> Bonjour Marie, comment t'es-tu mise à la clarinette, qu'est-ce qui t'a fait en vie de jouer cet instrument ?
Alors déjà, je me suis mise à la clarinette à la suite d’une tentative rapidement stoppéeau piano. Je crois que j'avais très envie de faire de la musique, mais à 6 ans, je n’avais pas du tout envie qu'on me fasse travailler. Il me semble que c'est un des aspects qui ont fait que j'ai arrêté les cours de piano. Ensuite j'ai pris du temps pour vraiment choisir mon instrument. Je suis allée voir des concerts, écouter des cours, j'avais plusieurs choix, plusieurs envies entre la contrebasse, la clarinette ou le chant.
Et je me suis décidée pour la clarinette, un peu influencée par ma mère qui m'a dit que c'était l'instrument qu'elle préférait chez les bois, et l'autre critère qui m'a fait choisir la clarinette, c'est que le professeur de clarinette de l'école de musique était aussi le directeur, j’ai donc pensé que j'aurais de fait moins peur aux examens... Parfois, le choix d’un instrument de musique quand on est tout jeune, c'est quand même un peu spécial !
> Quel âge avais-tu?
J’avais 10 ans. Cela s'est rapidement confirmé que j’avais un feeling particulier avec mon instrument qui me plaisait énormément. Mes parents m'ont laissé travailler mon instrument tranquillement, du coup, je le sortais tous les jours. J’ai vraiment eu un coup de cœur avec la clarinette, le son, les différents répertoires qu'on pouvait faire, j'écoutais énormément de musique, quand même, j’écoutais des concerts avec des clarinettes, j’en cherchais partout.
Et il y a des concerts coups de cœur, et qui m'ont vraiment propulsée, j'ai entendu Romain Guyot en musique de chambre et Nicolas Baldeyrou, et ça, c'est des concerts qui m'ont marquée, à chaque fois, j'avais l'impression de faire des progrès.

> Qu'est-ce que tu recherches dans une clarinette ? Le confort, le son, le look, la prise en main, ou autre chose, et est-ce que Resonance répond à ses critères ?
Alors, le premier critère, c'est la sonorité, ça c'est sûr, le confort de jeu aussi, parce que, jouer d’un instrument qui est compliqué à jouer, c'est, en fait, contre-productif. Et l'ergonomie, pour effectivement, que ce soit tout de suite maniable, pareil, sans complication. Resonance répond totalement à ces critères-là : la sonorité, c'était mon premier coup de cœur, j’ai vraiment eu une sensation du rebond dans le son, au moment de jouer, donc c'est déjà une sensation pour soi de satisfaction du son en jouant, et en plus, en m’enregistrant, j'entendais vraiment que la sonorité était très homogène et très pleine, dans tous les registres. En plus elle est belle.
Et en plus, elle suscite un jeu plus raffiné au niveau de la dextérité, parce que tout est finement réalisé, les ressorts sont super réglés, cela crée un réel plaisir supplémentaire. Et enfin, ça transforme le jeu. Je suis en train de revoir un peu ma technique avec cet instrument-là, il y a beaucoup de choses que je peux placer de manière plus naturelle, donc en fait, je vais retrouver aussi plus de naturel de jeu, grâce à cet instrument, c’est déjà en progrès maintenant, et c'est très agréable, parce qu'en fait, je sens qu'à long terme, ça va être tout bénéfique.

> Quelle est ton actualité musicale ? Quelles sont tes projets actuels ?
Alors, la FanfareduLoup, c'est ce qui m'occupe le plus actuellement, avec des projets très différents cette année. Par exemple nous avons joué un spectacle de marionnettes en décembre, nous avons fait un « crash test » avec l'ensemble Batida, qui correspond à de l'improvisation libre. Sinon, nous venons de faire la semaine passée, un énorme bal sur le modèle du bal folk qui réunissait mon groupe Frères de Sac 4tet, qui lui fait du bal et du concert, mais qui est vraiment issu des musiques traditionnelles et liées au bal folk, et puis avec la FanfareduLoup, nous avons repris du répertoire de la fanfare, que nous avons réarrangé pour que ce soit dansable, donc ça, c'est le gros projet que j’ai porté récemment.
Et puis, il y a eu « Cartoon » en mars, un projet avec l'orgue de Claparède, l'orgue fait son cinéma, auquel je ne participe pas, mais c'est quand même un projet de la FanfareduLoup. En fait, je viens de terminer un énorme tunnel de plein de projets qui s'enchaînaient, mais avec la FanfareduLoup ça s'échelonne sur toute l’année. Je vais bientôt faire venir, normalement, Laurent Dehors dès que nous trouverons une date et une salle qui soient propices, c’est un clarinettiste complètement déjanté, qui est génial et donc je vais porter aussi ce projet-là avec la FanfareduLoup.
Et puis, sinon, dans les autres groupes actuels, il y a Frères de Sac 4tet où nous reprenons des musiques traditionnelles ou des compositions qui sont appropriées au bal-folk, et on les arrange en groupe, et puis on les fait aussi en concert. C'est de la musique de différentes régions de France (il y a les Pyrénées, la Bretagne) et de Suède, et il y a des compositions qui ne s’apparente à aucune région spécifique, mais calibrées pour des danses précises.
Et puis mon trio Mείgmaτa, avec lequel on a fait un projet avec le conservatoire cette année dans la saison Mosaïque, avec batterie et piano, où là on joue des musiques asymétriques, influencées de jazz et des musiques des Balkans, et on compose aussi collectivement.
Et enfin, j'ai joué avec Contrechant aussi récemment à Barcelone, donc voilà, je garde aussi un pied dans la musique contemporaine que j'aime énormément.
> Est-ce que tu composes de la musique ? Le fais-tu seule, ou accompagnée, comment ça se passe la compo chez Marie Mercier ?
Alors, je compose un peu mais pas beaucoup parce que je ne suis pas très expérimentée, et que j'apprends cette activité grâce à la fanfare du Loup sur le tas, et à chaque fois, il y a une thématique, où soit je compose, soit j'arrange, là, justement, pour le bal, j'ai arrangé une Montferrine, un traditionnel Suisse.
Ensuite, si je compose vraiment, c'est que je compose seule, et je compose avec le logiciel MuseScore. Le défaut de cette manière de composer, c'est que je suis encore trop dépendante du fait de devoir entendre le résultat, parce que je n'ai pas assez d'expérience, et que j'ai du mal à entendre seulement dans ma tête, donc, des fois, je fais des tests à l'instrument, mais sinon, je compose principalement sans l'instrument avec le logiciel, et j'ai besoin de l'expérimenter, en vrai, pour me rendre compte de ce qui sonne ou pas mais au moins, ça permet de poser les idées et de les faire jouer quand même.
Ça, c'est le mauvais côté, mais il y a quand même un bon côté c'est que ça développe les idées, et que je peux quand même grâce au fait que je puisse les entendre, je peux quand même développer la composition et essayer des choses.
Et puis, il y a des bons retours. Il y a des choses qui marchent très bien, et des compositions que j'ai faites avec la Fanfare du Loup, dont je suis vraiment contente. Par exemple pour le projet Let's Play, qui était un projet avec des musiques de jeux vidéos, là, j'ai fait vraiment une composition de 10 minutes à partir d'un film. Là, j'en ai été très contente, ça a marché tout de suite.
Après, il y a des parties, dans certaines compositions, des moments qui marchent très bien, et d'autres qui sont plus délicats, soit plus complexes à jouer, ou sinon qui peuvent être plus long à faire sonner, soit vraiment des passages à refaire, et puis c'est OK.
La Montferrine, elle fonctionnait très bien, il y a un moment donné, je crois que j'ai failli perdre les danseurs sur la rythmique, parce que j'ai fait un petit passage qui, moi, me fait vraiment triper, mais je savais que c'était moins simple de suivre ce qui se passait.
Donc voilà, et puis sinon, la plupart du temps, je compose en groupe, c'est-à-dire qu’on part d'une idée, on improvise à partir de cette idée-là, et comme moi, je sais que j'ai moins de ressources, je suis celle en général qui enregistre toutes les répétitions. Et du coup, je suis celle aussi qui propose des structures à partir de ça.
Dans Mείgmaτa, nous faisons beaucoup cela, notre pianiste, est un très bon improvisateur. Donc, des fois, je peux avoir du mal à le suivre parce qu’harmoniquement, il a un monde hyper développé et moi, à l'oreille, je ne peux pas suivre du tac au tac, mais par contre, du coup, j'enregistrais, et ça me permettait d'avoir cette mémoire et de découper des bouts de répétition et de proposer des structures dans les morceaux, à partir de choses qui, d'après moi, ont bien résonné.
Et puis, dans les compositions collectives des groupes, ça peut être aussi chacun écrit sa partie. Dans ce cas-là, moi, je m'écris mes lignes de basses où je m'écris un contrechant. Et voilà, ça fait une composition, enfin, c'est un petit bout de composition, à l'intérieur d’une plus grande.
> Qu'espères-tu encore accomplir dans ta carrière musicale ?
Beaucoup de choses (rires…) J'ai envie de progresser sur tout ce qui s’apparente au monde de l'improvisation pour être encore plus libre. Et ça, ça veut dire qu'à un moment donné, en fait, je prendrai une année sabbatique du conservatoire pour libérer du temps en tant que musicienne, et ça fait partie des choses que je veux vraiment faire décoller sur cette année-là, c'est-à-dire que mon objectif sera encore plus de pouvoir improviser avec n'importe qui.
Donc cela veut dire de me familiariser mieux avec les différents langages musicaux. Et notamment investir un peu plus le jazz, et aussi les musiques traditionnelles des Balkans. Parce que ça, c'est un monde, enfin, j'adore ces musiques. Et il y a énormément de travail à faire, tant sur le son de la clarinette de ces pays-là, et que sur les ornementations. Voilà, ça c'est quelque chose que j'ai envie de faire à un moment donné.

> Les ornementations, c'est quoi?
C'est tout ce qu'on rajoute à partir d'une mélodie. Donc les petits trilles, les mordants, des effets de picotage, de ghost notes, les appogiatures... Tout ce qui va faire que la musique est hyper intéressante à écouter que ce n’est jamais le même air, et que d’un musicien à l’autre il y a un autre arrangement. C'est vraiment toutes les fioritures autour du squelette de la musique. Donc c'est comment rendre une mélodie hyper intéressante, en changeant les petites choses autour. Enfin voilà, c'est tout ce qu'on peut inventer, tout ce qui est de l'ordre de l'invention ou de la variation. En fait, j'ai envie de creuser un peu ça.
Et puis...j'ai envie de refaire aussi énormément de musique de chambre, parce que là, ça fait longtemps que je n'en ai pas fait. La musique de chambre, la musique de chambre contemporaine aussi, il y a beaucoup de choses que j'ai envie de rejouer et qu’actuellement, je ne peux pas faire parce que les projets s'enchaînent trop vite. Et mes élèves me demandent du temps, et j'adore faire ça, mais c'est vrai que ça limite un peu ce que je peux faire.
Donc voilà, après dans les autres projets que j'aimerais faire, il y a tout ce qui touche au spectacle. Là, on a fait un spectacle de Marionnettes avec la Fanfare du Loup. J'aimerais bien refaire de la musique pour du spectacle, que ce soit du théâtre, du cirque, de la marionnette, peu importe quoi, mais de manière à me mettre en mouvement aussi avec mon instrument. Donc là, l’étendue est vaste, je n'ai pas de choses concrètes qui se profilent, mais je sais que j'ai des envies de ce côté-là.
Merci, merci infiniment à toi Marie.
