› Bonjour Marie, tu es clarinettiste professionnelle et professeure de clarinette au Conservatoire populaire, peux-tu présenter ton parcours musical ?

Mon parcours a essentiellement été un parcours de musicienne classique, à travers divers conservatoires, avec des clarinettistes tels que Bruno Martinez, Romain Guyot, et Florent Héau. J’ai ensuite terminé mes études à la HEM de Genève, un cursus au cours duquel j’ai tout de même fait une pause entre le Bachelor et le Master. Ça m’a permis d’aborder d’autres types de musique et d’autres milieux. Le tournant a été radical pour moi, car je me préparais alors au concours d’orchestre mais j’ai finalement tiré un trait sur ça. J’ai réalisé que j’avais envie de faire d’autres choses, notamment du spectacle, des groupes de chansons… J’ai donc conservé cette ouverture, et je ne suis plus jamais revenue en arrière.

Mes premiers groupes ont été Matka, un ensemble de musique contemporaine, et lorsqu’on s’est séparés, j’ai intégré Vidya. J’ai fait l’expérience de la gestion d’une petite institution : monter des dossiers de subventions, des programmes… J’ai aussi régulièrement travaillé avec Contrechamps, et également fait partie d’un trio de musique de chambre (clarinette/violoncelle/piano) qui s’appelait Prisme.

Aujourd’hui, je fais partie de la fanfare du Loup, je joue dans un trio qui s’appelle Meigmata, avec lequel on fait des compositions sous la contrainte de les composer à partir d’une métrique asymétrique ou impaire. Je joue aussi dans un groupe d’impro libre, qui s’appelle Parasite / sans S, un quatuor de bal folk, un répertoire auquel on se réfère comme néo-trad, qui s’appelle Frères de Sac 4tet, et bien sûr Id-Pop, avec Sergio, qui est un groupe de pop francophone. Enfin, je donne des cours au conservatoire, sur lequel je concentre mes disponibilités pour ce qui concerne l’enseignement.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche a-t-elle évolué avec le temps ?

En tant que musicienne, et pour ce qui est du répertoire de la clarinette, mes styles préférés englobent tout ce qui est moderne et contemporain. Il y a bien sûr aussi de très belles pièces romantiques, et j’affectionne particulièrement la musique des Balkans et le jazz. Après, je ne joue pas typiquement de jazz, mais c’est un territoire que je développe avec la fanfare du Loup.

En tant que mélomane, j’écoute beaucoup de choses très variées : de la musique baroque, un peu de rock… J’aime bien les musiques complexes, les grosses pièces d’orchestre comme le Sacre du printemps de Stravinsky, ou le Concerto pour orchestre de Bartok. Et puis d’une manière générale, j’aime beaucoup toute les musiques traditionnelles au sens large. Toutes ces musiques que j’ai découvertes, de tous les pays, et particulièrement de France : la musique bretonne, auvergnate, savoyarde… Cela se distingue du folklore, car c’est moins lié à des fêtes de village, et plus intégré dans le quotidien des peuples. D’ailleurs je joue un peu de Duduk, un instrument traditionnel qui me permet d’aller chercher de nouvelles idées.


› Quelles sont tes influences principales ?

Mes influences viennent d’abord de chaque concert auquel j’ai assisté. Je ne jouais plus de la même façon après avoir écouté Portal et Galliano, par exemple. Evidemment, tous les styles qui m’intéressent m’influencent : la manière de jouer, les types de sons. Je suis très perméable, et bien sûr les rencontres que j’ai faites, les musiciens que je côtoie me marquent beaucoup. Les gens très créatifs, ou qui sont très spontanés, les improvisations et les solos très expressifs, laissent en général un empreinte assez forte sur mon propre jeu et mon approche. En collectif, le ping-pong d’idées enrichit évidemment ma manière de jouer. J’aime cette création dans laquelle on développe un thème ou une mélodie au point de ne plus savoir d’où ils viennent.


› Tu joues sur Buffet Crampon, quelles sont les qualités de ces instruments pour toi ?

J’ai une RC Prestige en Sib avec un corps en Greenline, un baril et un pavillon en bois. J’ai choisi cet instrument avec Bruno Martinez, mon professeur de l’époque, qui est un connaisseur, en allant directement à l’usine Buffet Crampon. J’aime particulièrement la facilité de jeu, et la possibilité qu’elle offre de changer de timbre aisément, en modifiant ma façon de jouer, le bec, ou les anches. C’est un instrument avec lequel je me sens très bien. J’ai aussi une RC en La customisée au niveau de l’intonation. C’est une clarinette que j’ai rachetée à mon professeur Romain Guyot, dont j’aime beaucoup la sonorité chaude et ronde. Il pourrait manquer un peu de brillance et de facilité de jeu, mais cela me permet de m’investir dans l’instrument à travers le travail que je fais avec. Enfin, j’ai une clarinette basse Tosca, qui est ma dernière acquisition. Je lui trouve une sonorité très douce, très pure, avec une grande facilité de jeu dans les aigus. Elle a aussi une belle projection, et comme elle est un peu plus courte, elle a beaucoup de punch, ce qui convient notamment avec la fanfare du Loup, car elle perce bien dans l’ensemble sonore, tout en gardant une grande chaleur. J’ai aussi de nombreuses fois joué de la clarinette contrebasse, et j’apprécie cet instrument qui grogne, très organique, même s’il est assez “high maintenance”. Les slaps sont énormes, il y a des multi-phoniques très riches.


› Je crois savoir que ton jeu a évolué avec le temps, peux-tu nous en parler ?

Mon esthétique de son idéale au début était vraiment le son classique très pur. Je détestais d’ailleurs le vibrato, que je trouvais de très mauvais goût. Et puis un professeur a su me faire entendre un léger vibrato en fin de note, ce qui a radicalement changé ma manière de voir les choses. En quittant la musique classique, et en m’intéressant aux musiques traditionnelles, j’ai ensuite découvert d’autres type de sonorités, et j’ai été surprise par la palette expressive qu’il est possible de couvrir. Du coup je me suis penchée sur les diverses variétés de sons, de la clarinette New Orleans qui piaille dans les aigus, aux instruments plus venteux, hyper expressifs dans leurs soi-disant défauts. Je joue encore avec un son très pur, coloré par du vibrato, du slap, du growl, etc., mais j'ai envie d'aller plus loin dans l'aspect granuleux du son. J’ai encore un peu de mal avec certains vibratos, comme le vibrato à la Sidney Bechet, car c’est parfois trop pour moi. D’une manière générale, mon écoute a énormément évolué, notamment à travers l’improvisation, où si je garde mon jeu classique, ça devient vraiment ennuyeux. Le nuances de jeu, les palettes de son, les ghost notes, toutes ces choses se sont ajoutées à mon approche et contribuent à enrichir mon jeu.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une clarinette ? Que conseilles-tu à tes élèves de considérer dans leur choix ?

Pour moi la première chose reste le son. La facilité de jeu est super importante aussi, car on peut aimer le son d’une clarinette, mais si on doit se battre contre elle ça n’ira pas non plus. L’homogénéité de l’instrument permettra de pouvoir se balader sur tous les registres, et je recommande aussi de tester toutes les nuances pour ne pas se sentir limité en jouant fort, et ne pas avoir trop de mal en jouant doucement. Enfin, je recommande aussi toujours d’avoir quelqu’un qui puisse donner un feedback sur le son, donc une oreille extérieure, parce qu’entre l’impression qu’on a en jouant et celle du public, il y aura toujours un décalage.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ? Y a-t-il un instrument qui t’a tapé dans l’œil ?

Concernant la clarinettes en Sib, j’ai eu un faible pour la Légende, que j’ai trouvée très facile de jeu, très pure, vraiment maniable à tous points de vue, la sensation ergonomique et la facilité de jeu, en ayant un tres joli timbre. La Tosca était aussi très agréable à jouer, un peu plus ronde. En La, la Divine emporte mon approbation. C’est une clarinette très douce et raffinée, à tel point que je n’avais plus envie de la lâcher. Et dans les clarinettes basses, la Tosca sans extension est souple et pure, et offre une palette sonore tres large. Vous aviez aussi une Selmer Privilège qui m’a surprise, car elle était plus facile à jouer que je ne le pensais. Elle a une autre esthétique sonore que les Buffet Crampon, très intéressante.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

C’est un lien de fidélité. Vous êtes toujours disponibles, avec un accueil chaleureux, et on finit par connaitre tout le monde chez vous, ce qui est agréable. Servette-Music est un endroit où je peux en toute confiance demander des conseils et essayer des choses. Il y a énormément d’instruments et de matériel. Je viens essayer tous les becs qui m’intéressent pour mes élèves, et je peux prendre le temps de m’installer et de choisir du matériel, ce qui est très précieux. Des gens de Servette-Music m’ont aussi donné des idées, fait essayer du matériel qui m’a amené à transformer mon jeu. Typiquement, Sergio m’a proposé d’essayer un micro interne, ou les effets sur un pedalboard, que j’ai intégrés à mon setup. Et puis tout ça a fini par créer des liens d’amitié, ce qui n’est pas un détail.


› En tant que musicien, on passe sa vie à apprendre. Quelles sont les dernières frontières que tu as repoussées musicalement ?

On continue bien sûr toujours à apprendre. Les dernières frontières que j’ai repoussées ont été l’improvisation, la composition collective en groupe, et la composition écrite seule, c’est-à-dire concrètement moi toute seule à ma table, devant une page blanche, et devant écrire pour 12 musiciens de la fanfare du Loup. J’ai par ailleurs démarré une formation autour de la respiration, qui reste fondamentale pour notre instrument. Pour ça je suis allé voir une spécialiste, Blandine Calais-Germain, et je pense qu’il était bien temps de m’occuper de cet aspect du jeu. Je suis aussi une formation d’harmonie jazz en ligne, qui fait partie des choses que je voulais approfondir.


› Quels sont tes projets actuels, tes défis, et tes envies pour le futur ?

Avec Meigmata, un trio batterie/piano/clarinette au sein duquel nous composons ensemble avec pour règle du jeu de composer avec des métriques impaires asymétriques. Nous sommes influencés par la musique des Balkans, qui emploie beaucoup ce genre de métriques, et nourri de jazz à travers nos différentes approches. Nous faisons donc aussi un peu d’improvisation.

Avec Parasite / sans S, un groupe d’impro libre totale, c’est le grand lancer dans le vide à chaque fois. Nous jouons sur-mesure en fonction des lieux et des contextes dans lesquels nous nous trouvons. Nous avons fait des ciné-concerts, avec de la danse, pour la remise du prix de BD Topfer. Ce sont ces contextes qui influencent notre musique, de nouveau dans une formation batterie/piano/clarinette. C’est pour moi le terrain de jeu de la clarinette sonorisée, avec utilisation de pédales d’effets.

Je joue également avec Frères de Sac 4tet, un quatuor de musique néotrad associée au bal folk, donc nous pouvons jouer pour du bal folk et en concert. Nous faisons ou bien des arrangements autour de musiques traditionnelles, des musiques collectées, retranscrites et arrangées à notre manière, ou bien des compositions de notre accordéoniste arrangées en groupe. Dans ce groupe, on retrouve des instruments un peu plus exotiques, tels que le nyckelharpa, la cornemuse, des flûtes à bec, de l’accordéon diatonique… Nous sommes deux à y jouer de la clarinette basse, ce qui fait son petit effet sur scène.

Je joue aussi dans Id-Pop avec Sergio Barbieri, un groupe pop-rock qui comprend voix/guitare/clarinette/boite à rythme. C’est de la musique que je n’aurais jamais abordée sans la rencontre avec Sergio, mais mes préjugés sur la pop ont été complètement désamorcés à partir du moment où j’ai commencé à travailler dessus. Avec Id-Pop nous avons plutôt fait du studio, et très peu de concerts jusqu’à présent, mais c’est l’étape à venir. C’est intéressant pour moi de travailler la différence entre des musiques qu’on enregistre en studio, avec autant de voix qu’on souhaite, et leur versions en concert à trois, où se pose la question de savoir ce qu’on garde de l’identité d’un morceau pour le faire vivre en live.

Je joue aussi dans la fanfare du Loup depuis un an et demi, un collectif avec des thématiques de concert hyper variées, allant de la cumbia, au hip-hop, au spectacle de marionnettes, à la poésie… C’est très hybride comme musique, et chacun y est appelé à arranger ou à composer, ce qui donne une jolie palette à l’orchestre, et des concerts assez surprenants.

En termes de défis, en ce moment pour moi c’est l’improvisation, davantage dans le style jazz, en trouvant mon chemin en gardant une certaine identité sans faire de copier/coller. Avec la fanfare du Loup, le challenge est de continuer à mener des projets jusqu’au bout, ce qui n’est pas si facile car cela prend du temps. Enfin, mon envie en ce moment est de revenir à la scène du spectacle, qui exige un investissement de temps assez colossal pour la création et la mise en place.


› Quel est ton meilleur souvenir musical ?

Mon premier choc musical était l’écoute du Sacre du printemps de Stravinsky en fouillant dans la discothèque de mes parents. Mon dernier souvenir dans les études était le Concerto pour orchestre de Bartok dirigé par Gabor Takács, qui est capable de faire lever tout un pupitre de violons pour qu’il soit plus mobile et que les musiciens s’éclatent en jouant. Et puis il y a un concert de Steve Reich avec Contrechamps auquel j’ai participé lors d’une fête de la musique dans la cour du Musée d’art et d’histoire. Voir les gens debout, avoir le sentiment d’embarquer tout un public était une expérience formidable.



› Bonjour Marek, tu es professeur de guitare classique au Conseratoire Populaire depuis 2005, quel est ton parcours musical ?

Mon parcours est un peu atypique. J’ai commencé sérieusement la guitare tardivement à l’âge de seize ans en arrivant de Pologne. Après mon Bac International je suis entré à l’Université de Genève en musicologie. Pour poursuivre ma formation, j’ai cherché un professeur de classique qui pouvait aussi m’initier au flamenco, un style qui m’avait toujours attiré. Je l’ai trouvé en la personne de Pedro Ibañez qui enseignait dans la région parisienne. En même temps, l’Université permettait de suivre les cours théoriques du diplôme du Conservatoire au sein d’un cursus spécial, et j’ai pu compléter ainsi ma formation.

Quand j’ai atteint la demi-licence, je suis parti pour la Manhattan School of Music à New York. J’y ai fait des rencontres formidables qui m’ont permis de beaucoup évoluer. Cette année a été très riche du point de vue musical. J’ai étudié avec le grand guitariste Manuel Barrueco, j’ai rencontré le compositeur Arthur Kampela qui est devenu mon ami. Nous allions dans les petits clubs de jazz où l’on pouvait encore voir les grands musiciens de l’époque tels que John Scofield, Joe Lovano ou Egberto Gismonti.

De retour à Genève, j’ai terminé l’université, et je suis rentré en virtuosité à Lausanne dans la classe de Dagoberto Linhares, où j’ai obtenu la Licence de Concert en 1996. Voilà pour le côté académique. Parallèlement, j’ai rencontré un immense pianiste classique, et un pédagogue hors-normes, György Sebők, à Bloomington. Je suis d’abord allé le voir comme auditeur dans ses masterclasses à Ernen, puis je suis devenu un des rares guitaristes qu’il a acceptés comme participant. Son approche humaniste de la musique m’inspire tous les jours.

Depuis toujours j’ai beaucoup enseigné dans le privé, puis en 2005, j’ai obtenu un poste au Conservatoire Populaire, où je me sens très à l’aise au sein d’une formidable équipe. A côté de l’enseignement, je me suis aussi lié d’amitié avec des musiciens d’un groupe celtique, Celtofools, avec lesquels j’ai joué beaucoup de concerts sur les scènes romandes. J’ai aussi accompagné Oscar Mancino, un baryton italien, spécialiste de Bel Canto Napoletano, dans le répertoire de chanson napolitaine.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment as-tu évolué avec le temps ?

La musique de Bach m’a toujours fasciné. Depuis une dizaine d’années, je poursuis un projet novateur avec un ami de trente ans, Ricardo Lopes Garcia, un de mes premiers profs. L’idée est de repenser les transcriptions pour guitare avec comme base un accord inédit, et tout revoir : les doigtés, l’articulation, et l’harmonisation. Nous essayons d’imaginer ce que Bach aurait fait sur cet instrument qui n’existait pas à son époque. Il y a deux disques à la clé, enregistrés par le mythique preneur de son Jean-Claude Gaberel, et nous continuons à travailler animés par la même passion.

Mon autre style de prédilection est le flamenco, que j’ai découvert avec Paco de Lucìa. La première fois que j'ai assisté à un de ses concerts, j’ai entendu des passages qu’auparavant j’avais pensé être exécutés par plusieurs guitares. Mais non, c'était juste lui. Il faut le regarder jouer pour se rendre compte de la profondeur de son talent, car il n’a pas laissé d’élèves derrière lui, auxquels il aurait enseigné ses techniques. Il n’y a pas une école ou une méthode Paco de Lucia. Je regarde donc des vidéos, et c’est toujours impressionnant d’observer la modernité de son approche, ses doigtés, ses harmonies et son éblouissante technique. C’est une manière d’entrer dans son monde à lui. L’objet n’est pas de copier, mais de passer par là, pour s’inspirer de son style de composition.

Je me suis aussi récemment intéressé aux guitaristes folk qui emploient des techniques de picking comme Chet Atkins, ou Tommy Emmanuel, et dont le jeu n’a rien à envier aux performances des musiciens classiques. Sylvain Luc, aussi. La liberté avec laquelle il évolue dans ses improvisations est bluffante.


› Quels sont tes guitares préférées ?

Voici ma guitare, c’est ma préférée : une Lowden classique, que j’ai achetée ici, et une Bellido flamenca, que j’ai achetée à Grenade. Parti en Espagne pour acheter une guitare, mon état d’esprit était d’en prendre une si j’avais un coup de cœur. A Séville et à Grenade, j’ai essayé beaucoup de choses, très chères, des attrapes-nigauds. Et puis je suis allé chez un luthier, qui avait trois guitares identiques, faites du même morceau de bois. Pour deux d’entre-elles, je ne les aurais jamais achetées. Mais la troisième, la mienne, c’était le coup de foudre. Parfois je regrette de ne pas essayer plus de guitares. D’un autre côté, rester fidèle à ses instruments permet de très bien les connaitre. Aucun choix n’est mauvais, mais du coup, je n’ai pas vraiment une vision de ce qui se fait.


› Tu as vu nos instruments en magasin, lequel a retenu ton attention ?

Je ne regarde pas les instruments, car je ne suis pas à la recherche d’une guitare. Quand un ami me montre une guitare, je m’y intéresse, bien sûr, mais je n’ai pas d’élan particulier qui me rendrait attentif aux instruments que je vois autour de moi.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

J’ai acheté ma première belle guitare en 1981, une Hopf, modèle Madrid, jouée actuellement par mon neveu. Je l’ai gardée pendant très longtemps, elle m’a bien servi. Plus récemment, j’ai acheté la Lowden classique, avec table en épicéa. Elle m’a plu tout de suite, avec ce son équilibré, et le confort du manche. George était venu lui-même la présenter pour un concours ici à Genève, et je me souviens avoir réorganisé mes priorités financières pour l’obtenir, au nez et à la barbe d’une guitariste américaine très intéressée, elle aussi. Maintenant, j’envoie tous mes élèves chez vous, et Sergio est comme un ami. Je n’ai pas encore rencontré votre nouveau luthier, car je n’ai pas eu de problèmes de lutherie depuis un moment (rires).


› Quels sont tes projets musicaux actuellement ?

Continuer mes transcriptions de Bach. Nous n’en sommes pas au bout, et je pense que ma retraite va encore être consacrée à essayer de terminer ce vaste projet. J’ai la possibilité d’éditer mes partitions par les éditions Bergmann, et je vais m’y atteler ces prochaines années. J’anime aussi un module flamenco pour les guitaristes classiques au Conservatoire. Comme je suis moi-même à la frontière entre le flamenco et le classique, c’est certainement une des voies qui me convient le plus. A part cela, faire vivre le répertoire avant-gardiste de mon ami Arthur Kampela, dont la musique est, apparemment, très loin du classique ou du flamenco, mais qui porte en elle une réflexion profonde et unique sur le monde contemporain, est un challenge passionnant.


› Comment l’enseignement de la guitare classique a-t-il évolué au cours des années dans ton expérience ?

Au conservatoire, on essaie de donner des bases solides. La façon d’enseigner évolue, bien sûr, mais certains morceaux fondamentaux restent au cœur de l’apprentissage. Après, aujourd’hui on répond bien sûr aux élèves quand ils nous demandent de leur apprendre une sonnerie de téléphone, ou une musique de jeu vidéo. Ils ont les yeux qui brillent tellement, c’est impossible de résister.

D'une manière générale, internet a pas mal changé la donne, notamment en termes de découverte : on peut partager plus de musique très facilement, échanger des idées, à travers cette vaste bibliothèque/discothèque. J’ai aussi l’impression que les jeux vidéos ont posé une certaine empreinte sur l’approche de certains jeunes, qui ont parfois l’air de se dire “j’ai fait une fausse note, mais c’est pas grave, j’ai encore sept vies, je peux continuer” (rires).


› Merci Marek, et bonne continuation...

Retrouvez Marek Wegrzyk en cliquant sur ce lien !


Ecoutez Marek Wegrzyk :

Interprétations de Bach et d'A. Kampela

Interprétations de Bach



› Bonjour John, après plus de 50 ans comme sideman, tu sors ton premier album. Avant d’en parler, peux-tu raconter brièvement ton parcours ?

J’ai décidé que ma vie serait de jouer de la guitare en voyant Hank Marvin jouer Apache à la télévision. Mon père travaillait à la BBC, et nous avions une des premières télés couleur : je suis tombé amoureux de la Strat rouge. Mes parents m’ont soutenu, et du coup je n’ai plus cessé de jouer. Je suis entièrement autodidacte, j’ai appris en reproduisant ce que j’entendais sur les disques. J’adorais le son, et le vibrato. J’ai eu mes premiers gigs à 13 ans en Angleterre, et je suis partit sur la route très tôt.

Je suis arrivé à 17 ans à Genève, et j’ai joué du rock et du blues avec plein de monde, d’ici et de passage. J’ai eu un contrat pour faire les sessions pour les albums de Daniel Balavoine, et une de mes cartes de visite est que je suis le guitariste qui a joué sur Laziza. J’ai ensuite notamment joué et tourné avec Patrick Bruel et Catherine Lara, et sur plus de 300 albums, en fait, donc ce n’est plus trop la peine de compter…


› Comment s’est concrétisé le projet de faire ton album ?

Quand il y a eu le Covid, tout s’est brusquement arrêté. Il n’y avait plus de concerts, plus de sessions, et comme beaucoup de gens, j’étais coincé à la maison. Je me suis donc mis à écrire de nouveau, et à chanter dans mon home studio. J’ai enregistré une dizaine de titres pour une maquette avec le batteur, Jean-Louis Bianchina, qui était notamment batteur dans le groupe de Nulle Part Ailleurs, mais que je connais car on a joué ensemble avec les artistes de variété de l’époque, et je les ai mis de coté. Puis quand par la suite nous sommes retombés sur ces enregistrements, et Jean-Louis m’a convaincu d'en faire un vrai disque.

Dans tout ce processus, j’ai repris goût à écrire et à chanter. J’ai aussi pris du plaisir bien sûr à jouer de la guitare, mais surtout à travailler avec Jean-Louis sur la production. En termes de logistique, nous avons enregistré cet album entre les studios de Jean-Louis pour la batterie, chez moi pour mes parties, et chez Ivan Rougny pour la basse. Nous l’avons mixé chez Jean-Louis, puis fait le mastering à Paris. Et c’est mon beau-frère qui a fait l’artwork !


› C’est un album très personnel. Peux-tu en dire plus pour nos lecteurs ?

C’est en effet un album très personnel, qui s’appelle Life. J’avais envie d’écrire sur la vie et sur ma vie, pour raconter ce que j’ai fait, pourquoi je l’ai fait… Je voulais rester proche de ce que je ressentais, et je pense que ça transparaît. Il y a donc par exemple un morceau qui raconte mon arrivée à Genève quand j’étais jeune, dans lequel je raconte ma vie sur la route. Il y a des morceaux sur ma femme, sur chacune de mes filles, mes petits enfants… Gölaz, avec qui je joue depuis 20 ans, m’a appelé après avoir écouté le disque, pour me dire qu’il avait eu l’impression que j’étais à côté de lui en train de lui raconter ces histoires...


› Quel son utilises-tu sur cet album ?

Pour mon son quand je joue, je mets beaucoup moins de saturation ces derniers temps. J’aime de plus en plus le son clean donc j’ai beaucoup choisis ça. Je joue aussi beaucoup en fingerpicking. J’essaie d’imiter mon idole, Jeff Beck, mais il me manque son génie. Ma musique de base c’est quand même le blues-rock et la pop. J’aime aussi le rap et le hip-hop, et j’ai un petit penchant pour les sons modernes, que j’ai pas mal utilisés dans mon album.


› Quelle suite vas-tu donner à cette aventure ?

Probablement Life 2, puis Life 3… En fait j’ai 28 morceaux déjà prêts. Pour ce qui est du groupe, il y a donc Jean-Louis Bianchina à la batterie, Ivan Rougny de Mörglbl à la basse, et moi à la guitare et au chant. Comme je ne peux pas faire tout seul sur scène tout ce que je fais sur l’album, nous avons quelques talents qui nous accompagnent : Yves Staubitz, un des meilleurs guitaristes que je connais, joue la guitare rythmique ; j’ai pris Meghan et Hannah des Woodgies comme choristes, car elles sont excellentes, et Christophe Duc, un professeur et producteur formidable à Genève nous a rejoint pour les claviers.


› Qu’est-ce que ça te fait de passer de sideman à frontman ?

A la base j’adore jouer pour les autres, et j’ai eu une grande chance dans ma carrière. Au beau milieu des années 80, où en général, les artistes faisaient un album avec des musiciens, et ensuite une tournée avec d’autres, j’ai joué sur les disques des artistes que j’accompagnais. Donc je jouais mes parties, c’était facile. Là c’est pareil, je joue mes parties. Avec l’âge, ça me va d’être le leader. Je m’estimais meilleur derrière plutôt que devant, mais tout s’apprend.


› Quels sont tes guitares préférées ? Avec quoi joues-tu aujourd’hui ?

Mes guitares préférées, ce sont les Strats. Avec une Strat, je peux tout faire, et surtout jouer avec le vibrato, que j’utilise beaucoup. Quand il est bien réglé, la guitare sonne juste, et je monte mes guitares avec un tirant léger, du 9-46, donc je n’ai pas de problèmes. J’ai trois Strats, dont une fretless. J’ai aussi une Les Paul dont j’ai fait vider le corps à l’arrière pour qu’elle soit plus légère, et placé les potards selon un layout un peu comme celui d’une Telecaster. J’aime aussi la Telecaster, d’ailleurs, dont j’ai un exemplaire que j’ai assemblé à partir de pièces trouvées sur le net sur laquelle j’ai fait monter des micros Lollar. J’ai aussi une Grestsch, et une Rickenbaker, et il y a évidemment quelque chose de spécial dans chaque type de guitare, mais ce trio est légendaire : Strat, Les Paul, Tele. En acoustique je suis passé par tout : les Martin, les Gibson, etc. En ce moment, j’ai une Collings qui est monstre bien. C’est très cher, mais c’est très beau : ça sonne comme un Steinway.



› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare ?

Le manche et le réglage. La guitare doit sonner juste. Je me souviens que quand j’étais gosse, on jouait sur des guitares très mauvaises. Il n’y avait pas des Squier super à 200 Francs comme aujourd’hui. On avait les premières Hofner, les Rosetti Lucky Seven… Des guitares pas terribles, on peut dire. J’aime jouer avec une action très basse, un peu trop pour mes amis guitaristes, d’ailleurs, donc le réglage est super important.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ?

Je viens depuis 30-40 ans, avec René Hagmann et Yves Imer on se connaît depuis longtemps maintenant, et pour moi la qualité des instruments sélectionnés a toujours été bonne. Là en ce moment, si je pouvais sortir avec une dizaine de guitares ce ne serait pas difficile d’en trouver des fantastiques, mais il n’est plus vraiment question de ça pour moi. Il y a beaucoup d’acoustiques superbes, je trouve : les Martin, les Lowden, les Collings, les Bourgeois… Niveau guitares électriques, les Fender Custom Shop sont toutes d’enfer. Ce n’est plus la peine de s’embêter avec le vintage, je peux te le garantir. Le son, le look, tout est top sur ces guitares.


› Comme ça fait longtemps que tu viens chez Servette-Music, pourrais-tu nous dire quelle est ton expérience ?

Excellente. J’ai acheté et vendu plein de guitares, fait faire des réparations, et j’ai toujours été bien servi. C’est sympa de venir boire un café et discuter de guitares. Pour la lutherie, le travail est impeccable, le nouveau luthier est super. Le seul problème, chez Servette-Music au fond, c’est que vous vendez aussi des batteries… (rires).


› Quel est le changement le plus marquant pour toi depuis que tu as commencé à jouer dans les années 60 ?

Internet. Avant, on enregistrait les albums ensemble au studio. On prenait un mois en groupe, pour enregistrer les parties, on répétait les morceaux ensemble. Désormais plein de projets se font à travers le monde, où chacun est dans son propre studio et les gens s’échangent les fichiers. On peut avoir l’Orchestre symphonique de Prague ou Manu Katche pour jouer sur son album sans payer une blinde parce qu’il n’y a plus besoin de les faire venir. Alors le son est super, mais l’ambiance, pas du tout. C’est sûr que c’est bien de pouvoir rectifier une note un peu fausse ou un temps mal marqué en post-production, et de ne pas être coincé avec des "pains" sur le master. Mais pour moi rien ne remplace le fait de jouer avec les gens, donc ça manque.



John Woolloff dans les années 80.

› Après toutes ces années et cette magnifique carrière musicale, quel est ton meilleur souvenir musical ?

Pour l’enregistrement de Laziza on était en studio en Ecosse au moment du Live Aid. On avait fait quelques dégustations de whiskey, et en rentrant on a allumé la télé et il y avait Status Quo, qui jouait Rockin' All Over The World. Je me suis levé et j’ai dit “on va enregistrer Laziza”, et j’ai rejoué quelque chose dans le genre, entassant même à côté d’une note. Le lendemain, Daniel (Balavoine, NdR) est arrivé et a voulu enregistrer le solo de Laziza. J’ai fait quelques prises, et ce n’était pas terrible. Daniel a demandé d’écouter ce que j’avais enregistré la veille, et on a essayé de lui dire que ce n’était pas la peine, mais quand il l’a entendu, il a dit “c’est ça que je veux”. Ce n’est pas du tout mon meilleur solo, loin de là… Mais ces trente secondes, avec un verre dans le nez, m’ont donné la carrière que je voulais. Et aussi probablement la seule pour moi (rires).



› Salut Pascal, tu es le fondateur et directeur d’Emagina-son depuis sa création il y a 10 ans. Avant d’en parler peux-tu nous présenter ton parcours ?

Mon parcours musical a commencé quand j’étais dans le ventre de ma mère. C’était une authentique chanteuse de flamenco de l’époque, formée dans les champs d’Andalousie de son enfance. Naturellement, j’écoute de la musique depuis toujours. Je pense que ça m’a apporté de la sensibilité mélodique et que ça a fait naître et grandir en moi l’amour de la musique d’une manière générale.

A 15 ans j'ai complétement trippé pour la basse, la guitare et la création musicale. En bossant sur les chantiers, j'ai pu me payer ma première vraie basse, sur laquelle j’ai appris de manière autodidacte et en prenant quelques cours. Puis j’ai voulu aller au cœur du sujet et je suis parti étudier au MIT à Los Angeles aux Etats-Unis pour suivre une formation pointue.

Après ça, j’ai vécu entre la Suisse, le Canada et les Etats-Unis, où j'ai participé à d’innombrables projets. Insatiable d'expériences musicales, j'ai rencontré autant de monde que possible, j’ai joué partout où je pouvais jouer, j’ai saisi toutes les opportunités. Puis au milieu des années 90, j’ai éprouvé le besoin de stabiliser ma vie et je me suis établi à Genève, où j’ai joué dans des groupes et commencé à enseigner.

En 2005, j’ai créé Emagina-son, qui était à la base un site de vente de trames sonores. C’était une manière de composer à la pelle des créations mêlant l'audio, le visuel et l'imaginaire. J’ai aussi créé Anima-Zic, qui proposait de l’animation musicale tout en continuant à donner des cours. En 2012, j’ai recentré mon activité sur l’enseignement en gardant le nom Emagina-son, qui correspond à mon concept d’intégration du visuel avec le son dans l’expression créative, et j'ai ouvert mon école de musique à Grand-Lancy en 2012.


› Quels sont tes styles préférés ?

Mes goûts ont évolué avec le temps. A mes débuts et jusque tard dans ma carrière, je jouais tous les styles : blues, rock, flamenco, musiques latines, disco… Toute opportunité était bonne à prendre et m'offrait un prétexte pour approfondir mes connaissances et affûter mon sens du rythme. Maintenant avec les années qui passent, je consacre mon temps à ce que j’aime le plus.

Actuellement je joue de la fusion, imprégnée de rock, de groove, de funk… On a eu la chance en Suisse d’avoir été à la croisée d’influences très diverses et cela ressort à travers une culture musicale qui a su mêler harmonieusement des styles avec de forts caractères. Et j’aime évidemment beaucoup le jazz, qui offre des possibilités d’expression très vastes.


› Sur quoi joues-tu en ce moment ?

Actuellement, je joue sur Fender Jazz Bass et j’utilise aussi une Music Man selon les projets. Ces instruments se complètent. Je n’ai pas encore trouvé la basse ultime, mais existe-t-elle ? (rires) Si je suis bien avec un instrument, mais qu’un nouveau projet en exige un autre, je m’adapterai et je changerai afin de trouver le son parfait pour l’occasion.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une basse ? Quel conseil donnes-tu à tes élèves ?

Ce qui est important c’est de se sentir à l’aise de jouer avec un instrument. Il faut avoir le bon feeling. Après il y a le son, le manche, les notes, mais tout ça c’est plus abstrait. Le feeling, celui qu’on a quand on pose ses mains sur l’instrument, il doit être agréable. Ça c’est crucial.


› Tu as vu nos guitares au magasin, laquelle t’a tapé dans l’œil et pourquoi ?

C’est salaud de me demander ça après m’avoir fait faire le tour, je n'arrive pas à choisir (rires). Toutes. Je peux dire toutes ? Sinon, les Läkland m’ont tapé dans l’œil. Les raisons sont toujours les mêmes : la sensation et le son.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

A une époque où je cherchais une guitare acoustique, j’ai acheté ma Martin OM-21 chez vous. Je trouve super appréciable de pouvoir choisir dans différents budgets qui représentent bien les catégories d’instruments vraiment intéressantes. Ensuite, c’est juste génial de pouvoir tester un instrument tranquillement, c’est-à-dire d’avoir à la fois le choix, et le temps de choisir, pas juste en quelques minutes. Donc plutôt positive..


› Quels sont tes projets musicaux actuellement ?

J’ai deux projets principaux : d’un côté il y a Metro, qui est un groupe de compositions rock avec des accents funk et blues. On écrit les compos tous ensemble à l’ancienne, en faisant des jams et la musique qui en ressort est très festive et punchy. Ça me calme en particulier cette faim de jouer des trucs qui arrachent un peu.

Et puis d’un autre côté il y a PH4, qui est un groupe de jazz beaucoup plus délicat dans son expression. C’est un jazz poétique, très imagé, qui offre un autre terrain d’expression. Avec PH4 par exemple, je joue fretless. On a un vibraphoniste avec nous qui apporte des atmosphères acoustiques avec beaucoup de richesse harmonique et des couleurs très chaudes.

Je participe et je contribue à des spectacles ponctuels. J'organise des concerts mensuels cartes blanches des profs à la Cave Marignac, j’ai des projets de création personnel en attente… Et puis surtout je dirige Emagina-son.

Comme je l’ai mentionné au début, Emagina-son est une école au Grand-Lancy qui propose des ateliers, des cours et des stages de musiques actuelles. L’approche spéciale dans l’enseignement d’Emagina-son est d’insister sur le développement de la créativité des élèves qui agit comme un exhausteur, un booster de créativité. Nous allons puiser dans l’imagination, l’image et le son, pour construire un langage et partager des émotions.


› La pandémie a obligé à beaucoup adapter les méthodes d’enseignement de la musique. Quelles sont tes observations au sujet des cours à distance et des tutoriels ?

Pendant la pandémie on a pu sauver les meubles avec les cours à distance. Pour les ensembles ou les groupes c’était ingérable, mais en 1-1 c’était passable durant un temps. Par contre on s’est rendus compte au sein de l’école et dans nos échanges que la dimension humaine finissait par manquer. On est humains et finalement, les profs comme élèves préfèrent les cours en live. Jouer de la musique c’est une expérience infiniment plus riche à partager ensemble que chacun chez soi dans son salon… En plus de cet aspect humain, il y a le niveau d’efficacité pédagogique qui est diminué dans les cours à distance. En présentiel on peut mieux observer l’élève et on a ainsi accès à plus d’information pour donner du feedback.

Avec les tutos c’est un peu similaire : ça répond à une demande et ça aide à certains moments pour remplir un besoin. Mais plus que de pures leçons de guitare avec plein de contenu, les élèves ont surtout besoin d’un coach, c’est-à-dire de quelqu’un qui peut détecter ce qui bloque et les aider à le débloquer, que ce soit au niveau technique ou au niveau créatif.


› Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Depuis quelques années, nous proposons des stages de production et création musicale centrés sur l’exploitation des possibilités infinies qu’offrent les nouvelles technologies digitales. Les palettes sonores qui naissent de cela sont incroyables et il y a constamment des choses nouvelles à découvrir et à créer dans ce domaine.

En termes plus concrets, nous voulons continuer à développer des partenariats intéressants avec des acteurs locaux, associations ou entreprises, dans le cadre d’un projet à échelle humaine, qui ait une dimension presque familiale pour partager l’esprit d’Emagina-son.



› Bonjour Frédéric, tu es producteur musical, guitariste professionnel, et professeur de guitare à Genève. Quel a été ton parcours ?

Je suis guitariste, compositeur et producteur, et je travaille actuellement dans le domaine musical à Genève. J’ai commencé à prendre des cours de guitare pendant mon adolescence. Les expériences “jam” puis les concerts m’ont amené à suivre une formation en 1997 au Berklee College of Music à Boston. En 2002, je suis reparti à l’étranger pour compléter ma formation musicale en étudiant les bases de la production à la SAE à Bangkok. De retour à Genève depuis 2004, je participe à divers projets commerciaux et artistiques. En 2011, j'ai fondé Line-Up, société de production au sein de laquelle je suis concepteur et réalisateur musical. Parallèlement, j’enseigne la guitare en privé chez guitar-coaching.com.


› Quels sont tes styles préférés ?

Je suis de nature assez ouverte, j’aime la diversité. J’écoute un peu de tout : classique, pop, rock, jazz... En tant que concepteur musical et guitariste, je travaille également pour des projets commerciaux et artistiques dans des genres très divers. Ça me permet de faire varier les plaisirs et d’évoluer musicalement. En production, je peux passer du jingle radiophonique à une composition pop, d’une musique à l’image pour une pub, à un arrangement rock pour un titre. Avec mon groupe Sonicshift on est plutôt dans un mood funky, groovy, jazz, donc au final c’est tout un programme…


› Quels sont tes guitares électriques préférées ?

En 1997, j’ai acheté une Gibson E-335 que je n’ai plus lâchée depuis. J’aime son côté polyvalent. D’un côté elle a un son chaud, approprié pour le jazz par exemple, et de l’autre, elle a un son brillant et percutant, proche d’une solid body, pour une approche plus rock. C’est un super compromis entre une Les Paul et une ES-175. En plus certains modèles ont l’avantage d’être plus légers, ce qui les rend plus agréables à jouer en live. Donc voilà : Gibson ES-335, j’adore !


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare électrique ? Que conseilles-tu à tes élèves ?

Je pense qu’il n’y a pas de règles, et que le coup de cœur est parfois de bon conseil. Ceci dit, il y a différents paramètres à prendre en compte dans le choix d’une guitare. Le style acoustique folk ou classique ? Ou plutôt le son rock, pop, jazz ? Ça permet déjà de faire un tri. Ensuite, le budget compte aussi. Personnellement, je ne recommande jamais du bas de gamme pour les débutants et les élèves intermédiaires. Autant prendre une location si on n'est pas sûr de poursuivre avec l’instrument. Je conseille donc à mes élèves de prendre une guitare avec laquelle ils peuvent se projeter quelques années selon leurs styles préférés, leurs goûts et leur niveau.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ?

Je trouve la sélection chez Servette diversifiée, il y a en a pour tout les goûts avec des gammes de prix variées. Pour ma part, j’aime l’espace Custom Shop, il y a un choix qui fait rêver.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Je suis un client de Servette-Music depuis longtemps, et je recommande systématiquement à mes élèves de passer au magasin pour le choix des guitares et pour les super conseils de Sergio. L'atelier lutherie et le service après-vente sont également d’excellente qualité !


› Je sais que tu as une approche particulière en matière de guitare-coaching, peux-tu nous en parler ?

Chez Guitare Coaching la méthode d’enseignement est adaptée selon le niveau et les objectifs des élèves, la source de toute progression étant le plaisir et l’envie de se réaliser. Guitare Coaching propose trois types d’approches aux élèves selon leurs acquis, leurs aptitudes et leur motivation. La première approche est dédiée aux élèves qui veulent juste jouer de la guitare pour se divertir. Elle englobe un apprentissage musical simple à l’aide d’un répertoire de chansons et de morceaux contemporains selon le choix des élèves.

La deuxième approche s’adresse aux élèves ayant une certaine pratique de la guitare. Un programme est établi avec des objectifs clairs en tenant compte des aptitudes et des acquis de chacun. La troisième approche est proposée à celles et ceux qui veulent avoir des conseils sur la base de leurs propres improvisations, accompagnements ou interprétations. C’est une approche “coaching” concrète qui permet aux élèves de prendre du recul sur leur niveau de jeu, d’améliorer leurs technique et leur musicalité. Mon site guitare-coaching.com explique en détail ces trois approches.


› Tu as touché un peu à tout au cours de ta carrière, y compris à la production musicale, peux-tu nous en parler ?

La production musicale est un domaine super passionnant. Ça me permet de passer dans des univers musicaux divers avec la casquette du compositeur, de l’arrangeur et du mixeur. Mes projets sont divers : parfois commerciaux (jingles, habillages, musiques à l’image), parfois artistiques dans les styles plutôt pop, rock ou jazz. Une partie de mes réalisations est disponible à l’écoute sur line-up.agency.


› Quels sont tes projets musicaux actuels ?

Actuellement, je bosse sur des mix de nouveaux titres de mon groupe Sonicshift, et très prochainement sur un projet de compos pour de jeunes artistes suisses.


› Quel est ton meilleur souvenir musical ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs de concerts, mais ce qui me vient en tête ici est celui de l’été dernier, où j’ai joué en duo guitare-voix avec ma fille de 13 ans, qui a aussi participé à l’édition The Voice Kids Paris en 2022.



›Bonjour Edwin, tu es professeur de batterie et percussion à l’ETM et tu fais une belle carrière en tant que percussionniste et batteur. Peux-tu présenter ton parcours musical ?

Je viens d’un quartier populaire de Caracas au Venezuela, d’où sortent tous les grands musiciens de la région. J’ai commencé avec la danse, quand j’avais 6 ans, sur fond de musiques afro-caribéennes, car on apprenait à jouer tous les styles latins. Cela m’a introduit dans le monde des percussions et a ancré en moi la connaissance de toutes les musiques d’Amérique du Sud, de la rumba à la salsa. A part la danse, j’ai eu la chance de faire aussi un peu de cinéma, mais j’ai vraiment eu le déclic avec les percussions. J’ai su que je voulais devenir musicien, et je me suis mis à travailler beaucoup dans ce sens.

A 18 ans je suis venu à Paris, où j’ai fait des rencontres formidables, qui m’ont ouvert des portes. J’ai ainsi notamment joué la percussion sur la bande son du film Incontrôlable, et joué avec Cheik Amadou Tidiane Seck, un claviériste malien bourré de talent. J’adorais cette scène parisienne, sur laquelle je pouvais aborder tous les styles avec mes instruments, sans être cantonné à un genre.

Depuis, j’ai fait une carrière en tant que percussionniste de Steve Winwood, et j’ai travaillé avec Rodrigo y Gabriela, et Mercado Negro, un orchestre fameux de musique latine, avec qui on a accompagné tous les artistes les plus connus de la scène salsa, etc. J’ai aussi mon projet, qui s’appelle tout simplement Edwin Sanz. J’ai réalisé deux albums, et on vient de sortir un single pendant la pandémie.

Et puis en ce moment je travaille avec un pianiste très renommé en France qui s’appelle Thomas Enhco, avec son frère trompettiste David, et un chanteur lyrique Emiliano Gonsalez, et une chanteuse de flamenco, Paloma Pradal, un contrebassiste Jérémie Bruyère. Ensemble, nous reprenons toutes les chansons de Violeta Parra dans un projet qui s'appelle Violeta meets Jazz. Enfin, j’enseigne au conservatoire depuis 4-5 ans, et j’ai rejoint l’ETM, où j'enseigne les percussions latines, il y un peu plus d’un an.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche a évolué avec le temps ?

Pour moi il y a quelque chose de beau à trouver dans tous les styles. Si on parle de zone de confort, c’est bien sûr la musique latine. Mais j’ai eu la chance, comme quand j’ai joué avec Rodrigo y Gabriela, d’aborder des approches différentes. Ils viennent du rock, et j’ai donc écouté et analysé la manière dont frappent les batteurs de rock pour m’inspirer. Avec Steve Winwood, j’ai dû m’appliquer à apprendre ce qu’avaient fait mes prédécesseurs. Le percussionniste de Traffic par exemple était africain, et il avait une façon de jouer les congas en remplissant plus d’espace. Pour reproduire ces impressions, j’ai donc enrichi ma manière de jouer.

Là j’apprends à jouer du jazz, c’est un super challenge. Repiquer les solos, analyser la manière dont les batteurs attaquent ou retiennent leurs coups sur la caisse claire, les nuances de jeu, les sonorités… Ça n’a rien à voir avec ce que fait un batteur de rock ou de musique latine. En tant que percussionniste je dois savoir à la fois accompagner l’ensemble et tenir la baraque, mais le contexte change selon les projets, et je dois dire que j’aime évoluer plus que jouer un style en particulier. Je me considère toujours comme un étudiant, qui doit apprendre tous les styles.


› Quels sont tes instruments préférés ? Sur quoi joues-tu aujourd’hui ?

Actuellement j’ai un contrat avec Gon Bops, une des marques les plus anciennes aux US, et je joue sur leurs instruments avec beaucoup de plaisir. La qualité et les finitions sont exceptionnelles, et le son est naturellement fantastique. Je joue avec des timbales Luisito Quintero, des congas Robert Quintero, et tout le reste de leur gamme, en fait. J’utilisais des cymbales Sabian et des baguettes Ovation jusqu’à il n’y a pas si longtemps, mais je viens de changer pour des Istanbul Agope et des baguettes Vater, car je cherchais à produire un son plus chaud.

Pour la batterie, j’aime beaucoup les Gretsch. J’adore leur son. Là j’en ai une des années 80 pour le jazz, il me semble que c’est une Brooklynn. Elle a un son soft, chaleureux, et ça me plaît. J’apprécie aussi le son des Sonor, et celui des Yamaha.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans un instrument de percussion ? Quels conseils donnes-tu à tes élèves qui souhaitent en acheter un ?

Je conseille toujours à mes élèves de se laisser guider par le son et leur ressenti au toucher, aussi bien pour les percussions que pour les batteries. Quand on frappe, la résonance doit être l’élément principal qui motive le choix. Je leur dis aussi que ça reste subjectif, car on n’est pas tous sensibles aux mêmes choses, et que c’est donc important de suivre leur instinct, et leurs goûts personnels.


› Tu as vu notre sélection chez Servette-Music au magasin, qu’en penses-tu ?

Il y a des marques fiables et une grande diversité. Quel que soit le style qu’on joue, on peut trouver dans votre sélection un instrument qui conviendra parfaitement, et ce sera un bon instrument. Je parlais d’ailleurs avec mon prof de batterie de jazz, et quand il a cherché un magasin pour acheter une batterie, après quelques recherches, son choix s’est finalement porté sur Servette-Music.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

C’est à Stephan Montinaro que j’ai acheté ma première batterie, il y a une quinzaine d’années. J’en ai un excellent souvenir. Le fait d’être accueilli par un musicien et un spécialiste, pas un commercial, est un gros plus. Les conseils sont bons et c’est agréable et sécurisant, en tant que client et musicien, mais aussi en tant que professeur quand j’envoie mes élèves, car je sais qu’ils seront bien accompagnés.


› Pourrais-tu nous présenter tes projets en ce moment ?

A cause de la pandémie, la tournée prévue avec Steve Winwood a été annulée. Actuellement, je prépare plusieurs albums en mon nom : un nouvel album de musique latine, un autre plus fusion, dans lequel j’aimerais démontrer mon jeu à la batterie, et enfin un autre plus jazz/fusion sud-américaine.

En tant que sideman, je viens d’enregistrer les percussions pour l’album d’un contrebassiste sud-américain qui s’appelle David Blido, et nous avons des concerts prévus ensemble. Il y a ce projet jazz autour des chansons de Violeta Parra dont je t’ai parlé au début, et Mercado Negro, avec qui nous avons des dates aux Pays-Bas prochainement… Au milieu de tout ça, j’essaie quand même de passer du temps avec ma famille, car c’est important pour moi.



›Bonjour Christian, tu es professeur de guitare et tu as joué avec presque tous les musiciens de la région. Peux-tu nous parler de ton parcours musical ?

Mon parcours ressemble beaucoup à celui des musiciens qui ont démarré au début des années 70 : premier coup de foudre absolu avec les Beatles, et puis comme des dominos, les amours se sont enchaînés. Hendrix, Led Zeppelin, les Rolling Stones, Black Sabbath… Ces gens incroyables, qui ont inventé des genres, comme le hard rock et le metal, ont eu une influence majeure à mes débuts.

Comme on parle des années 70, l’info circulait exclusivement par le bouche à oreille. A cette époque, il n'y avait qu'un seul magasin de disques très pointu à Genève qui distribuait des imports US. J’avais un copain à l’école qui fréquentait beaucoup ce magasin, et qui m’a fait écouter des trucs auxquels je n’aurais jamais eu accès sans cela : bluegrass, folk pur et dur, mais aussi proto-punk, rock progressif, et même jazz, un style pour lequel je n’avais pourtant aucune affinité particulière, mais en écoutant Miles Davis, les choses ont changé, et ce fut une révélation.

Assez naturellement, j’ai donc eu envie de prendre une guitare quand j’avais 14 ans. J’ai pris des cours de guitare classique au conservatoire populaire avec Angelo Lazzari, un prof extraordinaire, qui a bien vu au bout d’un moment que j’étais intéressé par le blues, et qui m’a encouragé. J’ai eu une chance incroyable, parce qu’à cette époque, l’enseignement de la musique était encore assez… rigide, disons.

Je me suis ensuite très vite fait happer par la guitare électrique, et j’ai eu la chance de jouer avec Le Beau Lac de Bâle. A travers cette expérience, le bassiste Pierre Losio m’a fait découvrir l’AMR, et je me suis lancé à fond dans les musiques improvisées. J’ai joué dans des dizaines de groupes là-bas, souvent aux frontières du jazz et du rock, et participé à des ateliers. Les rencontres que j’y ai fait m’ont ensuite conduit à faire de la musique pour et avec des compagnies de théâtre et de danse, comme notamment le Théâtre du Loup.

Jusqu’à 50 ans j’ai ainsi travaillé comme indépendant, aussi bien en tant que prof qu’en tant qu'interprète/compositeur. Et puis un jour toute cette expérience m’a valu d’être recruté comme prof pour la classe pré-pro de la section jazz du conservatoire populaire. Mais je réserve toujours au moins la moitié de mon temps pour les gigs.


› Comment ton approche a-t-elle évolué avec le temps ?

Je suis ouvert à plein de styles, du blues archaïque, bien antérieur à celui de Robert Johnson popularisé par Keith Richards et Eric Clapton, au jazz, en passant par toutes les nuances de rock, de musiques sud-américaines et de toutes les musiques improvisées. Au final, mes préférences vont quand même vers le blues électrique et le jazz, mais j’écoute de tout, du classique au métal. En termes d’approche, je suis tombé un jour sur un disque appelé La guitare à Dadi. Marcel Dadi était ce virtuose français génial qui a notamment popularisé la tablature grâce au livre qui était vendu avec le disque. Il y démontrait le travis picking, et j’ai commencé à travailler les basses alternées comme ça. J’ai aussi beaucoup été inspiré par l’approche flat picking Clarence White des Byrds ou de Neil Young, qui utilisent la main droite comme instrument de percussion, comme dans Cowgirl in the Sand ou encore Heart of Gold.

A part mes débuts au conservatoire populaire, j’ai continué en autodidacte, donc en développant une approche très intuitive de la musique. Comme je joue avec beaucoup de monde, je suis très attentif au jeu d'ensemble, à l’interaction musicale dans l’instant.


› Quels sont tes guitares folk préférées ? Sur quoi joues-tu aujourd’hui ?

Ma première guitare folk était une Yamaha, que j’avais achetée chez Caspar Wicky. Elle sonnait bien pour moi, et c’est une marque qui fait encore des instruments supers aujourd’hui. Puis autour de mes 19 ans, un ami m’a apporté une Martin D18 de Londres. C’était ma première guitare haut de gamme. Une D18 c’est quelque chose de fantastique, mais je ne suis pas arrêté là. J'ai même eu une Ovation ! J’étais curieux, j’observais ce sur quoi jouaient les musiciens que j’admirais, et ça m’a conduit à essayer beaucoup de choses.

J’étais quand même assez peu satisfait par les modes, et puis un jour j'ai posé mes doigts sur une Martin D28. Ce n’est pas un classique pour rien, on peut tout faire dessus car elle sonne bien dans tous les registres, et toutes les situations. J’ai aussi joué sur Lowden pendant quelques temps, puis je suis revenu sur des triple 000. Ces guitares ont un son spécial, avec des fréquences très particulières. Le diapason court apporte aussi un grand confort de jeu. Pour le son, je les préfère avec du palissandre que de l’acajou ; en ce moment je joue sur une Collings CJ. Mais j’ai aussi une Gibson J-45 de 1964, qui sonne formidablement bien, ainsi qu’un magnifique banjo 6 cordes Goldtone, une classique Do Santos/David Hilger et une archtop acoustique Gibson L4C.


› Qu’est-ce qui est important pour toi dans une guitare folk ?

La jouabilité est mon premier critère. J’aime le diapason court, de type Gibson, et un profil de manche assez rond avec un certain galbe. En termes de balance du son, si je devais n’avoir qu’une guitare, je choisirais un instrument avec un dos et des éclisses en palissandre, où toutes les fréquences sont à mon avis bien représentées. Avec une guitare en acajou, c’est parfois un peu plus difficile, au niveau de la brillance.


› Maintenant que tu l’as bien pris en main, quelle est ta fonctionnalité/configuration favorite ?

L'interface graphique, qui est aussi intuitive et robuste que celle d'un iPhone, est une bonne candidate, mais je dirais quand même que les possibilités physiques de cette machine pour répliquer l'expérience d'un ampli sont mes vraies favorites. Le système des entrées et sorties pour des configs 2 ou 4 câbles, le repiquage ou le re-amping, est facile à utiliser et très complet, c'est assez formidable.


› Quels sont tes conseils aux élèves qui choisissent une guitare ?

Je dis toujours à mes élèves que l’essentiel c’est de se sentir immédiatement à l’aise sur le manche. Quand on est plus expérimenté, on peut s’habituer à un manche qui oblige à faire des compromis, parce qu’on aime le son de la guitare. Tant qu’ils sont en phase découverte, je recommande à mes élèves de ne pas mettre une somme folle, parce qu’ils vont évoluer, découvrir leurs préférences, et qu’il vaut donc mieux “en garder sous le pied”. Pour cela, j’aime recommander les Sigma, qui sont excellentes. J’ai aussi un élève qui a acheté une Dowina, marque j’ai découverte à travers lui, qui est magnifique, pour un prix tout à fait modeste.


› Tu as vu notre sélection au magasin, qu’en penses-tu ?

J’aime beaucoup les Bourgeois et les Collings, car ces luthiers ont énormément analysé le passé. Je suis très sensible à la façon dont ces ateliers savent recréer des guitares qui illustrent l’âge d’or des flat top. Comme vous en avez beaucoup chez Servette-Music, ça me plait bien. J’avoue être moins attiré par les Lowden, pour des questions de son liées à ma propre démarche musicale, car le confort de jeu qu’elles offrent reste évidemment exceptionnel. Et je suis féru de la complexité harmonique des Gibson et des Martin des années 30, donc ça reste un de mes fantasmes. J’ai été spécialement impressionné par une Bourgeois Slope D, dont nous avons fait une démo ensemble, et les OM de Collings.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

C’est une relation solide qui se construit depuis de nombreuses années. Je papillonne beaucoup, en tant que professionnel, mais je reviens toujours vers Servette-Music. Il y a une ouverture d’esprit au sein de l’équipe que je trouve très agréable. On n’est pas obligé d’être toujours d’accord, mais c’est sympa en tant que client de pouvoir discuter sans être confronté à un mur de certitudes. C’est aussi rassurant pour moi de savoir que quand j’envoie mes élèves chez vous, ils seront bien conseillés et orientés.


› En tant que prof, comment as-tu adapté tes méthodes d’enseignement durant la pandémie ?

Au début, le plus difficile a été de circonvenir le problème posé par la latence des leçons par Zoom ou Skype, qui rend impossible de jouer en même temps que l’élève. Ça a été très compliqué avec les débutants, notamment, et il a fallu faire contre mauvaise fortune bon cœur sur ce volet. Pour la technique pure, j’ai beaucoup préparé des vidéos pour mes élèves, avec des gros plans sur les accords, les mouvements détaillés des doigts et des mains, etc. Avec les plus avancés, c’était un peu plus facile, car je leur disais de préparer tel morceau, de me le jouer, et puis je ensuite je leur faisais mes commentaires sur les aspects à retravailler ou à peaufiner. Mais franchement, je suis content d’être revenu à de l’enseignement en présentiel.


› Quels sont tes projets actuels ?

La Fanfare du Loup est mon terrain de jeu créatif principal. Nous avons tellement de projets et de créations dans de nombreux styles différents que c’est très intéressant. Je forme aussi un duo avec le saxophoniste ténor Nicolas Masson, qui s’appelle Lost in a Dream, avec qui nous jouons de la musique de Paul Mossian, un grand batteur et compositeur de la seconde moitié du 20è siècle. Cette formation me donne l’opportunité d’utiliser des loopers, plein d’effets, et d’être sur le devant sur la scène, contrairement à la fanfare, où il y a des rangées de souffleurs entre moi et le public. J’aime beaucoup cette relation un peu plus intime.


Merci Christian, et bonne continuation.


›Sergio, tu as récemment adopté le Quad Cortex de Neural DSP pour tes enregistrements et tes concerts, qu’est-ce qui t’a convaincu de le faire ?

L'élément principal qui m'a convaincu pour la scène c'est qu'en étant confronté à des situations de line-check, avec plusieurs groupes, où les changements de plateau sont rapides, il est évident que les solutions numériques comme le Quad Cortex de Neural DSP allègent beaucoup le travail des ingénieurs. On a ainsi plus de temps pour se concentrer sur le son de la batterie et le mix général en bénéficie énormément. Ensuite, à l'utilisation, le Quad Cortex est le système supérieur à tout point de vue pour un guitariste en termes de confort et de pratique par rapport aux autres, car il n'est jamais nécessaire de passer par des menus pour accéder aux fonctions. Tout est disponible immédiatement à travers l'interface visuelle comme si on se trouvait devant les objets physiques, ce qui permet de répondre à n'importe quelle demande de la part des ingénieurs en quelques secondes. Et enfin, il sonne comme mes amplis déjà réglés. Cet appareil numérique est le premier à ne m'obliger à faire aucun compromis, ni sur la facilité de contrôle, ni sur le son.


› Est-ce la fin des amplis traditionnels cette fois-ci ?

Je ne pense pas, parce que le numérique et l'analogique se complètent, et forment un écosystème plus riche ensemble, pas une alternative inconciliable. D'un côté, le numérique aura toujours besoin des références sonores qui marquent les époques, et qui continuent à être développées par les constructeurs d'amplis et d'effets. L'impression de "vivant" que procure un ampli analogique reste quand même au cœur du plaisir de jouer de la guitare électrique, et c'est le modèle des appareils de modélisation, justement. D'un autre côté, le numérique étend les possibilités des plateformes analogiques, et facilite énormément le travail sur scène et en studio avec elles. En studio, le re-amping est par exemple très facile avec le Quad Cortex. En live, il y a bien sûr le côté multi-effets, mais aussi la capture d'amplis et la possibilité de créer des patchs complets effets + ampli, qui libèrent l'esprit et les pieds quand on veut jouer avec des changements de sons complexes. Au final, le Quad Cortex de Neural DSP permet d'emporter les sons d'amplis vintages ou boutiques sans contraintes, mais il a besoin d'eux pour exister.


› Les appareils de modélisation offrent tellement de possibilités qu’ils en deviennent parfois complexes à configurer. Comment se positionne le Quad Cortex à cet égard ?

Le jour où j'ai emporté un Quad Cortex pour le tester avec mon groupe Spit Reckless, j'ai eu besoin de seulement 20 minutes entre l'unboxing et le début de la répète pour charger une capture chopée sur le cloud et être opérationnel. Et les avis des membres du groupe ont été unanimes : on avait un son absolument parfait. J'ai mis beaucoup plus de temps pour des résultats à peine équivalents avec les autres appareils comme le Helix de Line6, les Axe FX I & II de Fractal Audio, ou le Profiler de Kemper. Dans l'univers des appareils numériques, le point d'excellence du Quad Cortex de Neural DSP par rapport à d'autres est d'être juste dans le mix en termes de dynamique, et pas uniquement dans la comparaison à l'ampli original "en laboratoire", à la maison ou au studio. Les ingénieurs de Quad Cortex ont tenu leur promesse de produire un son "algorythmiquement parfait" : le rendu du Neural DSP au sein d'un groupe est le même que celui de l'ampli correspondant dans toutes les situations, que ce soit en trio, en quintet, ou avec un batteur très présent… Cet aspect n'ayant pas besoin d'être géré, ça enlève toute une couche de mises au point et de prises de tête.


› Tu joues sur plusieurs instruments très différents, et ton travail au magasin te permet d’essayer presque tout ce qui existe. Est-ce que tu as remarqué des différences dans la reproduction entre par exemple une Strat, une PRS ou une Les Paul avec le Quad Cortex de Neural DSP par rapport à d'autres appareils ?

C'est justement un autre gros avantage du Quad Cortex de Neural DSP : pas besoin de faire des configs distinctes ou de prendre des captures spécifiques pour chaque réglage, ou avec tous les types de grattes ou de micros. Il réagit comme un vrai ampli, et je peux donc le traiter de la même manière, en plaçant tout simplement un clean boost derrière mes single-coils pour être au niveau de mes humbuckers. Je passe de ma Telecaster à ma PRS ou à ma Jazzmaster en gardant la même dynamique et la même présence. J'entends les différences de texture entre mes guitares comme je les connais dans mes amplis.


› Maintenant que tu l’as bien pris en main, quelle est ta fonctionnalité/configuration favorite ?

L'interface graphique, qui est aussi intuitive et robuste que celle d'un iPhone, est une bonne candidate, mais je dirais quand même que les possibilités physiques de cette machine pour répliquer l'expérience d'un ampli sont mes vraies favorites. Le système des entrées et sorties pour des configs 2 ou 4 câbles, le repiquage ou le re-amping, est facile à utiliser et très complet, c'est assez formidable.


› Sergio, tu es actif au sein de plusieurs projets (Spit Reckless et Idpop), comment traversez-vous la pandémie? Quels sont vos projets pour l’avenir ?

En ce qui concerne Spit Reckless, la pandémie nous a permis de prendre le temps de composer et d'enregistrer notre deuxième album, dont nous allons entamer le mixage prochainement. On vise une sortie en fin d'année, ou tout début 2023, avec probablement un ou deux singles entre-temps. Avec Idpop, qui est un trio avec Marie Mercier à la clarinette basse, et mon ami d'enfance Robi au chant, nous avons travaillé sur la post production de notre premier album qui va sortir cette année pour développer à fond notre identité sonore. Ça m'a donné l'opportunité de forger mes compétences dans les domaines de la prise de son, du mix et du mastering, et je pense pouvoir maintenant mener un projet comme celui-là jusqu'au bout, avec de bons résultats.


› Merci Sergio, souhaites-tu ajouter quelque chose pour conclure ?

Comme toujours : faites-vous plaisir en jouant de la musique, composez, expérimentez, échangez vos idées entre vous, avec nous au magasin. La musique c'est une passion, et y en a plus quand on la partage.



› Julien, quel est ton parcours musical ?

Bourguignon d’origine, j’ai débuté la musique à l’âge de 7 ans dans l’école de musique de mon village par le trombone. Au fur à mesure de années, mon parcours m’a amené au conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés avant d’intégrer la HEM de Genève au département de musique ancienne à la sacqueboute. J’y ai suivis le cursus complet avec l’obtention d’un Bachelor, un master d’interprétation et un master de pédagogie. En parallèle des études, je me suis formé en enseignant et en jouant dans différentes formations (musique de chambre et orchestres). Je suis musicien freelance, professeur de trombone, directeur artistique et directeur pédagogique.


› Comment es-tu venu à la sacqueboute ?

Dès ma première année de jeune tromboniste, mon professeur en avait une et jouait le répertoire d’époque. Ainsi, j’ai découvert l’instrument, sa sonorité et son jeu. Plus tard, auprès de Stefan Legée, j’ai débuté mon apprentissage de l’instrument et de l’interprétation des répertoires historiques avant de me former professionnellement à la HEM et auprès d’ensembles spécialisés.


› Quelle complémentarité trouves-tu entre la sacqueboute et le trombone moderne.

Le trombone est une sacqueboute ou l’inverse. L’instrument s’est adapté aux usages à travers le temps mais sa conception reste la même depuis la Renaissance. La pratique de la sacqueboute et la compréhension de ses répertoires apportent de nouveaux éléments interprétatifs à la palette de l’instrument moderne. Dans mon métier d’enseignant, mon expérience d’interprète historiquement informé ajoute une vision plus large et permet d’apporter une aide supplémentaire aux élèves.


› Tu joues un trombone moderne équipé du Freeflow Hagmann. Qu’est-ce qui t’a amené à ce choix ?

L’instrument avec lequel je suis à l’aise doit être utilisable avec les répertoires que j’enseigne et que je pratique. Le choix d’un trombone équipé du Freeflow s’est imposé naturellement. La facilité et la rondeur de son de l’instrument sur la totalité de l’ambitus m’ont décidé à franchir le cap. Il était important que je puisse changer d’instruments facilement, parfois même dans un même concert. L’instrument moderne doit s’intégrer dans la continuité des instruments historiques que je joue. C’est grâce à l’équipe de Servette Music que l’instrument est adapté à ma pratique et mes besoins.


› Quels sont tes projets à venir ?

Les projets sont divers. Je prépare une série d’enregistrements audio et vidéo autour des cuivres anciens avec l’Ensemble Héritage que j’ai fondé. Nous jouerons également pour les cultes de fin d’année à la cathédrale de Genève. Nous présenterons un nouveau spectacle pour 2023 baptisé « 1520 ». En plus de mes activités d’enseignants, Je participe à la saison musicale de l’ensemble Europa Galante et de quelques ensembles pour plusieurs concerts.


› Merci Julien pour ce moment, et bonne suite musicale.

› Bonjour Erwan, tu es professeur de guitare à l’ETM depuis 2 ans. Quel est ton parcours musical ?

Après des petites écoles de musique, j’ai fait un certificat de musique classique (guitare) au CPM à Genève. En parallèle, j’ai suivi des cours privés de jazz avec Christian Graf, qui m’a permis d’entrer à la HEMU à Lausanne. Là j’ai fait un master en performance, option jazz. Mon premier vrai projet avec lequel j’ai fait des concerts était orienté hip-hop/soul, qui s’appelait Cauliflower. Ensuite, à travers l’école, j’ai pu entrer en contact avec de nombreuses personnes, et j’ai joué dans beaucoup de projets en tant que sideman, notamment Dave Liebman, qui est un grand saxophoniste. J’ai aussi donné des cours de guitare, en privé et dans des petites écoles de musique, avant d’entrer dans une école de pointe, à l’ETM.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche musicale a-t-elle évoluée ?

J’ai pas mal changé d’esthétique au cours des années. Comme tout guitariste qui se respecte, j’ai commencé avec le rock: j’étais plutôt orienté punk, et j’aimais les groupes de rock et de metal « classique ». Et puis j’ai découvert Jimi Hendrix, et j’ai été séduit par son jeu, son style un peu sale, très empreint de soul. J’aimais plus son jeu en son clair que ses riffs avec de la disto. J’écoutais aussi beaucoup de musique contemporaine, et beaucoup de hip-hop. Ça m’a conduit au sampling, et j’ai commencé à produire de la musique. J’ai commencé à sampler du piano, de la batterie, un peu tout, en fait.

A partir de là, la guitare est essentiellement devenue un outil d’improvisation. J’ai voulu sortir des sentiers battus, et le jazz était un domaine superbe pour me permettre de le faire. Je ne suis pas un grand bosseur, mais ça ce sont des aspects que j’ai beaucoup travaillés pour progresser, et développer mes solos, sortir de la sempiternelle pentatonique, connaître mon manche, apprivoiser les triades… J’ai commencé à jouer plus avec mes oreilles qu’avec mes yeux, et ça a changé la donne. C’est surtout par le jazz moderne que j’ai pu apprécier le jazz, et que j’ai enrichi et consolidé mon vocabulaire.

Et maintenant, je suis plongé dans la musique électronique. Je suis carrément dans le son en tant que tel, la patte sonore, et plus du tout dans la guitare au centre d’un groupe. J’adore les synthétiseurs, mais je ne suis pas pianiste, donc j’essaie de retrouver cette magie avec les effets de guitare. Delay, reverb, hamonizers, je m’en sers pour trouver un son parce que la guitare avec des effets m’intéresse de plus en plus avec le temps.


› Et tu as trouvé ton son ?

Oui, je crois, en tout cas je suis sur la bonne voie. J’ai un son à moi, je suis fidèle à mon instrument. Bon j’ai une guitare très polyvalente aussi, une PRS 513. Du coup ça me permet de retrouver beaucoup de sons différents, de celui de la Strat à celui de la Les Paul bien nerveuse. J’arrive ainsi à construire mon esthétique, qui se trouve à la croisée du jazz, de la pop indie, et de la musique électronique. Comme je te l’ai dit, je m’intéresse au son lui-même, et j’utilise des synthétiseurs, des samplers. Ma guitare est donc plus un des éléments d’un set électronique.


› Quelles sont tes guitares préférées ?

PRS est une marque que j’apprécie beaucoup. Elles permettent d’avoir une palette sonore gigantesque. J’ai découvert la marque à travers la gamme SE (NdR. : Paul Reed Smith Student Edition, des guitares fabriquées en Corée dont le contrôle qualité est assuré par l’usine du Maryland aux USA). Mais j’étais parfois un peu limité, surtout quand on me demandait de prendre un son de Strat, pour faire des cocottes, par exemple. J’ai trouvé la 513, et je n’ai plus eu besoin de chercher plus loin pour assurer dans toutes les situations, puisqu’elle me procure autant un son jazz très plein, mais aussi un son clair et brillant, etc. Avec toutes les possibilités qu’elle offre, c’est facile de retrouver tous les sons de guitare grâce à un switch ou un potard. Après, j’ai toujours ce rêve de gosse de me trouver un jour une vieille Tele, pour avoir un son Tele authentique à la maison, et pour certains projets, pour lesquels il faut ce son.


› On a passé un moment ensemble au magasin. De toutes les PRS que tu as vues, laquelle t’a tapé dans l’œil ?

La McCarty 594. Je l’ai trouvée vraiment très agréable. Le manche est confortable, les finitions sont fantastiques. Elle a un son plein qui me permet de retrouver les sonorités jazz, et en single, elle claque ! Pour moi c’est vraiment la meilleure.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Je connais le magasin depuis que je suis gosse, je me souviens d’y venir avec mon père à l’époque. Depuis que je suis arrivé à Genève, j’apprécie beaucoup la disponibilité de l’équipe de Servette-Music. Il y a toujours quelqu’un pour m’aider, il y a du choix. Les liens de Servette-Music avec l’ETM sont aussi enrichissants, ça facilite beaucoup de choses pour les professeurs comme pour les élèves. Et puis je ne sais pas s’il faut le dire, mais j’aimerais bien qu’il y ait plus de place pour les effets. Mais après ce que je t’ai dit sur ma recherche musicale et sonore, tu comprends bien pourquoi !


› Quels sont tes projets actuels ?

Mon projet principal en ce moment s’appelle « Mohs ». Je l’ai monté avec un ami trompettiste, un batteur et un bassiste, et c’est un mélange de toutes mes influences de ces 20 dernières années, jazz et musique électronique principalement. Les compos sont collectives, c’est un vrai groupe. J’ai un petit studio rue de Lyon, dans lequel on répète, on fait des prises de son, et on se renvoie la balle sur des idées pour les faire évoluer, et on va sortir notre 2ème album en février 2022.

Sinon j’ai aussi un groupe qui s’appelle « Ora », qui est un projet de musique électronique, et va jusqu’à la dance. C’est de la musique de club, avec des influences house, techno. C’est live machine. J’ai aussi la guitare sur scène, mais on utilise les drum machines, des samplers, et je fais des boucles de guitare en live, en contrôlant avec des synthés. On est loin de la formation de rock classique.

Dans une toute autre veine musicale, « Ticora » est un quartet composé d’un orgue, d’une batterie, d’un saxophone et d’’une guitare. On fait un mélange d’afro-beat, de musique de la réunion, de jazz. C’est un jeu complètement différent à la guitare, beaucoup plus rythmique. Et puis j’ai un groupe de musique de chambre qui s'appelle « Espuma Antigua », composé d’un violoncelle, d’une voix et d’une guitare électrique. On fait des arrangements contemporains de musique baroque (Bach, Vivaldi, Purcell). On est dans un truc très intimiste, c’est très doux. J’utilise beaucoup d’effets dans ce contexte, pour englober l’espace sonore avec des reverbs et des delays.


› Comment as-tu vécu la période COVID ?

On a dû s’adapter avec les cours à distance. Pour certains trucs, c’est plus facile : c’est confortable de rester chez soi, pour les cours de théorie c’est plus simple. Mais pour jouer la musique, c’est plus délicat, par la nature même de l’art. Niveau personnel, j’ai pris l’opportunité de me recentrer sur mes créations. Je suis sideman avec plaisir, mais je ne suis pas un mercenaire de la musique. J’ai donc aimé pouvoir passer du temps en studio pour faire de la recherche sonore, développer mes propres idées, et même apprendre à mixer.


› Merci Erwan, nous allons tenir compte de tes remarques sur la place donnée aux effets car tu as raison, nous pouvons mieux les mettre en valeur. Passe une belle fin de journée et bonne continuation.

› Bonjour Georges, qu’est-ce qui t’a incité à produire les guitares du 70e anniversaire ?

La plupart des gens à cet âge penseraient à prendre leur retraite, mais mon 70e anniversaire marque aussi ma 48e année de fabrication de guitares. C’est une longue période, et cela mérite d'être célébré. Je n'ai pas encore l'intention de prendre ma retraite, mais ne le dites pas à ma femme !

Les guitares Birthday sont comme toutes les éditions limitées que nous faisons : les caractéristiques supplémentaires et les personnalisations sont très subtiles, elles ne sont pas très flashy. La voie Lowden est d'être plutôt discret de ce côté.


› Nous avons une F-35 Ebony/Sinker Redwood (NdT: le Sinker Redwood est un type de séquoia). Pourquoi as-tu choisi d'associer ces bois spécifiques ?

L'ébène ressemble beaucoup à l’African Blackwood car sa texture est très fine, et il est très dense. L'ébène a un son étonnamment bell-like pour un bois de fond et d'éclisses. En associant l'ébène à du Sinker Redwood, qui est très léger, on obtient une chaleur dans le son qui complète la brillance et la projection de l'ébène. Une table en cèdre donnerait une guitare très puissante, mais pour avoir plus de chaleur, on préférera du Redwood. Le Sinker Redwood, bien sûr, est le meilleur bois rouge que l’on puisse trouver.


› Selon toi, quel est l'élément le plus important lorsque tu choisis les bois pour construire une de tes guitares ?

Pour les tables d'harmonie, je dois les toucher et les sentir. Je plie chacune d’entre elles pour éprouver leur rigidité et leur flexibilité. Elle doivent avoir suffisamment de tenue pour être assez résilientes une fois rabotées jusqu'à leur épaisseur finale. Je passe également beaucoup de temps à tapoter le bois de différentes manières pour me faire une idée des qualités sonores de chaque ensemble. Je cherche à entendre des fréquences spécifiques et des années d'expérience m'ont enseigné ce qu'il faut rechercher et écouter. C'est la même chose pour le matériau des barrages. Je le tapote sur mon banc et je veux entendre des hautes fréquences proéminentes — je cherche un "ping" plutôt qu'un bruit sourd !

Pour le fond et les éclisses, il s'agit plutôt de rechercher la meilleure qualité de bois, quelle que soit son essence. Idéalement, je recherche du bois scié sur quartier. Pour certains bois, il n'est pas si important, ou possible, d'avoir du bois quartersawn, surtout si la guitare est destinée à un climat très sec, comme en Suisse par exemple. Le bois quartersawn ne se rétracte ou ne se dilate pas autant que le bois coupé en tranches (slab-cut).


› Pourquoi avez-vous choisi de jouer des trombones équipés du système Vibrabell et de cylindres Hagmann?

En 2009, mon cadeau de fin d'étude a été un trombone Vincent Bach équipé d'un système Vibrabell. J'étais soufflé. Ajouter un barillet Hagmann étais simplement le couronnement de ma recherche car ce sont des systèmes qui améliorent la qualité du son et le confort de jeu : il n'y a pas de gaspillage d'air, le rendu est homogène, et les graves sortent avec facilité.Depuis juin 2019, j'ai fait équiper mon trombone avec le barillet Hagmann GEN 2, et là, le son est encore plus centré et homogène, et les paliers sont encore plus rapprochés.


› Toi personnellement, et Lowden Guitars, avez une longue histoire avec Servette-Music…

C'est tout à fait vrai. Mon tout premier distributeur était à Paris en 1978, et je sais qu'Yves, qui a été associé chez Servette-Music pendant de nombreuses années, a rendu visite à ce distributeur à Paris, et qu'il a vu mes guitares. Il a ensuite pris contact avec moi, et c'est ainsi que la relation a commencé. Yves a été très sympathique avec moi et m'a invité à l'accompagner à la MusikMesse de Francfort — c'était la première fois pour moi. René et Christine, les premiers fondateurs et propriétaires de Servette-Music, m'ont invité à rester chez eux pour ce voyage, et j'ai un souvenir très distinct de leur gentillesse. À l'époque, j'étais très jeune et je ne connaissais pas vraiment le monde des instruments de musique, je ne savais que fabriquer des guitares ! Servette est ainsi devenu mon deuxième distributeur, et notre relation dure depuis maintenant 43 ans. Vous occupez une place très spéciale dans mon cœur.

› Bonjour Philippe Regana ! Merci d’avoir accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Avant de commencer, pourriez-vous rapidement vous présenter à nos lectrices et lecteurs ? Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

Mon parcours a débuté par l’apprentissage de la flûte traversière à Lourdes, au sein d’une harmonie municipale où mon père jouait du classique et du jazz. Il était lui-même issu d’une harmonie voisine où une bonne partie de la famille jouait, plutôt du côté des cuivres.

J’ai développé, par la suite, une passion pour l’instrument qui se trouvait à côté des secondes flûtes, le hautbois. J’ai donc démarré l’apprentissage de cet instrument à Pau, puis à Rueil-Malmaison et au conservatoire national supérieur de Lyon auprès des Maîtres Daniel Arrignon, Jean-Louis Capezzali et Jérôme Guichard. Ma curiosité m’a également poussé à explorer la direction d’Harmonie, de Chœur et d’Orchestre ainsi que la composition.

Au fil des rencontres, j’ai développé une affinité particulière pour le théâtre, la danse et l’alliance des arts en une seule et même œuvre. L’enseignement m’a également passionné très tôt, influencé par ma mère, qui s’occupait d’enfants à besoins particuliers et de leur intégration à l’école. J’ai donc enseigné à Rueil, Lyon, Nevers et Villeurbanne sous une forme de pédagogie maïeutique et humaine, avant d’intégrer le Conservatoire populaire à Genève.

Après un long parcours dans la création contemporaine avec l’Ensemble l’Instant Donné, à Paris, et une multitude de projets pluri-artistiques, c’est tout naturellement que j’ai décidé de me concentrer sur la direction du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre. Cela a entrainé quelques sacrifices, l’arrêt du hautbois et de différents projets artistiques personnels notamment, mais ce n’est rien comparé au plaisir immense que me procure ma fonction.


› Pouvez-vous également nous dire quelques mots sur l’institution qu’est le Conservatoire populaire ?

Le Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre, c’est près de 90 ans d’histoire qui ont contribué à créer un esprit et un idéal résolument tourné vers l’humain et l’avenir.

Ecole de proximité foisonnante dans tout le Canton, le Conservatoire populaire, c’est plus de 40 Centres d’enseignement et 200 professeur.e.s-artistes, hautement qualifiés tant sur scène que pour enseigner et transmettre leur passion dans des cours et cursus adaptés à tou·te·s nos élèves.

Le Conservatoire populaire, c’est aussi 25 personnes dévouées à l’administration qui font tourner l’Institution sous l’œil bienveillant de notre Conseil de Fondation, présidé par Louise Kasser Genecand.

L’idéal du Conservatoire populaire, c’est d’apporter de l’art partout où on l’on peut. Qu’il s’agisse de musique, de danse ou de théâtre, c’est permettre aux enfants et adultes de profiter de tout ce que l’art peut leur apporter dans le cœur. C’est aussi les armer avec les connaissances et compétences qui leur permettront de vivre dans notre société qui change à vue d’œil.


› Nous avons vécu une période complexe pour la culture en général et le monde musical en particulier. En tant que directeur du Conservatoire Populaire de Genève, quelles stratégies avez-vous adoptées afin de maintenir vos activités d’enseignement malgré les conditions sanitaires ? Pouvez-vous revenir à la normale en cette rentrée 2021 ?

Ce que nous avons vécu est inimaginable. La fermeture du Conservatoire populaire en mars 2020 a été un moment historiquement effroyable. Mais ce qui m’a le plus ému, d’un point de vue personnel, c’est la créativité et la réactivité, l’implication et le dévouement des enseisgnant.e.s et des collaborateurs administratifs.

En une semaine, nous avons réussi à mettre sur pieds des cours en ligne ou à distance pour 85% des élèves. Ce chiffre a atteint 95% durant le confinement total. Nous sommes particulièrement reconnaissants envers la Fondation Barbour qui nous a aidé à acquérir, en urgence, 50 tablettes, à destination de ceux qui n’avaient pas le matériel leur permettant de suivre les cours depuis chez eux. On ne fait jamais rien seul.

Par ailleurs, nous avons créé une plateforme d’enseignement en ligne en seulement 3 semaines et avons géré toutes nos réinscriptions de manière numérique. Toutes les équipes ont travaillé jour et nuit afin de maintenir le lien avec les élèves. Maintenir la flamme artistique était essentiel ; l’art est essentiel. Mais il fallait encore le prouver et c’est ce que nous avons fait. Nous étions sur le devant de la scène.

Nous avons reçu des centaines de témoignages de nos élèves qui ont gardé le lien avec l’art pendant le confinement, et le sourire avec ! Nous avons été un compagnon de confinement privilégié. Les départements Danse et Théâtre ont également fait des dizaines de vidéos, de cours en ligne, de films à la maison, de montages « home made » ainsi qu’un Vidéo Challenge sur le Lièvre et la Tortue qui a remporté un franc succès. Vous pouvez découvrir tout cela sur notre Blog et sur notre chaîne YouTube.


› Quel impact a eu la pandémie sur vos élèves, vos enseignantes et enseignants, et sur l’institution en général ?


Sur la durée, ce sont les groupes, les Chœurs, et puis le moral de chacun·e, qui ont le plus souffert de cette pandémie. Nous recrutons d’ailleurs encore pour le Chœur Grégorien adulte.

A la deuxième et la troisième vague, nous avons eu de la peine à entretenir l’envie et la motivation. Mais, même si les spectacles et représentations étaient suspendus, c’est grâce à la richesse de nos professeur·e·s, des cours individuels et des cours collectifs qui permettent de vivre de beaux moments de partage avec des pairs que les élèves sont restés avec nous.

Nous avons réussi à recruter de nouvelles vocations entre deux vagues, et, aujourd’hui, même si nous y avons laissé beaucoup d’énergie, je crois que les professeur·e·s, les élèves et le personnel administratif peuvent être très fier·e·s de la façon dont nous avons, ENSEMBLE, sublimé les circonstances impensables de la COVID. Notre secret a été la solidarité et la foi dans notre passion pour l’enseignement de l’art. Nous y croyons sincèrement !

A posteriori, je pense que l’on peut dire que c’est grâce à son histoire, ses ressources et son potentiel que l’Institution a réussi à avoir les reins suffisamment solides dans de pareilles circonstances. De cette expérience, nous retirons quelques avancées dans le domaine digital et nous continuerons à travailler dans ce sens. Nous avons aussi compris que nous avions un rôle central à jouer dans la société, et cela redonne confiance.


› L'incertitude ne touche pas seulement les écoles de musique ; elle joue aussi sur les concerts et les représentations en public. Comment composez-vous avec cette nouvelle donne ? Avez-vous été contraint d’abandonner des projets ? D’en modifier ? D’en inventer ?


Nous avons toujours soutenu les artistes de la scène, puisqu’ils ont souffert plus longtemps et plus profondément que dans l’enseignement. Non seulement car nos professeur·e·s sont également sur scène, mais aussi parce que cela fait partie de notre corps de métier.

J’ai encore une pensée solidaire pour celles et ceux qui reprennent leur activité tant bien que mal et malgré des restrictions sanitaires encore bien présentes.

De notre côté, nous avons dû nous passer des auditions au format classique et avons favorisé les auditions en micro-comité ainsi que les projets vidéos, sans spectateur. Même au théâtre, les pièces ont été captées pour que les parents puissent également en profiter. Nous avons reporté le grand spectacle bisannuel de la Danse au BFM. Nous avons eu quelques petites représentations avec un public ultra-restreint avec les Filières Préprofessionnelles pour lesquelles l’exercice sur scène devant un public est nécessaire.

En puis en juin, le contexte sanitaire évoluant, nous en avons profité pour organiser une « Faites de la musique » interne afin que nos élèves regoûtent au plaisir d’être applaudis et ovationnés.

Globalement, durant cette période, nous avons tout·e·s été frustré·e·s mais malgré cela, nous avons tout·e·s fait preuve d’une grande résilience et d’une capacité d’invention incroyable pour construire une pédagogie autour d’autres ressorts que la scène.


› Pour finir, tournons-nous un peu vers le futur : comment imaginez-vous les années à venir ? Quelles expériences conserver de cette année écoulée ? Quels grands projets avez-vous en tête ? Quelles sont vos perspectives pour l’avenir du CPMDT ?

Les années à venir sont jonchées de grands défis. Il faut cesser de penser que l’apprentissage artistique est dédié uniquement à l’élite et qu’il est le « complément » d’une bonne éducation.

L’apprentissage artistique doit être au cœur de l’instruction publique, plus fort que jamais ; d’une part pour rattraper les retards cognitifs et émotionnels pris pendant la pandémie et le manque d’interaction sociale, d’autre part pour que nos enfants d’aujourd’hui acquièrent les compétences qui leur permettent d’inventer leur emploi de demain.

On connaît le mal que font les écrans et le manque de lien social. Mais on connaît également le remède : plus de musique, plus de danse, plus de théâtre, et pour le plus grand nombre !

L’Orchestre en Classe et les systèmes approchants sont des réponses imparables et qui peuvent toucher tout le monde, dans tous les quartiers. C’est un partenariat magnifique entre le DIP et certaines écoles de musique, dont le Conservatoire populaire fait partie, précurseur et toujours moteur. Certaines communes, comme Lancy qui nous aide à développer ce projet, en ont bien saisi les enjeux.

En quelques mots, l’Orchestre en classe, c’est une classe de 7P ou de 8P qui devient un Orchestre à elle-seule. Ce projet permet de développer des Orchestres de toutes sortes. D’autres arts comme la Danse sont également inclus dans la démarche. Pour un Orchestre à vent par exemple, chaque élève reçoit, durant deux ans, un instrument : flûte ou clarinette, basson, trompettes, cors, tuba, euphonium, percussions…C’est un cadeau extraordinaire puisqu’il symbolise le fait que l’adulte fait confiance à l’enfant, le considère, croit en lui et en ses compétences. Durant deux ans, donc, la vingtaine d’élèves découvre et apprend la musique au sein de l’Orchestre géré par des professeur·e·s spécialisé·e·s et compétent·e·s.

Jouer dans un Orchestre est une incroyable expérience, reflet d’une société idéale dont la diversité est au cœur. La différence des instruments fait la richesse de l’Orchestre, tout comme la différence et la diversité des êtres humains font la richesse d’une société, d’un Canton. Si l’on est tous pareil, cela s’appelle l’uniformité. À l’Orchestre, on recherche justement la diversité pour former une vraie Unité. C’est un apprentissage essentiel par le vécu artistique, en plus de toutes les compétences cognitives, émotionnelles, sociales qui se développent à grande vitesse dans la musique.

L’ouverture à d’autres musiques, et notamment les Musiques actuelles représente un autre défi pour nous. Notre pôle de musiques actuelles est né il y a deux ans, mais ce n’est qu’aujourd’hui que nous pouvons le dire officiellement : au Conservatoire populaire, on peut à présent apprendre à jouer de la guitare électrique, de la guitare basse, du synthétiseur ou à chanter en s’accompagnant soi-même au piano, par exemple !

Nous renforçons aussi notre excellente section jazz en partenariat avec l’AMR en créant l’école de Jazz de Genève. Au sein des classes préprofessionnelles et préparatoires, nous formons une dizaine d’élèves qui entrent en Haute Ecole de jazz chaque année.

Prendre soin de chacun·e est également quelque chose qui nous tient particulièrement à cœur. C’est cela nous avons créé deux nouvelles sections. Un pôle d’enseignement à besoins particuliers pour accueillir véritablement tou·te·s les jeunes genevois.e.s dans nos cours. Nos professeur.e.s se forment petit à petit et nous réservons une place de choix à nos partenaires qui promeuvent l’école inclusive. Nous nous devons de réaliser cela dans les écoles artistiques.

Quant au pôle de prévention et de développement personnel, il regroupe les partenariats avec des Fondations et des Associations de préventions de tous types d’abus, mais aussi des cours de Feldekreis, des stages contre le trac, de la coordination respiratoire… La musique, la danse, le théâtre, c’est aussi dans le corps et dans la tête, c’est pourquoi nous essayons de prendre soin de notre personnel autant que de nos élèves.

Enfin, en 2022 : nous inaugurerons LES 6 TOITS avec la collaboration de Contrechamps, Eklekto et l’Orchestre de Chambre de Genève. Ensemble, nous reprenons deux silos de la zone industrielle des Charmilles pour en faire une salle de spectacles et des salles de cours, de répétitions et de créations.

En 2022 également, nous célébrerons les 90 ans du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre. Nous réservons au public genevois de belles manifestations et de nombreuses surprises !


› Mauricio, peux-tu nous parler de ton parcours et des différents ensembles dans lesquels tu joues ou que tu diriges ?

J’ai commencé l’étude du saxophone en Colombie quand j’étais enfant en approchant à la fois la musique classique, la musique populaire de mon pays, et la musique latino plus globalement. En arrivant ici, j’ai fais mes études à la Haute école de musique de Genève en classique et en parallèle à la HEMU en section jazz. Aujourd’hui, je suis professeur à l’Ondine Genevoise et en privé. Je suis membre du Quatuor Saxas et du Big up' band. Et puis enfin, je dirige le Big Band de Dardagny-Russin.


› Il y a une grande nouveauté chez Selmer, l'Alto Supreme, qu’en penses-tu ?

Le Supreme est un joli coup de la maison Selmer. Elle a réussi un bel assemblage, alliant un son homogène, une précision mécanique et une intonation formidable. C’est un excellent saxophone sur tous les points, qui va ravir tant les musiciens qui jouent du classique que ceux qui jouent des musiques actuelles. Ses qualités permettent au musicien de se concentrer sur la musique sans devoir lutter contre l’instrument. Il surfe sur la tendance actuelle, qui favorise un saxophone plus réservé et moins éclatant que son prédécesseur, le Série III.


› Par rapport au modèle que tu joues actuellement, quels sont les plus et les moins ?

Je joue sur un modèle Série III de chez Selmer, avec un corps en argent massif. Comparé à mon instrument, et d’une manière plus générale, au Série III, il est clair que les points évoqués ont été nettement améliorés. Toutefois, le Supreme est un instrument un peu plus centré et réservé. Cela le rend beaucoup plus facile et confortable à jouer, mais moins éclatant que le Série III. Il n’y a pas besoin de lui rentrer dedans pour qu’il sonne.


› As-tu déjà ressenti des sensations équivalentes sur un autre modèle ?

On peut retrouver certaines de ces qualités sur quelques modèles de chez Yamaha, notamment au niveau de la facilité de jeu, mais le son des saxophones Selmer est inégalable.


› Dans le contexte où Selmer reste le leader du saxophone, que penses-tu des marques qui sortent des sentiers battus telles que Cannonball ou Advences, face à des marques plus traditionnelles comme Yamaha ou Yanagisawa ?

Les marques comme Advences et Cannonball sont résolument tournées vers la musique actuelle et séduisent beaucoup les jeunes par leur esthétique sortant de l’ordinaire. Les personnes qui pratiquent des musiques modernes, pop, jazz les apprécient car ils sont moins exigeants que les Selmer, tout en délivrant un son riche et en ayant une signature sonore propre. Je pense quand même qu’avec ce nouveau modèle, ce schéma pourrait changer.


› Comment vis-tu la situation actuelle en tant que musicien ?

La situation sanitaire est difficile car les concerts et le lien avec le public me manquent. Mais cela m’a aussi donné l’occasion de mettre en place de jolis projets, notamment plusieurs enregistrements à distance, y compris avec l’Amérique Latine. Aujourd’hui, la technologie permet heureusement cela. Cela ne remplace pas les concerts, mais comme ça on peut garder un lien avec les autres.


› Et en tant que professeur ? Cours à distance, en présentiel, y a-t-il des choses à garder de tout cela ?

La musique est un art vivant et qui a besoin d’interaction pour être vécu. C’est très délicat de l’enseigner à distance. Les inégalités d’équipement font qu’il est compliqué de travailler correctement avec les élèves. On ne peut pas corriger la posture, ni le son, ou indiquer un rythme. Durant la période d’enseignement à distance, les enfants étaient très heureux d’avoir leur cours car ça leur faisait oublier la situation actuelle. Maintenant qu’ils sont revenus en présentiel, ils sont encore plus motivés qu’avant.


› Quels sont tes projets musicaux pour la suite ?

Avec les différents ensembles dont je suis membre nous avons pas mal de concerts qui se profilent pour la deuxième partie de l’année. Avec le  Big up' band pour l’automne, avec Balenque (un groupe de musique brésilienne) à l’Alhambra, et cet été avec l’OSR sur la scène Ella Fitzgerald. Avec le Quatuor Saxas, nous sommes également en train d’écrire et éditer un livre de contes et musiques pour enfant avec des compositions originales.  


› Matthias, peux-tu nous raconter ton parcours musical ?

Mon parcours débute tardivement, car je ne me suis lancé dans la carrière musicale qu’à 20 ans. J’ai d’abord hésité avec le milieu pictural, dans lequel je suis né, avant de me découvrir une vraie passion pour la musique grâce à des expériences d’orchestre et à diverses opportunités d’enseigner la clarinette dans de nombreuses écoles de musique.

Plus tard, durant mes études à la Haute Ecole de Genève chez Thomas Friedli j'ai également intégré l’Orchestre symphonique à vents de l’Armeespiel en tant que clarinette solo. Cette expérience m’a ouvert l’esprit sur des pratiques de répertoire que j’ai d'abord développées au Conservatoire Populaire de Musique, qui m'a engagé à la fin de mes études supérieures par la création d’un orchestre d’harmonie d’élèves avancés. Puis, parallèlement à mon poste d’enseignant de clarinette au Conservatoire Populaire, je me suis formé à la la direction d'Orchestre en classe pour la section des vents il y a 7 ans par Éric Völki, l’initiateur de ce projet sur le canton de Genève.


› Peux-tu nous présenter le projet de l’Orchestre en classe ?

Le principal objectif de cette expérience est de permettre à des enfants provenant de milieux défavorisés d’accéder à la pratique musicale. Cette dernière, réalisée collectivement, permet de développer des compétences dans d'autres domaines scolaires, ainsi qu’une discipline utile aussi bien au niveau individuel qu’au niveau du groupe. L’écoute, la concentration, l’entraide, le dépassement de soi font partie intégrante de cette expérience pour chaque enfant.

Ce projet s’est d'abord implanté à Zürich en 2008, avant d’arriver il y a presque 10 ans sur Genève, où il a d'abord été mis en place dans les écoles primaires du réseau d’éducation prioritaire. Mais la Ville de Lancy a par exemple ensuite ouvert des orchestres d'instruments à vent, à cordes et de percussions dans l’ensemble de ses écoles communales. Finalement, le projet s’est considérablement développé en 10 ans : on compte actuellement 15 classes primaires pour les vents et 10 classes pour les cordes, ainsi qu’une classe de percussions. C’est un record en Suisse romande !


› Comment cela se déroule concrètement un Orchestre en classe ?

Les enfants concernés par le dispositif "vent" dont je m'occupe ont entre 10 et 12 ans. Ils débutent l’orchestre en 7P Harmos puis le poursuivent en 8P.

Les instruments sont prêtés par le Conservatoire Populaire de Musique Danse et Théâtre. Après une phase de choix, cruciale, et avec l’aide de professionnels de chaque instrument, les enfants en sélectionnent un qu’ils conserveront pendant deux ans. Le travail s’effectue sur deux périodes consécutives de temps scolaire. Dans ce dispositif, la maîtresse de musique de l’école ainsi que le ou la titulaire de classe participent activement et prennent, comme les enfants, un rôle d'apprenants dans l’apprentissage d’un instrument. Des professionnels en chaque instrument viennent également ponctuer ces deux années par du coaching pour les élèves.


› Quels sont les genres d’instruments représentés ? Et quels sont ceux qui ont le plus de succès auprès des musiciens en herbe ?

Une très grande partie de la famille des vents est représentée dans ces orchestres en classe : flûte traversière, clarinette, saxophone, basson, trompette ou cornet, trombone, euphonium, voire même le tuba ! La batterie et certaines percussions mélodiques sont également présentes. Mais il n’y a pas à proprement parler des instruments qui récoltent plus de suffrage que d’autres. Cela dépend beaucoup des volées, et les choix sont réalisés selon les demandes des enfants, qui élisent toujours 3 instruments qui leur ont bien plu lors des essais au début du projet. Cela augmente donc les possibilités de réaliser un orchestre équilibré entre bois et cuivres.


› Qu'est-ce qui rend l’accès à la musique pour les jeunes, en particulier les enfants, si important ?

La pratique musicale développe chez les enfants des capacités de mémorisation, de concentration, de motricité, de coordination, de créativité au travers de ce langage universel. De plus, cette démarche permet aux enfants de s’ouvrir sur des pratiques musicales variées qui leur apportent une plus grande sensibilité au monde qui les entoure. Elle leur donne l'opportunité de toucher et de faire vibrer un instrument, et de vivre des expériences formidables à travers les concerts publics qui sont organisés en différents lieux durant les deux ans du projet ! Même si la plupart des enfants ne continuent pas l’étude d’un instrument après cela, cette expérience reste gravée en eux, et ressortira peut-être un jour au cours de leur vie.


› Quel est ton meilleur souvenir d’Orchestre en classe ?

Difficile d'en choisir un... Peut-être les productions réalisées avec l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) pour la Fête de la Musique. Elles ont permis aux jeunes de jouer une création d’Arturo Corrales autour de légendes fantastiques avec des professionnels.


› Enfin, quels sont les projets importants à venir pour l’Orchestre en classe prochainement ?

Il y en a quelques uns : nous avons par exemple un projet spécifique avec l'OSR pour juin 2021 (Orchestre en classe "vents" et "cordes"), et une collaboration avec l’Harmonie Nautique, qui permettra aux jeunes musiciens de se retrouver dans une formation similaire à la leur, mais en beaucoup plus grand !


› Quelles sont les finitions les plus récurrentes dans le domaine des cuivres? Qu’est ce qu’une finition standard par opposition à une finition spéciale ou custom (personnalisée)?

Les finitions standard les plus courantes sont le verni transparent ou l’argenture brillante. On entend par là les finitions habituelles d’usine, proposées par les marques d’instruments.

Certaines finitions spéciales sont possibles en usine lors de la commande mais il faut le plus souvent se tourner vers des magasins possédant des ateliers spécialisés dans la transformation et la restauration d’instruments.


› Quelles sont les finitions spéciales les plus utilisées de nos jours? Est-ce que ces finitions ont changé dans le temps, disons par rapport à 25 ans en arrière (une génération de musiciens)?

Les finitions spéciales les plus demandées aujourd’hui sont l’aurification, le sablage, le verni mat, le noircissage, ou même parfois des vernis teintés.

Les finitions ont beaucoup évolué avec le temps. D’un point de vue esthétique d’abord, puisque, par exemple, les instruments ont longtemps été ornés de grandes gravures sur le pavillon mais aussi sur les parties mécaniques, ce qui a totalement disparu aujourd’hui. D’un point de vue qualitatif également, puisque l’évolution des connaissances et des technologies, notamment dans la composition des vernis, a permis de créer des composants beaucoup plus résistants qu’avant.

La mode des finitions est quelque chose de cyclique. On voit aujourd’hui un retour des finitions mates, que ce soit argentée, vernie ou aurifiée, ce qui se faisait beaucoup dans les premières décennies du XXe siècle. Associé avec des parties polies (par exemples les pompes d’une trompette), cela donne un très bel effet.

La grande différence est que l’on peut aujourd’hui appliquer un verni mat sur l’instrument au lieu de passer par le sablage de la matière. Cela n’était pas possible il y a encore quelques années, car les connaissances au niveau des vernis ne le permettaient pas.


› Quelles sont les finitions les plus difficiles à réaliser et pourquoi? Et les plus coûteuses et pourquoi?

Le vernissage est la finition la plus difficile à réaliser, si l’on veut obtenir un bon résultat. En effet, le verni ne pardonne aucune imperfection. L’instrument doit être parfaitement préparé et ne montrer aucun défaut de matière, ni rayure de polissage. C’est l’une des raisons pour laquelle les instruments haut de gamme se distinguent des autres. Cette préparation minutieuse demande beaucoup de temps et de savoir-faire.

Il faut ensuite que le vernissage soit parfaitement maitrisé. Il faut utiliser des vernis spécialement conçus pour les instruments et, en plus d’avoir une grande maitrise du processus, être équipé d’ateliers hors-poussière. Sans ça, les risques d’avoir des imperfections ou des coulures sont grands, sans parler du fait que le vernis peut ne pas tenir si il est mal réalisé.

Certaines finitions, comme par exemple une argenture accompagnée d’un sablage et d’un vernissage, peuvent également se révéler assez coûteuses en raison du nombre d’étapes importantes à exécuter, ainsi que du savoir-faire nécessaire et de l’équipement requis.


› Est-ce que les finitions « changent le son » de l’instrument? En particulier les plaquages or ou argent et les finitions telles que le sablage par exemple?

C’est un vaste débat qui anime les musiciens depuis longtemps… Certains sont convaincus de l’influence d’une finition ou d’une autre sur un même instrument. On ne peut pas nier qu’il y a des différences, mais toute la question est de déterminer ce qui les provoque. En effet, on sait que l’épaisseur du traitement a un impact – mais quelle est la part de changement due aux autres actions nécessaires ?

Prenons le cas d’une restauration sur un trombone, qui était à l’origine verni et pour lequel nous voudrions une finition argentée mate. Il faut tout d’abord démonter l’instrument, le dévernir, le décabosser, le polir, le sabler, l’argenter et, éventuellement, poser un verni par-dessus pour éviter l’oxydation. Il est évident que la sonorité de l’instrument sera différente après ces interventions – mais comment dire laquelle a le plus d’influence ? Je pense que cela pourra encore longtemps alimenter les discussions entre musiciens avant et après les concerts…

Le sablage n’a en principe pas d’incidence majeure sur le son, à condition qu’il soit bien réalisé. C’est une étape très délicate. Les risques principaux sont soit de « creuser » la matière (ce qui va la rendre très fine et fragile), soit d’écrouir la matière (ce qui va la rendre dure et lui faire perdre ses propriétés acoustiques).

Il faut bien avoir à l’esprit que le plus important c’est la construction et la géométrie de l’instrument et non sa finition. Le savoir-faire d’un constructeur et la qualité des matériaux utilisés sera toujours prépondérant sur la finition extérieure d’un instrument.


› Sommes nous capables de tout faire chez Servette-Music ? Avons-nous des sous-traitants et dans quel domaine ?

Nos ateliers sont là pour répondre à toutes les demandes particulières pour les cuivres ou pour les bois. De la mécanique à l’esthétique, en passant par l’intonation, nos spécialistes sont prêts à répondre aux besoins de chacun, allant même jusqu’à la fabrication d’instruments sur mesure, notamment les clarinettes et les trombones.

Concernant plus précisément la question des finitions, nous faisons la plupart des étapes dans nos ateliers, mais il nous arrive parfois de faire appel à des spécialistes pour certaines finitions particulières.


› Bien que le saxophone soit un bois, il est parmi les instruments qui utilisent le plus les gravures et finitions spéciales, ainsi que les alliages et les matériaux spéciaux. Qu’en est-il des possibilités de customiser son saxophone et quelles sont les différences sonores en fonction des alliages/finitions spéciales?

Le saxophone, comme tous les instruments fabriqués en métal, peut tout à fait être customisé.

Les métaux utilisés pour la fabrication de l’instrument, comme pour la famille des cuivres, auront une influence acoustique évidente du fait de la souplesse de la matière utilisée. En plus du laiton, le plus répandu, on trouve également des instruments avec des parties en bronze, en argent ou en maillechort. La part d’influence du matériau sur le son est largement plus importante que la finition de surface.

Quoi qu’il en soit, les différentes finitions énoncées dans ces quelques lignes sont tout à fait valables pour les saxophones. De même, sur les autres instruments de la famille des bois, tels que les clarinettes et le hautbois, des finitions spéciales sur le clétage peuvent également être envisagées.


› Francesco d'Urso, Moya Trombones existe depuis maintenant 15 ans. Quel est le secret de votre longévité ?

Depuis que nous avons commencé à jouer ensemble, la confiance a toujours été un élément central de notre collaboration. Le principal, c'est de savoir que l'on peut se reposer les uns sur les autres, et que chacun reste engagé dans le groupe, même s'il a aussi d'autres projets.

Ces projets nous permettent aussi d'entretenir une saine compétition, car aucun d'entre-nous n'aime avoir l'impression de rester sur le carreau. Donc quand l'un de nous prend une place dans un orchestre prestigieux, cela motive les autres à redoubler d'efforts.


› Vous avez un nouveau spectacle ; pouvez-vous nous en dire un mot ?

D'abord, c'est un bon mélange de musique et théâtre, créé en collaboration avec Michel Rossy, metteur en scène genevois. Moya Trombones a créé les arrangements basés sur la musique que nous aimons jouer, et que nous avons envie de faire découvrir au public.

Le concept de base est de casser l'image du musicien classique, ultra-sérieux et coincé qui joue avec austérité. Nous présentons donc quatre musiciens déjantés, dans un contexte original. Et je peux vous dévoiler un petit secret : au milieu, nous avons réintégré un opéra d'un compositeur italien (dont je tairai le nom car il faut garder un peu de mystère ;-).

(NdlR : Moya Trombones présentera son spectacle au cours de résidences à Montpellier en avril, à Nantes en juin, et en juillet-août dans un lieu à définir. Ne manquez pas de les suivre sur leur site moyatrombones.com pour avoir les dates exactes!


› Vous venez d’être endorsé la marque Vincent Bach. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

A mon avis, Vincent Bach, c'est le sommet en termes de partenariat artistique pour un musicien/tromboniste. J'ai essayé diverses marques, mais la seule qui m'a toujours satisfait est Vincent Bach. Leurs instruments ont toujours eu une touche spéciale, et offrent le meilleur compromis pour jouer en orchestre, solo et en musique de chambre. Le son reste rond et chaud dans tous les registres et nuances... Et puis c'est aussi un partenariat qui, nous l’espérons, devrait nous ouvrir des portes pour jouer dans de prestigieux festivals et salles de concerts en Europe et pourquoi pas aux USA...


› Pourquoi avez-vous choisi de jouer des trombones équipés du système Vibrabell et de cylindres Hagmann?

En 2009, mon cadeau de fin d'étude a été un trombone Vincent Bach équipé d'un système Vibrabell. J'étais soufflé. Ajouter un barillet Hagmann étais simplement le couronnement de ma recherche car ce sont des systèmes qui améliorent la qualité du son et le confort de jeu : il n'y a pas de gaspillage d'air, le rendu est homogène, et les graves sortent avec facilité.Depuis juin 2019, j'ai fait équiper mon trombone avec le barillet Hagmann GEN 2, et là, le son est encore plus centré et homogène, et les paliers sont encore plus rapprochés.


› Quelle est votre expérience avec Servette-Music ?

Je connais Servette-Music depuis mes débuts : mon professeur en Italie était l'un des premiers clients de René, et il en a toujours parlé comme d'une référence.

Lorsque je suis arrivé en Suisse en 2005, j'avais cassé la housse de mon instrument – je suis très maladroit – et j'ai donc enfin pu rencontrer René. J'étais ému, car pour moi il était une légende. Et j'ai immédiatement été impressionné par la disponibilité et l'écoute dont il faisait preuve ; la patience, même, car nous les musiciens, nous sommes parfois capricieux. Mais René et Claudio sont très ouverts et toujours prêts à concrétiser nos idées les plus saugrenues.

Pour résumer, je dirais que les possibilités que Servette-Music offre à un musicien, professionnel ou amateur, en termes de customisation, sont immenses, et pour moi c'est magique.


› René Hagmann, quelle est l’histoire du projet Free Flow© ?

J’ai commencé à développer les cylindres Free Flow© pour résoudre certains problèmes inhérents aux cylindres de trombones classiques, afin d’améliorer les qualités de son et d’émission.

Une partie du son caractéristique du trombone provient de son flux d’air long et droit. Les courbures des cylindres Free Flow© sont conçues pour réduire les problématiques qui surviennent lorsque les angles sont prononcés, et cela permet une plus grande homogénéité lorsqu’ils sont engagés. Le cylindre Free Flow© offre ainsi un son plus riche en harmoniques et plus homogène ; et il est aussi beaucoup plus ergonomique et facile à entretenir.

Ce qui fait toute la différence, c’est que la Free Flow Valve© reste étanche presque indéfiniment, et qu’elle est équipée d’un système de lubrification spécial. Cela lui assure une grande précision et une durabilité tellement grande qu’elle peut accompagner un musicien tout au long de sa carrière. Depuis leur création, nous n’en avons d’ailleurs remplacé tellement peu que nous les comptons sur les doigts d’une main.


› Les cylindres Free Flow© sont une référence internationale. Quel a été le cheminement pour arriver à ce succès ?

Le bouche-à-oreille a fait son œuvre (sourire). De musiciens professionnels en fabricants, nous nous sommes retrouvés en train d’équiper les gammes professionnelles des plus grandes marques. Je pense que c’est en grande partie dû au fait que c’est un dispositif qui a été conçu de concert avec des musiciens pour améliorer le rendu sonique à travers une mécanique irréprochable, tant du point de vue de la conception que de celui de la production.


› Quelle est la réponse des clients aujourd’hui vis-à-vis de la nouvelle génération de cylindres GEN II ?

La réception a été très favorable dans la mesure où la seconde génération est une évolution de la première. Nous avons aussi l’avantage du fait que les musiciens ne s’attendaient pas à une mise à jour, puisque la première génération était aboutie et que personne n’était fondamentalement déçu. Vous savez, en musique comme en mécanique, on recherche des solutions élégantes : c’est beaucoup cet aspect qui a fait l’objet de nos efforts.

La GEN II jouit d'un fonctionnement encore plus fiable, avec une mécanique plus stable grâce à une meilleure répartition des poids et des masses de la matière. Cela nous a permis d'obtenir une acoustique optimisée. Nous voulions faire encore mieux, et si le plus gros du travail a été de pouvoir imaginer ce qu’on pouvait améliorer, nous avons aussi passé beaucoup de temps à mettre en place la production pour qu’elle soit à la hauteur de nos prototypes en termes de qualité.

Cela fait 3 ans que nous avons mis en vente les premiers modèles de GEN II. Au final, les clients jugent la Free Flow Valve© avec leurs oreilles, et c’est tout ce qui compte. Et nous leur faisons confiance pour nous dire que le son qu’ils entendent est nettement meilleur.