écoute dont il faisait preuve ; la patience, même, car nous les musiciens, nous sommes parfois capricieux. Mais René et Claudio sont très ouverts et toujours prêts à concrétiser nos idées les plus saugrenues.

Pour résumer, je dirais que les possibilités que Servette-Music offre à un musicien, professionnel ou amateur, en termes de customisation, sont immenses, et pour moi c'est magique.


› René Hagmann, quelle est l’histoire du projet Free Flow© ?

J’ai commencé à développer les cylindres Free Flow© pour résoudre certains problèmes inhérents aux cylindres de trombones classiques, afin d’améliorer les qualités de son et d’émission.

Une partie du son caractéristique du trombone provient de son flux d’air long et droit. Les courbures des cylindres Free Flow© sont conçues pour réduire les problématiques qui surviennent lorsque les angles sont prononcés, et cela permet une plus grande homogénéité lorsqu’ils sont engagés. Le cylindre Free Flow© offre ainsi un son plus riche en harmoniques et plus homogène ; et il est aussi beaucoup plus ergonomique et facile à entretenir.

Ce qui fait toute la différence, c’est que la Free Flow Valve© reste étanche presque indéfiniment, et qu’elle est équipée d’un système de lubrification spécial. Cela lui assure une grande précision et une durabilité tellement grande qu’elle peut accompagner un musicien tout au long de sa carrière. Depuis leur création, nous n’en avons d’ailleurs remplacé tellement peu que nous les comptons sur les doigts d’une main.


› Les cylindres Free Flow© sont une référence internationale. Quel a été le cheminement pour arriver à ce succès ?

Le bouche-à-oreille a fait son œuvre (sourire). De musiciens professionnels en fabricants, nous nous sommes retrouvés en train d’équiper les gammes professionnelles des plus grandes marques. Je pense que c’est en grande partie dû au fait que c’est un dispositif qui a été conçu de concert avec des musiciens pour améliorer le rendu sonique à travers une mécanique irréprochable, tant du point de vue de la conception que de celui de la production.


› Quelle est la réponse des clients aujourd’hui vis-à-vis de la nouvelle génération de cylindres GEN II ?

La réception a été très favorable dans la mesure où la seconde génération est une évolution de la première. Nous avons aussi l’avantage du fait que les musiciens ne s’attendaient pas à une mise à jour, puisque la première génération était aboutie et que personne n’était fondamentalement déçu. Vous savez, en musique comme en mécanique, on recherche des solutions élégantes : c’est beaucoup cet aspect qui a fait l’objet de nos efforts.

La GEN II jouit d'un fonctionnement encore plus fiable, avec une mécanique plus stable grâce à une meilleure répartition des poids et des masses de la matière. Cela nous a permis d'obtenir une acoustique optimisée. Nous voulions faire encore mieux, et si le plus gros du travail a été de pouvoir imaginer ce qu’on pouvait améliorer, nous avons aussi passé beaucoup de temps à mettre en place la production pour qu’elle soit à la hauteur de nos prototypes en termes de qualité.

Cela fait 3 ans que nous avons mis en vente les premiers modèles de GEN II. Au final, les clients jugent la Free Flow Valve© avec leurs oreilles, et c’est tout ce qui compte. Et nous leur faisons confiance pour nous dire que le son qu’ils entendent est nettement meilleur.