› Julien, quel est ton parcours musical ?

Bourguignon d’origine, j’ai débuté la musique à l’âge de 7 ans dans l’école de musique de mon village par le trombone. Au fur à mesure de années, mon parcours m’a amené au conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés avant d’intégrer la HEM de Genève au département de musique ancienne à la sacqueboute. J’y ai suivis le cursus complet avec l’obtention d’un Bachelor, un master d’interprétation et un master de pédagogie. En parallèle des études, je me suis formé en enseignant et en jouant dans différentes formations (musique de chambre et orchestres). Je suis musicien freelance, professeur de trombone, directeur artistique et directeur pédagogique.


› Comment es-tu venu à la sacqueboute ?

Dès ma première année de jeune tromboniste, mon professeur en avait une et jouait le répertoire d’époque. Ainsi, j’ai découvert l’instrument, sa sonorité et son jeu. Plus tard, auprès de Stefan Legée, j’ai débuté mon apprentissage de l’instrument et de l’interprétation des répertoires historiques avant de me former professionnellement à la HEM et auprès d’ensembles spécialisés.


› Quelle complémentarité trouves-tu entre la sacqueboute et le trombone moderne.

Le trombone est une sacqueboute ou l’inverse. L’instrument s’est adapté aux usages à travers le temps mais sa conception reste la même depuis la Renaissance. La pratique de la sacqueboute et la compréhension de ses répertoires apportent de nouveaux éléments interprétatifs à la palette de l’instrument moderne. Dans mon métier d’enseignant, mon expérience d’interprète historiquement informé ajoute une vision plus large et permet d’apporter une aide supplémentaire aux élèves.


› Tu joues un trombone moderne équipé du Freeflow Hagmann. Qu’est-ce qui t’a amené à ce choix ?

L’instrument avec lequel je suis à l’aise doit être utilisable avec les répertoires que j’enseigne et que je pratique. Le choix d’un trombone équipé du Freeflow s’est imposé naturellement. La facilité et la rondeur de son de l’instrument sur la totalité de l’ambitus m’ont décidé à franchir le cap. Il était important que je puisse changer d’instruments facilement, parfois même dans un même concert. L’instrument moderne doit s’intégrer dans la continuité des instruments historiques que je joue. C’est grâce à l’équipe de Servette Music que l’instrument est adapté à ma pratique et mes besoins.


› Quels sont tes projets à venir ?

Les projets sont divers. Je prépare une série d’enregistrements audio et vidéo autour des cuivres anciens avec l’Ensemble Héritage que j’ai fondé. Nous jouerons également pour les cultes de fin d’année à la cathédrale de Genève. Nous présenterons un nouveau spectacle pour 2023 baptisé « 1520 ». En plus de mes activités d’enseignants, Je participe à la saison musicale de l’ensemble Europa Galante et de quelques ensembles pour plusieurs concerts.


› Merci Julien pour ce moment, et bonne suite musicale.

› Bonjour Erwan, tu es professeur de guitare à l’ETM depuis 2 ans. Quel est ton parcours musical ?

Après des petites écoles de musique, j’ai fait un certificat de musique classique (guitare) au CPM à Genève. En parallèle, j’ai suivi des cours privés de jazz avec Christian Graf, qui m’a permis d’entrer à la HEMU à Lausanne. Là j’ai fait un master en performance, option jazz. Mon premier vrai projet avec lequel j’ai fait des concerts était orienté hip-hop/soul, qui s’appelait Cauliflower. Ensuite, à travers l’école, j’ai pu entrer en contact avec de nombreuses personnes, et j’ai joué dans beaucoup de projets en tant que sideman, notamment Dave Liebman, qui est un grand saxophoniste. J’ai aussi donné des cours de guitare, en privé et dans des petites écoles de musique, avant d’entrer dans une école de pointe, à l’ETM.


› Quels sont tes styles préférés ? Comment ton approche musicale a-t-elle évoluée ?

J’ai pas mal changé d’esthétique au cours des années. Comme tout guitariste qui se respecte, j’ai commencé avec le rock: j’étais plutôt orienté punk, et j’aimais les groupes de rock et de metal « classique ». Et puis j’ai découvert Jimi Hendrix, et j’ai été séduit par son jeu, son style un peu sale, très empreint de soul. J’aimais plus son jeu en son clair que ses riffs avec de la disto. J’écoutais aussi beaucoup de musique contemporaine, et beaucoup de hip-hop. Ça m’a conduit au sampling, et j’ai commencé à produire de la musique. J’ai commencé à sampler du piano, de la batterie, un peu tout, en fait.

A partir de là, la guitare est essentiellement devenue un outil d’improvisation. J’ai voulu sortir des sentiers battus, et le jazz était un domaine superbe pour me permettre de le faire. Je ne suis pas un grand bosseur, mais ça ce sont des aspects que j’ai beaucoup travaillés pour progresser, et développer mes solos, sortir de la sempiternelle pentatonique, connaître mon manche, apprivoiser les triades… J’ai commencé à jouer plus avec mes oreilles qu’avec mes yeux, et ça a changé la donne. C’est surtout par le jazz moderne que j’ai pu apprécier le jazz, et que j’ai enrichi et consolidé mon vocabulaire.

Et maintenant, je suis plongé dans la musique électronique. Je suis carrément dans le son en tant que tel, la patte sonore, et plus du tout dans la guitare au centre d’un groupe. J’adore les synthétiseurs, mais je ne suis pas pianiste, donc j’essaie de retrouver cette magie avec les effets de guitare. Delay, reverb, hamonizers, je m’en sers pour trouver un son parce que la guitare avec des effets m’intéresse de plus en plus avec le temps.


› Et tu as trouvé ton son ?

Oui, je crois, en tout cas je suis sur la bonne voie. J’ai un son à moi, je suis fidèle à mon instrument. Bon j’ai une guitare très polyvalente aussi, une PRS 513. Du coup ça me permet de retrouver beaucoup de sons différents, de celui de la Strat à celui de la Les Paul bien nerveuse. J’arrive ainsi à construire mon esthétique, qui se trouve à la croisée du jazz, de la pop indie, et de la musique électronique. Comme je te l’ai dit, je m’intéresse au son lui-même, et j’utilise des synthétiseurs, des samplers. Ma guitare est donc plus un des éléments d’un set électronique.


› Quelles sont tes guitares préférées ?

PRS est une marque que j’apprécie beaucoup. Elles permettent d’avoir une palette sonore gigantesque. J’ai découvert la marque à travers la gamme SE (NdR. : Paul Reed Smith Student Edition, des guitares fabriquées en Corée dont le contrôle qualité est assuré par l’usine du Maryland aux USA). Mais j’étais parfois un peu limité, surtout quand on me demandait de prendre un son de Strat, pour faire des cocottes, par exemple. J’ai trouvé la 513, et je n’ai plus eu besoin de chercher plus loin pour assurer dans toutes les situations, puisqu’elle me procure autant un son jazz très plein, mais aussi un son clair et brillant, etc. Avec toutes les possibilités qu’elle offre, c’est facile de retrouver tous les sons de guitare grâce à un switch ou un potard. Après, j’ai toujours ce rêve de gosse de me trouver un jour une vieille Tele, pour avoir un son Tele authentique à la maison, et pour certains projets, pour lesquels il faut ce son.


› On a passé un moment ensemble au magasin. De toutes les PRS que tu as vues, laquelle t’a tapé dans l’œil ?

La McCarty 594. Je l’ai trouvée vraiment très agréable. Le manche est confortable, les finitions sont fantastiques. Elle a un son plein qui me permet de retrouver les sonorités jazz, et en single, elle claque ! Pour moi c’est vraiment la meilleure.


› Quelle est ton expérience avec Servette-Music ?

Je connais le magasin depuis que je suis gosse, je me souviens d’y venir avec mon père à l’époque. Depuis que je suis arrivé à Genève, j’apprécie beaucoup la disponibilité de l’équipe de Servette-Music. Il y a toujours quelqu’un pour m’aider, il y a du choix. Les liens de Servette-Music avec l’ETM sont aussi enrichissants, ça facilite beaucoup de choses pour les professeurs comme pour les élèves. Et puis je ne sais pas s’il faut le dire, mais j’aimerais bien qu’il y ait plus de place pour les effets. Mais après ce que je t’ai dit sur ma recherche musicale et sonore, tu comprends bien pourquoi !


› Quels sont tes projets actuels ?

Mon projet principal en ce moment s’appelle « Mohs ». Je l’ai monté avec un ami trompettiste, un batteur et un bassiste, et c’est un mélange de toutes mes influences de ces 20 dernières années, jazz et musique électronique principalement. Les compos sont collectives, c’est un vrai groupe. J’ai un petit studio rue de Lyon, dans lequel on répète, on fait des prises de son, et on se renvoie la balle sur des idées pour les faire évoluer, et on va sortir notre 2ème album en février 2022.

Sinon j’ai aussi un groupe qui s’appelle « Ora », qui est un projet de musique électronique, et va jusqu’à la dance. C’est de la musique de club, avec des influences house, techno. C’est live machine. J’ai aussi la guitare sur scène, mais on utilise les drum machines, des samplers, et je fais des boucles de guitare en live, en contrôlant avec des synthés. On est loin de la formation de rock classique.

Dans une toute autre veine musicale, « Ticora » est un quartet composé d’un orgue, d’une batterie, d’un saxophone et d’’une guitare. On fait un mélange d’afro-beat, de musique de la réunion, de jazz. C’est un jeu complètement différent à la guitare, beaucoup plus rythmique. Et puis j’ai un groupe de musique de chambre qui s'appelle « Espuma Antigua », composé d’un violoncelle, d’une voix et d’une guitare électrique. On fait des arrangements contemporains de musique baroque (Bach, Vivaldi, Purcell). On est dans un truc très intimiste, c’est très doux. J’utilise beaucoup d’effets dans ce contexte, pour englober l’espace sonore avec des reverbs et des delays.


› Comment as-tu vécu la période COVID ?

On a dû s’adapter avec les cours à distance. Pour certains trucs, c’est plus facile : c’est confortable de rester chez soi, pour les cours de théorie c’est plus simple. Mais pour jouer la musique, c’est plus délicat, par la nature même de l’art. Niveau personnel, j’ai pris l’opportunité de me recentrer sur mes créations. Je suis sideman avec plaisir, mais je ne suis pas un mercenaire de la musique. J’ai donc aimé pouvoir passer du temps en studio pour faire de la recherche sonore, développer mes propres idées, et même apprendre à mixer.


› Merci Erwan, nous allons tenir compte de tes remarques sur la place donnée aux effets car tu as raison, nous pouvons mieux les mettre en valeur. Passe une belle fin de journée et bonne continuation.

› Bonjour Georges, qu’est-ce qui t’a incité à produire les guitares du 70e anniversaire ?

La plupart des gens à cet âge penseraient à prendre leur retraite, mais mon 70e anniversaire marque aussi ma 48e année de fabrication de guitares. C’est une longue période, et cela mérite d'être célébré. Je n'ai pas encore l'intention de prendre ma retraite, mais ne le dites pas à ma femme !

Les guitares Birthday sont comme toutes les éditions limitées que nous faisons : les caractéristiques supplémentaires et les personnalisations sont très subtiles, elles ne sont pas très flashy. La voie Lowden est d'être plutôt discret de ce côté.


› Nous avons une F-35 Ebony/Sinker Redwood (NdT: le Sinker Redwood est un type de séquoia). Pourquoi as-tu choisi d'associer ces bois spécifiques ?

L'ébène ressemble beaucoup à l’African Blackwood car sa texture est très fine, et il est très dense. L'ébène a un son étonnamment bell-like pour un bois de fond et d'éclisses. En associant l'ébène à du Sinker Redwood, qui est très léger, on obtient une chaleur dans le son qui complète la brillance et la projection de l'ébène. Une table en cèdre donnerait une guitare très puissante, mais pour avoir plus de chaleur, on préférera du Redwood. Le Sinker Redwood, bien sûr, est le meilleur bois rouge que l’on puisse trouver.


› Selon toi, quel est l'élément le plus important lorsque tu choisis les bois pour construire une de tes guitares ?

Pour les tables d'harmonie, je dois les toucher et les sentir. Je plie chacune d’entre elles pour éprouver leur rigidité et leur flexibilité. Elle doivent avoir suffisamment de tenue pour être assez résilientes une fois rabotées jusqu'à leur épaisseur finale. Je passe également beaucoup de temps à tapoter le bois de différentes manières pour me faire une idée des qualités sonores de chaque ensemble. Je cherche à entendre des fréquences spécifiques et des années d'expérience m'ont enseigné ce qu'il faut rechercher et écouter. C'est la même chose pour le matériau des barrages. Je le tapote sur mon banc et je veux entendre des hautes fréquences proéminentes — je cherche un "ping" plutôt qu'un bruit sourd !

Pour le fond et les éclisses, il s'agit plutôt de rechercher la meilleure qualité de bois, quelle que soit son essence. Idéalement, je recherche du bois scié sur quartier. Pour certains bois, il n'est pas si important, ou possible, d'avoir du bois quartersawn, surtout si la guitare est destinée à un climat très sec, comme en Suisse par exemple. Le bois quartersawn ne se rétracte ou ne se dilate pas autant que le bois coupé en tranches (slab-cut).


› Pourquoi avez-vous choisi de jouer des trombones équipés du système Vibrabell et de cylindres Hagmann?

En 2009, mon cadeau de fin d'étude a été un trombone Vincent Bach équipé d'un système Vibrabell. J'étais soufflé. Ajouter un barillet Hagmann étais simplement le couronnement de ma recherche car ce sont des systèmes qui améliorent la qualité du son et le confort de jeu : il n'y a pas de gaspillage d'air, le rendu est homogène, et les graves sortent avec facilité.Depuis juin 2019, j'ai fait équiper mon trombone avec le barillet Hagmann GEN 2, et là, le son est encore plus centré et homogène, et les paliers sont encore plus rapprochés.


› Toi personnellement, et Lowden Guitars, avez une longue histoire avec Servette-Music…

C'est tout à fait vrai. Mon tout premier distributeur était à Paris en 1978, et je sais qu'Yves, qui a été associé chez Servette-Music pendant de nombreuses années, a rendu visite à ce distributeur à Paris, et qu'il a vu mes guitares. Il a ensuite pris contact avec moi, et c'est ainsi que la relation a commencé. Yves a été très sympathique avec moi et m'a invité à l'accompagner à la MusikMesse de Francfort — c'était la première fois pour moi. René et Christine, les premiers fondateurs et propriétaires de Servette-Music, m'ont invité à rester chez eux pour ce voyage, et j'ai un souvenir très distinct de leur gentillesse. À l'époque, j'étais très jeune et je ne connaissais pas vraiment le monde des instruments de musique, je ne savais que fabriquer des guitares ! Servette est ainsi devenu mon deuxième distributeur, et notre relation dure depuis maintenant 43 ans. Vous occupez une place très spéciale dans mon cœur.

› Bonjour Philippe Regana ! Merci d’avoir accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Avant de commencer, pourriez-vous rapidement vous présenter à nos lectrices et lecteurs ? Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

Mon parcours a débuté par l’apprentissage de la flûte traversière à Lourdes, au sein d’une harmonie municipale où mon père jouait du classique et du jazz. Il était lui-même issu d’une harmonie voisine où une bonne partie de la famille jouait, plutôt du côté des cuivres.

J’ai développé, par la suite, une passion pour l’instrument qui se trouvait à côté des secondes flûtes, le hautbois. J’ai donc démarré l’apprentissage de cet instrument à Pau, puis à Rueil-Malmaison et au conservatoire national supérieur de Lyon auprès des Maîtres Daniel Arrignon, Jean-Louis Capezzali et Jérôme Guichard. Ma curiosité m’a également poussé à explorer la direction d’Harmonie, de Chœur et d’Orchestre ainsi que la composition.

Au fil des rencontres, j’ai développé une affinité particulière pour le théâtre, la danse et l’alliance des arts en une seule et même œuvre. L’enseignement m’a également passionné très tôt, influencé par ma mère, qui s’occupait d’enfants à besoins particuliers et de leur intégration à l’école. J’ai donc enseigné à Rueil, Lyon, Nevers et Villeurbanne sous une forme de pédagogie maïeutique et humaine, avant d’intégrer le Conservatoire populaire à Genève.

Après un long parcours dans la création contemporaine avec l’Ensemble l’Instant Donné, à Paris, et une multitude de projets pluri-artistiques, c’est tout naturellement que j’ai décidé de me concentrer sur la direction du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre. Cela a entrainé quelques sacrifices, l’arrêt du hautbois et de différents projets artistiques personnels notamment, mais ce n’est rien comparé au plaisir immense que me procure ma fonction.


› Pouvez-vous également nous dire quelques mots sur l’institution qu’est le Conservatoire populaire ?

Le Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre, c’est près de 90 ans d’histoire qui ont contribué à créer un esprit et un idéal résolument tourné vers l’humain et l’avenir.

Ecole de proximité foisonnante dans tout le Canton, le Conservatoire populaire, c’est plus de 40 Centres d’enseignement et 200 professeur.e.s-artistes, hautement qualifiés tant sur scène que pour enseigner et transmettre leur passion dans des cours et cursus adaptés à tou·te·s nos élèves.

Le Conservatoire populaire, c’est aussi 25 personnes dévouées à l’administration qui font tourner l’Institution sous l’œil bienveillant de notre Conseil de Fondation, présidé par Louise Kasser Genecand.

L’idéal du Conservatoire populaire, c’est d’apporter de l’art partout où on l’on peut. Qu’il s’agisse de musique, de danse ou de théâtre, c’est permettre aux enfants et adultes de profiter de tout ce que l’art peut leur apporter dans le cœur. C’est aussi les armer avec les connaissances et compétences qui leur permettront de vivre dans notre société qui change à vue d’œil.


› Nous avons vécu une période complexe pour la culture en général et le monde musical en particulier. En tant que directeur du Conservatoire Populaire de Genève, quelles stratégies avez-vous adoptées afin de maintenir vos activités d’enseignement malgré les conditions sanitaires ? Pouvez-vous revenir à la normale en cette rentrée 2021 ?

Ce que nous avons vécu est inimaginable. La fermeture du Conservatoire populaire en mars 2020 a été un moment historiquement effroyable. Mais ce qui m’a le plus ému, d’un point de vue personnel, c’est la créativité et la réactivité, l’implication et le dévouement des enseisgnant.e.s et des collaborateurs administratifs.

En une semaine, nous avons réussi à mettre sur pieds des cours en ligne ou à distance pour 85% des élèves. Ce chiffre a atteint 95% durant le confinement total. Nous sommes particulièrement reconnaissants envers la Fondation Barbour qui nous a aidé à acquérir, en urgence, 50 tablettes, à destination de ceux qui n’avaient pas le matériel leur permettant de suivre les cours depuis chez eux. On ne fait jamais rien seul.

Par ailleurs, nous avons créé une plateforme d’enseignement en ligne en seulement 3 semaines et avons géré toutes nos réinscriptions de manière numérique. Toutes les équipes ont travaillé jour et nuit afin de maintenir le lien avec les élèves. Maintenir la flamme artistique était essentiel ; l’art est essentiel. Mais il fallait encore le prouver et c’est ce que nous avons fait. Nous étions sur le devant de la scène.

Nous avons reçu des centaines de témoignages de nos élèves qui ont gardé le lien avec l’art pendant le confinement, et le sourire avec ! Nous avons été un compagnon de confinement privilégié. Les départements Danse et Théâtre ont également fait des dizaines de vidéos, de cours en ligne, de films à la maison, de montages « home made » ainsi qu’un Vidéo Challenge sur le Lièvre et la Tortue qui a remporté un franc succès. Vous pouvez découvrir tout cela sur notre Blog et sur notre chaîne YouTube.


› Quel impact a eu la pandémie sur vos élèves, vos enseignantes et enseignants, et sur l’institution en général ?


Sur la durée, ce sont les groupes, les Chœurs, et puis le moral de chacun·e, qui ont le plus souffert de cette pandémie. Nous recrutons d’ailleurs encore pour le Chœur Grégorien adulte.

A la deuxième et la troisième vague, nous avons eu de la peine à entretenir l’envie et la motivation. Mais, même si les spectacles et représentations étaient suspendus, c’est grâce à la richesse de nos professeur·e·s, des cours individuels et des cours collectifs qui permettent de vivre de beaux moments de partage avec des pairs que les élèves sont restés avec nous.

Nous avons réussi à recruter de nouvelles vocations entre deux vagues, et, aujourd’hui, même si nous y avons laissé beaucoup d’énergie, je crois que les professeur·e·s, les élèves et le personnel administratif peuvent être très fier·e·s de la façon dont nous avons, ENSEMBLE, sublimé les circonstances impensables de la COVID. Notre secret a été la solidarité et la foi dans notre passion pour l’enseignement de l’art. Nous y croyons sincèrement !

A posteriori, je pense que l’on peut dire que c’est grâce à son histoire, ses ressources et son potentiel que l’Institution a réussi à avoir les reins suffisamment solides dans de pareilles circonstances. De cette expérience, nous retirons quelques avancées dans le domaine digital et nous continuerons à travailler dans ce sens. Nous avons aussi compris que nous avions un rôle central à jouer dans la société, et cela redonne confiance.


› L'incertitude ne touche pas seulement les écoles de musique ; elle joue aussi sur les concerts et les représentations en public. Comment composez-vous avec cette nouvelle donne ? Avez-vous été contraint d’abandonner des projets ? D’en modifier ? D’en inventer ?


Nous avons toujours soutenu les artistes de la scène, puisqu’ils ont souffert plus longtemps et plus profondément que dans l’enseignement. Non seulement car nos professeur·e·s sont également sur scène, mais aussi parce que cela fait partie de notre corps de métier.

J’ai encore une pensée solidaire pour celles et ceux qui reprennent leur activité tant bien que mal et malgré des restrictions sanitaires encore bien présentes.

De notre côté, nous avons dû nous passer des auditions au format classique et avons favorisé les auditions en micro-comité ainsi que les projets vidéos, sans spectateur. Même au théâtre, les pièces ont été captées pour que les parents puissent également en profiter. Nous avons reporté le grand spectacle bisannuel de la Danse au BFM. Nous avons eu quelques petites représentations avec un public ultra-restreint avec les Filières Préprofessionnelles pour lesquelles l’exercice sur scène devant un public est nécessaire.

En puis en juin, le contexte sanitaire évoluant, nous en avons profité pour organiser une « Faites de la musique » interne afin que nos élèves regoûtent au plaisir d’être applaudis et ovationnés.

Globalement, durant cette période, nous avons tout·e·s été frustré·e·s mais malgré cela, nous avons tout·e·s fait preuve d’une grande résilience et d’une capacité d’invention incroyable pour construire une pédagogie autour d’autres ressorts que la scène.


› Pour finir, tournons-nous un peu vers le futur : comment imaginez-vous les années à venir ? Quelles expériences conserver de cette année écoulée ? Quels grands projets avez-vous en tête ? Quelles sont vos perspectives pour l’avenir du CPMDT ?

Les années à venir sont jonchées de grands défis. Il faut cesser de penser que l’apprentissage artistique est dédié uniquement à l’élite et qu’il est le « complément » d’une bonne éducation.

L’apprentissage artistique doit être au cœur de l’instruction publique, plus fort que jamais ; d’une part pour rattraper les retards cognitifs et émotionnels pris pendant la pandémie et le manque d’interaction sociale, d’autre part pour que nos enfants d’aujourd’hui acquièrent les compétences qui leur permettent d’inventer leur emploi de demain.

On connaît le mal que font les écrans et le manque de lien social. Mais on connaît également le remède : plus de musique, plus de danse, plus de théâtre, et pour le plus grand nombre !

L’Orchestre en Classe et les systèmes approchants sont des réponses imparables et qui peuvent toucher tout le monde, dans tous les quartiers. C’est un partenariat magnifique entre le DIP et certaines écoles de musique, dont le Conservatoire populaire fait partie, précurseur et toujours moteur. Certaines communes, comme Lancy qui nous aide à développer ce projet, en ont bien saisi les enjeux.

En quelques mots, l’Orchestre en classe, c’est une classe de 7P ou de 8P qui devient un Orchestre à elle-seule. Ce projet permet de développer des Orchestres de toutes sortes. D’autres arts comme la Danse sont également inclus dans la démarche. Pour un Orchestre à vent par exemple, chaque élève reçoit, durant deux ans, un instrument : flûte ou clarinette, basson, trompettes, cors, tuba, euphonium, percussions…C’est un cadeau extraordinaire puisqu’il symbolise le fait que l’adulte fait confiance à l’enfant, le considère, croit en lui et en ses compétences. Durant deux ans, donc, la vingtaine d’élèves découvre et apprend la musique au sein de l’Orchestre géré par des professeur·e·s spécialisé·e·s et compétent·e·s.

Jouer dans un Orchestre est une incroyable expérience, reflet d’une société idéale dont la diversité est au cœur. La différence des instruments fait la richesse de l’Orchestre, tout comme la différence et la diversité des êtres humains font la richesse d’une société, d’un Canton. Si l’on est tous pareil, cela s’appelle l’uniformité. À l’Orchestre, on recherche justement la diversité pour former une vraie Unité. C’est un apprentissage essentiel par le vécu artistique, en plus de toutes les compétences cognitives, émotionnelles, sociales qui se développent à grande vitesse dans la musique.

L’ouverture à d’autres musiques, et notamment les Musiques actuelles représente un autre défi pour nous. Notre pôle de musiques actuelles est né il y a deux ans, mais ce n’est qu’aujourd’hui que nous pouvons le dire officiellement : au Conservatoire populaire, on peut à présent apprendre à jouer de la guitare électrique, de la guitare basse, du synthétiseur ou à chanter en s’accompagnant soi-même au piano, par exemple !

Nous renforçons aussi notre excellente section jazz en partenariat avec l’AMR en créant l’école de Jazz de Genève. Au sein des classes préprofessionnelles et préparatoires, nous formons une dizaine d’élèves qui entrent en Haute Ecole de jazz chaque année.

Prendre soin de chacun·e est également quelque chose qui nous tient particulièrement à cœur. C’est cela nous avons créé deux nouvelles sections. Un pôle d’enseignement à besoins particuliers pour accueillir véritablement tou·te·s les jeunes genevois.e.s dans nos cours. Nos professeur.e.s se forment petit à petit et nous réservons une place de choix à nos partenaires qui promeuvent l’école inclusive. Nous nous devons de réaliser cela dans les écoles artistiques.

Quant au pôle de prévention et de développement personnel, il regroupe les partenariats avec des Fondations et des Associations de préventions de tous types d’abus, mais aussi des cours de Feldekreis, des stages contre le trac, de la coordination respiratoire… La musique, la danse, le théâtre, c’est aussi dans le corps et dans la tête, c’est pourquoi nous essayons de prendre soin de notre personnel autant que de nos élèves.

Enfin, en 2022 : nous inaugurerons LES 6 TOITS avec la collaboration de Contrechamps, Eklekto et l’Orchestre de Chambre de Genève. Ensemble, nous reprenons deux silos de la zone industrielle des Charmilles pour en faire une salle de spectacles et des salles de cours, de répétitions et de créations.

En 2022 également, nous célébrerons les 90 ans du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre. Nous réservons au public genevois de belles manifestations et de nombreuses surprises !


› Mauricio, peux-tu nous parler de ton parcours et des différents ensembles dans lesquels tu joues ou que tu diriges ?

J’ai commencé l’étude du saxophone en Colombie quand j’étais enfant en approchant à la fois la musique classique, la musique populaire de mon pays, et la musique latino plus globalement. En arrivant ici, j’ai fais mes études à la Haute école de musique de Genève en classique et en parallèle à la HEMU en section jazz. Aujourd’hui, je suis professeur à l’Ondine Genevoise et en privé. Je suis membre du Quatuor Saxas et du Big up' band. Et puis enfin, je dirige le Big Band de Dardagny-Russin.


› Il y a une grande nouveauté chez Selmer, l'Alto Supreme, qu’en penses-tu ?

Le Supreme est un joli coup de la maison Selmer. Elle a réussi un bel assemblage, alliant un son homogène, une précision mécanique et une intonation formidable. C’est un excellent saxophone sur tous les points, qui va ravir tant les musiciens qui jouent du classique que ceux qui jouent des musiques actuelles. Ses qualités permettent au musicien de se concentrer sur la musique sans devoir lutter contre l’instrument. Il surfe sur la tendance actuelle, qui favorise un saxophone plus réservé et moins éclatant que son prédécesseur, le Série III.


› Par rapport au modèle que tu joues actuellement, quels sont les plus et les moins ?

Je joue sur un modèle Série III de chez Selmer, avec un corps en argent massif. Comparé à mon instrument, et d’une manière plus générale, au Série III, il est clair que les points évoqués ont été nettement améliorés. Toutefois, le Supreme est un instrument un peu plus centré et réservé. Cela le rend beaucoup plus facile et confortable à jouer, mais moins éclatant que le Série III. Il n’y a pas besoin de lui rentrer dedans pour qu’il sonne.


› As-tu déjà ressenti des sensations équivalentes sur un autre modèle ?

On peut retrouver certaines de ces qualités sur quelques modèles de chez Yamaha, notamment au niveau de la facilité de jeu, mais le son des saxophones Selmer est inégalable.


› Dans le contexte où Selmer reste le leader du saxophone, que penses-tu des marques qui sortent des sentiers battus telles que Cannonball ou Advences, face à des marques plus traditionnelles comme Yamaha ou Yanagisawa ?

Les marques comme Advences et Cannonball sont résolument tournées vers la musique actuelle et séduisent beaucoup les jeunes par leur esthétique sortant de l’ordinaire. Les personnes qui pratiquent des musiques modernes, pop, jazz les apprécient car ils sont moins exigeants que les Selmer, tout en délivrant un son riche et en ayant une signature sonore propre. Je pense quand même qu’avec ce nouveau modèle, ce schéma pourrait changer.


› Comment vis-tu la situation actuelle en tant que musicien ?

La situation sanitaire est difficile car les concerts et le lien avec le public me manquent. Mais cela m’a aussi donné l’occasion de mettre en place de jolis projets, notamment plusieurs enregistrements à distance, y compris avec l’Amérique Latine. Aujourd’hui, la technologie permet heureusement cela. Cela ne remplace pas les concerts, mais comme ça on peut garder un lien avec les autres.


› Et en tant que professeur ? Cours à distance, en présentiel, y a-t-il des choses à garder de tout cela ?

La musique est un art vivant et qui a besoin d’interaction pour être vécu. C’est très délicat de l’enseigner à distance. Les inégalités d’équipement font qu’il est compliqué de travailler correctement avec les élèves. On ne peut pas corriger la posture, ni le son, ou indiquer un rythme. Durant la période d’enseignement à distance, les enfants étaient très heureux d’avoir leur cours car ça leur faisait oublier la situation actuelle. Maintenant qu’ils sont revenus en présentiel, ils sont encore plus motivés qu’avant.


› Quels sont tes projets musicaux pour la suite ?

Avec les différents ensembles dont je suis membre nous avons pas mal de concerts qui se profilent pour la deuxième partie de l’année. Avec le  Big up' band pour l’automne, avec Balenque (un groupe de musique brésilienne) à l’Alhambra, et cet été avec l’OSR sur la scène Ella Fitzgerald. Avec le Quatuor Saxas, nous sommes également en train d’écrire et éditer un livre de contes et musiques pour enfant avec des compositions originales.  


› Matthias, peux-tu nous raconter ton parcours musical ?

Mon parcours débute tardivement, car je ne me suis lancé dans la carrière musicale qu’à 20 ans. J’ai d’abord hésité avec le milieu pictural, dans lequel je suis né, avant de me découvrir une vraie passion pour la musique grâce à des expériences d’orchestre et à diverses opportunités d’enseigner la clarinette dans de nombreuses écoles de musique.

Plus tard, durant mes études à la Haute Ecole de Genève chez Thomas Friedli j'ai également intégré l’Orchestre symphonique à vents de l’Armeespiel en tant que clarinette solo. Cette expérience m’a ouvert l’esprit sur des pratiques de répertoire que j’ai d'abord développées au Conservatoire Populaire de Musique, qui m'a engagé à la fin de mes études supérieures par la création d’un orchestre d’harmonie d’élèves avancés. Puis, parallèlement à mon poste d’enseignant de clarinette au Conservatoire Populaire, je me suis formé à la la direction d'Orchestre en classe pour la section des vents il y a 7 ans par Éric Völki, l’initiateur de ce projet sur le canton de Genève.


› Peux-tu nous présenter le projet de l’Orchestre en classe ?

Le principal objectif de cette expérience est de permettre à des enfants provenant de milieux défavorisés d’accéder à la pratique musicale. Cette dernière, réalisée collectivement, permet de développer des compétences dans d'autres domaines scolaires, ainsi qu’une discipline utile aussi bien au niveau individuel qu’au niveau du groupe. L’écoute, la concentration, l’entraide, le dépassement de soi font partie intégrante de cette expérience pour chaque enfant.

Ce projet s’est d'abord implanté à Zürich en 2008, avant d’arriver il y a presque 10 ans sur Genève, où il a d'abord été mis en place dans les écoles primaires du réseau d’éducation prioritaire. Mais la Ville de Lancy a par exemple ensuite ouvert des orchestres d'instruments à vent, à cordes et de percussions dans l’ensemble de ses écoles communales. Finalement, le projet s’est considérablement développé en 10 ans : on compte actuellement 15 classes primaires pour les vents et 10 classes pour les cordes, ainsi qu’une classe de percussions. C’est un record en Suisse romande !


› Comment cela se déroule concrètement un Orchestre en classe ?

Les enfants concernés par le dispositif "vent" dont je m'occupe ont entre 10 et 12 ans. Ils débutent l’orchestre en 7P Harmos puis le poursuivent en 8P.

Les instruments sont prêtés par le Conservatoire Populaire de Musique Danse et Théâtre. Après une phase de choix, cruciale, et avec l’aide de professionnels de chaque instrument, les enfants en sélectionnent un qu’ils conserveront pendant deux ans. Le travail s’effectue sur deux périodes consécutives de temps scolaire. Dans ce dispositif, la maîtresse de musique de l’école ainsi que le ou la titulaire de classe participent activement et prennent, comme les enfants, un rôle d'apprenants dans l’apprentissage d’un instrument. Des professionnels en chaque instrument viennent également ponctuer ces deux années par du coaching pour les élèves.


› Quels sont les genres d’instruments représentés ? Et quels sont ceux qui ont le plus de succès auprès des musiciens en herbe ?

Une très grande partie de la famille des vents est représentée dans ces orchestres en classe : flûte traversière, clarinette, saxophone, basson, trompette ou cornet, trombone, euphonium, voire même le tuba ! La batterie et certaines percussions mélodiques sont également présentes. Mais il n’y a pas à proprement parler des instruments qui récoltent plus de suffrage que d’autres. Cela dépend beaucoup des volées, et les choix sont réalisés selon les demandes des enfants, qui élisent toujours 3 instruments qui leur ont bien plu lors des essais au début du projet. Cela augmente donc les possibilités de réaliser un orchestre équilibré entre bois et cuivres.


› Qu'est-ce qui rend l’accès à la musique pour les jeunes, en particulier les enfants, si important ?

La pratique musicale développe chez les enfants des capacités de mémorisation, de concentration, de motricité, de coordination, de créativité au travers de ce langage universel. De plus, cette démarche permet aux enfants de s’ouvrir sur des pratiques musicales variées qui leur apportent une plus grande sensibilité au monde qui les entoure. Elle leur donne l'opportunité de toucher et de faire vibrer un instrument, et de vivre des expériences formidables à travers les concerts publics qui sont organisés en différents lieux durant les deux ans du projet ! Même si la plupart des enfants ne continuent pas l’étude d’un instrument après cela, cette expérience reste gravée en eux, et ressortira peut-être un jour au cours de leur vie.


› Quel est ton meilleur souvenir d’Orchestre en classe ?

Difficile d'en choisir un... Peut-être les productions réalisées avec l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) pour la Fête de la Musique. Elles ont permis aux jeunes de jouer une création d’Arturo Corrales autour de légendes fantastiques avec des professionnels.


› Enfin, quels sont les projets importants à venir pour l’Orchestre en classe prochainement ?

Il y en a quelques uns : nous avons par exemple un projet spécifique avec l'OSR pour juin 2021 (Orchestre en classe "vents" et "cordes"), et une collaboration avec l’Harmonie Nautique, qui permettra aux jeunes musiciens de se retrouver dans une formation similaire à la leur, mais en beaucoup plus grand !


› Quelles sont les finitions les plus récurrentes dans le domaine des cuivres? Qu’est ce qu’une finition standard par opposition à une finition spéciale ou custom (personnalisée)?

Les finitions standard les plus courantes sont le verni transparent ou l’argenture brillante. On entend par là les finitions habituelles d’usine, proposées par les marques d’instruments.

Certaines finitions spéciales sont possibles en usine lors de la commande mais il faut le plus souvent se tourner vers des magasins possédant des ateliers spécialisés dans la transformation et la restauration d’instruments.


› Quelles sont les finitions spéciales les plus utilisées de nos jours? Est-ce que ces finitions ont changé dans le temps, disons par rapport à 25 ans en arrière (une génération de musiciens)?

Les finitions spéciales les plus demandées aujourd’hui sont l’aurification, le sablage, le verni mat, le noircissage, ou même parfois des vernis teintés.

Les finitions ont beaucoup évolué avec le temps. D’un point de vue esthétique d’abord, puisque, par exemple, les instruments ont longtemps été ornés de grandes gravures sur le pavillon mais aussi sur les parties mécaniques, ce qui a totalement disparu aujourd’hui. D’un point de vue qualitatif également, puisque l’évolution des connaissances et des technologies, notamment dans la composition des vernis, a permis de créer des composants beaucoup plus résistants qu’avant.

La mode des finitions est quelque chose de cyclique. On voit aujourd’hui un retour des finitions mates, que ce soit argentée, vernie ou aurifiée, ce qui se faisait beaucoup dans les premières décennies du XXe siècle. Associé avec des parties polies (par exemples les pompes d’une trompette), cela donne un très bel effet.

La grande différence est que l’on peut aujourd’hui appliquer un verni mat sur l’instrument au lieu de passer par le sablage de la matière. Cela n’était pas possible il y a encore quelques années, car les connaissances au niveau des vernis ne le permettaient pas.


› Quelles sont les finitions les plus difficiles à réaliser et pourquoi? Et les plus coûteuses et pourquoi?

Le vernissage est la finition la plus difficile à réaliser, si l’on veut obtenir un bon résultat. En effet, le verni ne pardonne aucune imperfection. L’instrument doit être parfaitement préparé et ne montrer aucun défaut de matière, ni rayure de polissage. C’est l’une des raisons pour laquelle les instruments haut de gamme se distinguent des autres. Cette préparation minutieuse demande beaucoup de temps et de savoir-faire.

Il faut ensuite que le vernissage soit parfaitement maitrisé. Il faut utiliser des vernis spécialement conçus pour les instruments et, en plus d’avoir une grande maitrise du processus, être équipé d’ateliers hors-poussière. Sans ça, les risques d’avoir des imperfections ou des coulures sont grands, sans parler du fait que le vernis peut ne pas tenir si il est mal réalisé.

Certaines finitions, comme par exemple une argenture accompagnée d’un sablage et d’un vernissage, peuvent également se révéler assez coûteuses en raison du nombre d’étapes importantes à exécuter, ainsi que du savoir-faire nécessaire et de l’équipement requis.


› Est-ce que les finitions « changent le son » de l’instrument? En particulier les plaquages or ou argent et les finitions telles que le sablage par exemple?

C’est un vaste débat qui anime les musiciens depuis longtemps… Certains sont convaincus de l’influence d’une finition ou d’une autre sur un même instrument. On ne peut pas nier qu’il y a des différences, mais toute la question est de déterminer ce qui les provoque. En effet, on sait que l’épaisseur du traitement a un impact – mais quelle est la part de changement due aux autres actions nécessaires ?

Prenons le cas d’une restauration sur un trombone, qui était à l’origine verni et pour lequel nous voudrions une finition argentée mate. Il faut tout d’abord démonter l’instrument, le dévernir, le décabosser, le polir, le sabler, l’argenter et, éventuellement, poser un verni par-dessus pour éviter l’oxydation. Il est évident que la sonorité de l’instrument sera différente après ces interventions – mais comment dire laquelle a le plus d’influence ? Je pense que cela pourra encore longtemps alimenter les discussions entre musiciens avant et après les concerts…

Le sablage n’a en principe pas d’incidence majeure sur le son, à condition qu’il soit bien réalisé. C’est une étape très délicate. Les risques principaux sont soit de « creuser » la matière (ce qui va la rendre très fine et fragile), soit d’écrouir la matière (ce qui va la rendre dure et lui faire perdre ses propriétés acoustiques).

Il faut bien avoir à l’esprit que le plus important c’est la construction et la géométrie de l’instrument et non sa finition. Le savoir-faire d’un constructeur et la qualité des matériaux utilisés sera toujours prépondérant sur la finition extérieure d’un instrument.


› Sommes nous capables de tout faire chez Servette-Music ? Avons-nous des sous-traitants et dans quel domaine ?

Nos ateliers sont là pour répondre à toutes les demandes particulières pour les cuivres ou pour les bois. De la mécanique à l’esthétique, en passant par l’intonation, nos spécialistes sont prêts à répondre aux besoins de chacun, allant même jusqu’à la fabrication d’instruments sur mesure, notamment les clarinettes et les trombones.

Concernant plus précisément la question des finitions, nous faisons la plupart des étapes dans nos ateliers, mais il nous arrive parfois de faire appel à des spécialistes pour certaines finitions particulières.


› Bien que le saxophone soit un bois, il est parmi les instruments qui utilisent le plus les gravures et finitions spéciales, ainsi que les alliages et les matériaux spéciaux. Qu’en est-il des possibilités de customiser son saxophone et quelles sont les différences sonores en fonction des alliages/finitions spéciales?

Le saxophone, comme tous les instruments fabriqués en métal, peut tout à fait être customisé.

Les métaux utilisés pour la fabrication de l’instrument, comme pour la famille des cuivres, auront une influence acoustique évidente du fait de la souplesse de la matière utilisée. En plus du laiton, le plus répandu, on trouve également des instruments avec des parties en bronze, en argent ou en maillechort. La part d’influence du matériau sur le son est largement plus importante que la finition de surface.

Quoi qu’il en soit, les différentes finitions énoncées dans ces quelques lignes sont tout à fait valables pour les saxophones. De même, sur les autres instruments de la famille des bois, tels que les clarinettes et le hautbois, des finitions spéciales sur le clétage peuvent également être envisagées.


› Francesco d'Urso, Moya Trombones existe depuis maintenant 15 ans. Quel est le secret de votre longévité ?

Depuis que nous avons commencé à jouer ensemble, la confiance a toujours été un élément central de notre collaboration. Le principal, c'est de savoir que l'on peut se reposer les uns sur les autres, et que chacun reste engagé dans le groupe, même s'il a aussi d'autres projets.

Ces projets nous permettent aussi d'entretenir une saine compétition, car aucun d'entre-nous n'aime avoir l'impression de rester sur le carreau. Donc quand l'un de nous prend une place dans un orchestre prestigieux, cela motive les autres à redoubler d'efforts.


› Vous avez un nouveau spectacle ; pouvez-vous nous en dire un mot ?

D'abord, c'est un bon mélange de musique et théâtre, créé en collaboration avec Michel Rossy, metteur en scène genevois. Moya Trombones a créé les arrangements basés sur la musique que nous aimons jouer, et que nous avons envie de faire découvrir au public.

Le concept de base est de casser l'image du musicien classique, ultra-sérieux et coincé qui joue avec austérité. Nous présentons donc quatre musiciens déjantés, dans un contexte original. Et je peux vous dévoiler un petit secret : au milieu, nous avons réintégré un opéra d'un compositeur italien (dont je tairai le nom car il faut garder un peu de mystère ;-).

(NdlR : Moya Trombones présentera son spectacle au cours de résidences à Montpellier en avril, à Nantes en juin, et en juillet-août dans un lieu à définir. Ne manquez pas de les suivre sur leur site moyatrombones.com pour avoir les dates exactes!


› Vous venez d’être endorsé la marque Vincent Bach. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

A mon avis, Vincent Bach, c'est le sommet en termes de partenariat artistique pour un musicien/tromboniste. J'ai essayé diverses marques, mais la seule qui m'a toujours satisfait est Vincent Bach. Leurs instruments ont toujours eu une touche spéciale, et offrent le meilleur compromis pour jouer en orchestre, solo et en musique de chambre. Le son reste rond et chaud dans tous les registres et nuances... Et puis c'est aussi un partenariat qui, nous l’espérons, devrait nous ouvrir des portes pour jouer dans de prestigieux festivals et salles de concerts en Europe et pourquoi pas aux USA...


› Pourquoi avez-vous choisi de jouer des trombones équipés du système Vibrabell et de cylindres Hagmann?

En 2009, mon cadeau de fin d'étude a été un trombone Vincent Bach équipé d'un système Vibrabell. J'étais soufflé. Ajouter un barillet Hagmann étais simplement le couronnement de ma recherche car ce sont des systèmes qui améliorent la qualité du son et le confort de jeu : il n'y a pas de gaspillage d'air, le rendu est homogène, et les graves sortent avec facilité.Depuis juin 2019, j'ai fait équiper mon trombone avec le barillet Hagmann GEN 2, et là, le son est encore plus centré et homogène, et les paliers sont encore plus rapprochés.


› Quelle est votre expérience avec Servette-Music ?

Je connais Servette-Music depuis mes débuts : mon professeur en Italie était l'un des premiers clients de René, et il en a toujours parlé comme d'une référence.

Lorsque je suis arrivé en Suisse en 2005, j'avais cassé la housse de mon instrument – je suis très maladroit – et j'ai donc enfin pu rencontrer René. J'étais ému, car pour moi il était une légende. Et j'ai immédiatement été impressionné par la disponibilité et l'écoute dont il faisait preuve ; la patience, même, car nous les musiciens, nous sommes parfois capricieux. Mais René et Claudio sont très ouverts et toujours prêts à concrétiser nos idées les plus saugrenues.

Pour résumer, je dirais que les possibilités que Servette-Music offre à un musicien, professionnel ou amateur, en termes de customisation, sont immenses, et pour moi c'est magique.


› René Hagmann, quelle est l’histoire du projet Free Flow© ?

J’ai commencé à développer les cylindres Free Flow© pour résoudre certains problèmes inhérents aux cylindres de trombones classiques, afin d’améliorer les qualités de son et d’émission.

Une partie du son caractéristique du trombone provient de son flux d’air long et droit. Les courbures des cylindres Free Flow© sont conçues pour réduire les problématiques qui surviennent lorsque les angles sont prononcés, et cela permet une plus grande homogénéité lorsqu’ils sont engagés. Le cylindre Free Flow© offre ainsi un son plus riche en harmoniques et plus homogène ; et il est aussi beaucoup plus ergonomique et facile à entretenir.

Ce qui fait toute la différence, c’est que la Free Flow Valve© reste étanche presque indéfiniment, et qu’elle est équipée d’un système de lubrification spécial. Cela lui assure une grande précision et une durabilité tellement grande qu’elle peut accompagner un musicien tout au long de sa carrière. Depuis leur création, nous n’en avons d’ailleurs remplacé tellement peu que nous les comptons sur les doigts d’une main.


› Les cylindres Free Flow© sont une référence internationale. Quel a été le cheminement pour arriver à ce succès ?

Le bouche-à-oreille a fait son œuvre (sourire). De musiciens professionnels en fabricants, nous nous sommes retrouvés en train d’équiper les gammes professionnelles des plus grandes marques. Je pense que c’est en grande partie dû au fait que c’est un dispositif qui a été conçu de concert avec des musiciens pour améliorer le rendu sonique à travers une mécanique irréprochable, tant du point de vue de la conception que de celui de la production.


› Quelle est la réponse des clients aujourd’hui vis-à-vis de la nouvelle génération de cylindres GEN II ?

La réception a été très favorable dans la mesure où la seconde génération est une évolution de la première. Nous avons aussi l’avantage du fait que les musiciens ne s’attendaient pas à une mise à jour, puisque la première génération était aboutie et que personne n’était fondamentalement déçu. Vous savez, en musique comme en mécanique, on recherche des solutions élégantes : c’est beaucoup cet aspect qui a fait l’objet de nos efforts.

La GEN II jouit d'un fonctionnement encore plus fiable, avec une mécanique plus stable grâce à une meilleure répartition des poids et des masses de la matière. Cela nous a permis d'obtenir une acoustique optimisée. Nous voulions faire encore mieux, et si le plus gros du travail a été de pouvoir imaginer ce qu’on pouvait améliorer, nous avons aussi passé beaucoup de temps à mettre en place la production pour qu’elle soit à la hauteur de nos prototypes en termes de qualité.

Cela fait 3 ans que nous avons mis en vente les premiers modèles de GEN II. Au final, les clients jugent la Free Flow Valve© avec leurs oreilles, et c’est tout ce qui compte. Et nous leur faisons confiance pour nous dire que le son qu’ils entendent est nettement meilleur.